Exemple : imaginons qu'on invente de toutes pièces un complot contre une tribu africaine qu'une société diamantaire souhaiterait dégommer de son territoire pour piller ses richesses. Est-ce que cela pourrait faire réagir la communauté internationale ?Teenage farceurs
Imaginons qu'on invente qu'il y avait un chien dans l'espace et qu'il s'appelait Laïka ? Imaginons qu'on ne sache pas à quoi toutes ces inventions d'inventions et falsifications pourraient bien servir et qu'on chercherait, toi et moi lecteur, à le savoir en infiltrant les rouages de cette organisation façon Cheval de Troie. Imaginons qu'avec nos Friends de l'Académie d'Espions, nous ne serions pas dupes, mais parfois tellement emballés par ce que nous faisons qu'on aurait pas le recul nécessaire pour analyser les choses.
Imaginons qu'on s'amuse comme des fous toi et moi dans une intrigue matinée d'espionnage et de James Bonderie Internationale pour Teenage Farceurs. Imaginons qu'on lirait alors les Falsificateurs, qui ne serait que le premier tome d'une saga en deux ou trois volumes d'une longueur équivalente et qui permettrait de révéler d'ici cinq ou huit ans la vérité vraie sur le CFR, cette fameuse organisation secrète.
Imaginons encore que Sliv, le héros venu du Grand Nord, fasse bureau commun avec une mannequin type suédoise superbienroulée qui n'a pas encore de petit ami mais avec qui on est en concurrence pour atteindre les sommets. Imaginons que tu ne t'apercevrais même pas, lecteur, que tu te retrouves au cœur d'une allégorie en armes de l'écriture romanesque ? Ca te dirait lecteur, hein ? Et tu aurais raison.
Les Falsificateurs est un roman qu'on ne peut pas refuser et qu'on dévore parce qu'on y est obligé (parce qu'on a été programmé pour) et parce qu'il est très bon. Mais c'est aussi un roman gros sabots qui suit avec les moyens de la « littérature générale », ce qu'on a lu déjà depuis dix, vingt ou trente ans (et en mieux) chez Burroughs, Silverberg, ou Philip K. Dick, angoisse paranoïaque en moins (Stiv est mondialo-positif, une sorte de Casimir du néomonde). Aimer les Falsificateurs (qui s'arrête après 500 pages en ne nous ayant dévoilé qu'une belle mécanique littéraire, pas une bribe d'information ou un seul indice quant à sa finalité) nous paraît aussi périlleux et idiot que de nous être enthousiasmés il y a quelques années pour le premier épisode de Matrix. Les frères Wachowski, comme Bello, nous avaient vendu le meilleur vent du marché éolien : le plus emballant, le plus moderne, le plus chic, le plus passionnant, le plus drôle et le plus pertinent. Ensuite, on s'était fait rouler. Si Les Falsificateurs sont le Matrix de 2007, on aura l'air bien cons. En attendant, on paie pour voir.
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