Le musée d'Orsay accueille une fascinante exposition des autoportraits de l'artiste Léon Spilliaert, représentant majeur du symbolisme belge autour de 1900.


-  Echangez vos impressions sur le forum Léon Spilliaert à OrsayRarement l'introspection d'un artiste aura été menée avec autant d'intensité que dans la pratique qu'en fit Léon Spilliaert (1881-1946) dans ses années de jeunesse. Si le peintre est peu connu en France, il jouit dans son pays natal d'une renommée importante, comme en témoigne la rétrospective récemment organisée aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles.

Artiste symboliste par excellence, Spilliaert est un autodidacte, mais entretient des affinités électives avec les artistes et écrivains belges de sa génération. Le symbolisme belge, peut-être plus que dans les autres pays européens, prône le mystère et la suggestion d'une réalité brumeuse et inquiétante, celle-là même évoquée en littérature par le poète Emile Verhaeren dans Les Villes tentaculaires, ou dans les pièces, que l'on qualifierait aujourd'hui de « mediéval-fantastiques », de Maurice Maeterlinck.

L'exposition d'Orsay se concentre sur les autoportraits sombres de Spilliaert, et nous livre ainsi ce qui constitue une part essentielle de son œuvre, concentrée dans ses premières années de carrière. Le regard interrogatif qu'il lance au spectateur autant qu'à lui-même est celui de l'artiste en proie au doute, mais aussi du jeune homme arrogant qui naît à l'art et veut affirmer l'originalité de son « œil » (Autoportrait aux masques, 1903, ill. 1). Cet œil que Spilliaert agrandit démesurément et rend diabolique dans l'Autoportrait au miroir de 1908 (ill. 2) : cette œuvre saisissante, conjuguant effroi et intérieur bourgeois, fait écho au thème symboliste récurrent de l'angoisse du quotidien et de la normalité, que l'on retrouvera plus tard dans le cinéma d'horreur, notamment dans The Shining de Stanley Kubrick.

Le peintre de la nuit
Maître du noir, qu'il applique avec une encre de Chine précieuse, relevée de bleu comme pour en bannir toute chaleur, Spilliaert éclaire ses autoportraits des vifs rayons d'une lumière lunaire, qui sculptent son visage (Autoportrait à la lune, 1908, ill. 3). Dans ces scènes nocturnes d'introspection, le visage interrogateur de l'artiste surgit, mâchoire serrée, cheveux dressés sur la tête et œil hagard.

Plus qu'entre tous, Spilliaert est, avant Edward Hopper dont il annonce l'œuvre, le peintre de la nuit : il la montre vaste, dépeuplée et silencieuse, au seuil entre la vie et la mort, mais cependant apaisée, comme au moment de cette « heure bleue » où l'équilibre se fait avec le jour. C'est lorsqu'il ne reste plus que la vérité que l'artiste cherche son image. Jusqu'à ce qu'enfin il renonce à se représenter blafard sur un fond de nuit, pour ne plus montrer que les contours de sa silhouette à contre-jour (Silhouette du peintre, 1907) : se muant en ombre, il peut se fondre définitivement dans son œuvre, « comme si l'âme s'amalgamait à l'ombre » **

* Poème de Victor Hugo tiré des Contemplations, évoqué par Michel Draguet dans l'article « A l'épreuve de la bouche d'ombre » du catalogue de l'exposition.
** In Victor Hugo, Les Misérables, cité par Michel Draguet dans le catalogue de l'exposition.

Léon Spilliaert : autoportraits Au musée d'Orsay jusqu'au 27 mai 2007

Illustrations :
1. Autoportrait aux masques 4 août 1903 27,5 x 27,2 cm © copyright photo RMN, Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris, 2007
2. Autoportrait au miroir 1908 48,5 x 63,1 cm © Ostende, Museum voor Schone Kunsten © ADAGP 2007
3. Autoportrait à la lune 1908, 48,8 x 63 cm © Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique © ADAGP, Paris, 2007
Magali Lesauvage



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Sur le web :
Présentation de l'expo sur le site du Musée d'Orsay



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