Les propositions des candidats
L'immigration a fait une entrée fracassante dans la campagne, le ministère de l'immigration et de l'identité nationale que propose Nicolas Sarkozy ayant suscité moults réactions, entre indignation et satisfaction. Première d'une série de synthèses sur les programmes des candidats, voici comparées les propositions des douze en quatre grands points.

1. Régularisations :
Jean-Marie Le Pen et Nicolas Sarkozy s'opposent au principe de régularisation massive car selon eux, ce procédé pérennise un cercle vicieux et provoque un appel d'air. Jean-Marie Le Pen va plus loin en voulant interdire l'immigration légale.
Ségolène Royal respecte les mesures du PS qui privilégient un traitement au cas par cas, en fonction de la date d'entrée sur le territoire, de la présence d'enfants scolarisés et de la possession ou non d'un emploi.
François Bayrou défend dans les grandes lignes les mêmes principes que la socialiste, mais il ajoute l'obligation de maîtriser la langue et d'adhérer à certaines valeurs de société assez floues. Ségolène Royal est la seule à proposer la régularisation automatique au bout de dix ans de présence sur le territoire, ce qui est dénoncé par Jean-Marie Le Pen comme une prime à l'illégalité et une incitation à l'immigration sauvage.
Les cinq candidats de la gauche de la gauche, à savoir : Marie-George Buffet, Arlette Laguiller, Dominique Voynet, Olivier Besancenot, et José Bové proposent une régularisation massive de tous les sans-papiers. Les mesures de Philippe de Villiers rejoignent celles de Le Pen sur ce thème, ceux du regroupement familial, et de l'aquisition de la nationalité.

2. Regroupement familial :
Sur cette question, le clivage gauche / droite est très net : Jean-Marie Le Pen propose de le supprimer, Nicolas Sarkozy veut l'assortir à des conditions strictes au niveau des revenus, et du logement. La série des incendies meurtriers qui a touché Paris en 2005 et coûté la vie à de nombreux africains est souvent mis en avant pour légitimer cette exigence. Il souhaite imposer un test de français à la famille de l'étranger voulant rejoindre le territoire. Les socialistes ne désirent pas réformer ce droit.
3. Nationalité et identité :
Jean-Marie Le Pen veut abolir le droit du sol et le remplacer par le droit du sang, et propose la suppression de la binationalité, sous le prétexte que l'on ne peut pas être fidèle à deux patries.
Nicolas Sarkozy, avec son projet de test de français préalable à toutes demandes d'installation, affirme la langue comme un facteur indispensable d'intégration, alors que François Bayrou cherche à ce que les étrangers comprennent intègrent et respectent les valeurs républicaines s'ils souhaitent obtenir la nationalité.
Les Verts, la LCR, et le PC souhaitent accorder les droits civiques aux étrangers résidants.
On peut dégager une convergence des points de vue sur le fait que pour les candidats, les étrangers doivent adhérer à certaines valeurs, et que l'obtention de la nationalité ne se résume pas à une simple formalité administrative.
Depuis 2006, des cérémonies solennelles ont lieu dans les préfectures lors des naturalisations.
4. Les solutions pour réguler l'immigration :
Le principe de codéveloppement est approuvé par tous les candidats.
Ségolène Royal veut adapter les migrations en fonction des besoins du marché du travail et propose la mise en place d'un visa permettant des allers-retours simplifié. C'est le principe d'immigration partagée qu'elle oppose à celui d'immigration choisie. La proposition de Nicolas Sarkozy est critiquée de toutes parts ; les socialistes dénoncent ce principe comme un nouveau pillage de l'Afrique mais cette fois au niveau de sa matière grise. Le candidat de l'UMP se défend en avançant le fait que les pays industrialisés pratiquent une sélection des étrangers qui souhaitent occuper des emplois dans le pays.
François Bayrou considère que l'immigration choisie est une coquille vide, car elle ne freinera pas l'immigration clandestine.
Le FN veut soumettre les prestations sociales au critère de préférence nationale, rétablir la double peine et ajuster l'aide financière aux pays étrangers en fonction de leur niveau de coopération dans la lutte contre l'immigration.
Phillipe de Villiers veut appliquer le codéveloppement uniquement aux pays francophones pendant qu'Arlette Laguillier souhaite mettre fin aux pillages des pays du Sud.
Frédéric Nihous le candidat CPNT n'a pas de propositions précises sur le sujet, à croire que le monde rural qu'il défend ignore l'existence des immigrés. Gérard Schivardi n'axe pas son programme sur l'immigration mais il réclame l'égalité des droits entre les travailleurs immigrés et français.
On trouve évidemment un consensus chez tous les candidats dans la volonté de lutter contre les filières mafieuses d'immigration illégale.