S’afficher avec un acteur poids lourd, un rappeur ou un penseur renommé, c’est toujours bon pour épater la galerie. Nicolas Sarkozy, épaulé par quelques pros, affiche une tactique méthodique et imparable. Ségolène Royal, elle, feint plus la spontanéité. Et François Bayrou alors ? Décryptage des stratégies des candidats.
Les personnalités porte-drapeaux des candidats, ça ne date pas d’hier : en 1974, Valéry Giscard d'Estaing, le premier, poussait ses soutiens du show-biz sur le devant de la scène, pendant ses meetings. La démarche a continué depuis. Cette année, bien qu’ils s’en défendent le plus souvent, les candidats à l’Elysée chassent aussi en terre intello-VIPo-culturelle.
« On n’est pas élu grâce aux artistes, mais on ne peut pas être élu contre eux ». La phrase est signée Nicolas Sarkozy. Il n’est pas le seul, en cette période de campagne électorale, à peser comme il se doit l’intérêt d’avoir des personnalités à ses côtés.
C’est vrai que le candidat UMP apprécie particulièrement les stars du show-biz, toutes susceptibles de doper sa popularité. S’appuyant sur une troupe infaillible d’amis-de-vingt-ans, voilà longtemps déjà que, présidentielle en tête, il les exhibe, sitôt invité à parler de sa face intime. Didier Barbelivien, Christian Clavier, Jean Reno, dont il a été témoin au mariage, ou encore Johnny Hallyday –par ailleurs ami-de-toujours de Chirac !- se sont relayés inlassablement sur les plateaux de Drucker, dans les pages people des magazines et partout ailleurs pour dire tout le bien qu’ils pensaient de « Nicolas », de sa détermination, de son ambition et de son énergie à toute épreuve.
Méthode éprouvée
Voilà qui était donc acquis. Il a ensuite fallu élargir le cercle. C’est là qu’entre en scène, hors champ bien sûr, le redoutable Pierre Charon, ancien de Canal, élu UMP à la mairie de Paris et conseiller de Sarkozy. Sa mission : élargir le cercle selon une méthode éprouvée, comme l’a révélé l’Express. Il traque les déclarations de people se disant curieux de rencontrer Sarko, organise un rendez-vous, si possible un repas avec le ministre et croise les doigts pour que celui-ci soit surpris, ou plutôt conquis et le répète à qui veut bien l’entendre. C’est comme ça que Jean-Marie Bigard, Pascal Sevran et Faudel ont été « recrutés ». Mission accomplie. Peu de temps après, pendant les émeutes, le premier a volé au secours du ministre de l’intérieur, absent et attaqué de toutes parts sur le plateau d’Ardisson. Le second, historiquement proche de François Mitterrand a changé de camp et s’est affiché dans plusieurs meetings. Le dernier a invité le ministre à l’inauguration de son restaurant. Des affaires rondement menées…
Autre ralliement surprise à Sarko, celui du rappeur Doc Gyneco. Celui qui appelait au Sacrifice de poulet avec son groupe Ministère amer en 1995 ou allumait les « Sarkozy et sa race » dans son livre Ma vie, ma philosophie se voit contacter par les sbires du ministre pendant les émeutes de novembre 2005.
Nicolas Sarkozy a besoin de reconquérir les banlieues où il est persona non grata. Moins d’un an plus tard, Doc Gyneco joue les invités surprises au congrès marseillais de l’UMP et a retourné sa veste de façon spectaculaire. « Nicolas Sarkozy est un ami et avant tout quelqu’un qui m’aide à penser, un petit maître à penser puisque mon père c’est déjà Johnny. »
Depuis, le rappeur a accumulé les faux pas et le candidat a pris ses distances.
Parfois, la sensibilisation pro-Sarko se fait par personnalités interposées. Dans un entretien entre Arthur et Joey Starr, publié par VSD, l’animateur demande au chanteur : « Tu as déjà rencontré Sarkozy ? Non, et bien tu devrais, tu serais surpris ». Mais ça n’a pas marché cette fois…
« Amitié et estime réciproque »
Du côté de Ségolène Royal, la méthode est moins franche du collier. La candidate refuse tout comité de soutien et les seules relations qu’elle veut mettre en avant sont des relations « d’amitié et d’estime réciproque ». Jack Lang, autrefois VRP des VIP pour Tonton est maintenant « conseiller spécial », pas spécialement chargé du ralliement des vedettes. Officieusement, c’est plutôt Christophe Girard, adjoint à la culture parisien qui joue ce rôle. Parmi ses proches, Philippe Torreton, Patrice Chéreau et l’écrivain Philippe Besson signent une tribune dans Libé pour déclarer leur flamme à la –pas encore investie- candidate socialiste, en septembre 2006. En décembre, le chanteur Cali bat la campagne socialiste pour pousser les jeunes à voter et glisse au passage : « Votez pour qui vous voulez ! Moi je vote pour Ségolène Royal ».
Puis c’est silence radio. Il faudra attendre Villepinte en février et surtout le gymnase Japy le 12 mars pour passer à la vitesse supérieure car, quoi qu’elle en dise, et même si elle veut que tous gardent leur liberté, la candidate PS, poussée par certains collaborateurs, mesure l’importance des paillettes.
Voilà donc, aux premières loges une belle brochette de célébrités : de Jeanne Moreau à Emmanuelle Béart, de Samuel Benchetrit à Lambert Wilson, ils sont venus ils sont tous là pour la soutenir. Et le plus ardent à la tâche, c’est Philippe Torreton. L’acteur qui incarna Jaurès s’offre des envolées lyriques ahurissantes à la tribune pour clamer que, hors Ségolène, point de salut ! D’ailleurs, il se murmure qu’en coulisses, on essaie de tempérer ses ardeurs. Il ne faudrait pas que le tribun fasse de l’ombre à la candidate…
Rien de très surprenant jusque là, ceux qui s’affichent aujourd’hui avec Royal soutenaient Jospin hier, et pour certains Mitterrand, la culture étant quand même généralement acquise à la gauche. Généralement…
Autre soutien, l’ultra-populaire Jamel, qui se déclare « royaliste » en avril 2006. La présidente de la région Poitou-Charentes n’est même pas encore candidate. Quelques mois après, il clame : « Face à Nicolas Sarkozy, je soutiendrai n’importe qui ». En février 2007, il en remet une couche et, au Casino de Paris, entre deux vannes la traitant de Mary Poppins, il lui réaffirme son adhésion. Un pont en or dans les banlieues…
Enfin, côté François Bayrou, pas de stratégie affichée de rabattage des people. Il compte pourtant déjà quelques soutiens spontanés comme les comédiens François Berléand ou Vincent Lindon. Et puis le candidat centriste a connu une hausse de popularité mirobolante dans les sondages, peu de temps après le ralliement du très populaire animateur Patrick Sébastien ! De là à y voir un rapport de cause à effet…
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