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La série (2/5)
La quête initiatique de Dale Cooper, le héros particulièrement touchant de Twin Peaks, aboutit sur un échec...
L'histoire de Twin Peaks est celle de la découverte progressive des forces cosmiques qui dirigent l'Univers. Celles-ci ne sont pas morales (le bien et le mal) mais affectives : l'amour et la peur, incarnés par les personnages de Mike et de Bob. La vie et la mort sont toutes entières dirigées par les forces de l'amour et de la peur, affects qui ouvrent à la relation avec les esprit : des entités visibles à travers les rêves et les visions, mais qui n'ont d'effectivité qu'à travers les hommes. Bob peut être vu et faire peur, mais il ne peut, pour autant, satisfaire son appétit particulier qu'à travers les corps de Leland, de Laura ou de Cooper.
L'histoire de Twin Peaks est également celle de l'initiation ratée de Dale Cooper, qui croit maîtriser les forces de l'amour et de la peur, mais succombe à celles-ci. La réaction violente, épidermique, du public à la conclusion de la série prouve que l'objectif premier de Lynch et de Frost, l'identification du public au personnage central, même si celui-ci est particulièrement inhabituel, a marché ; ainsi que son deuxième objectif : rendre finalement cette identification insoutenable. Car le but d'une œuvre d'art n'est pas de proposer une vie de substitution, mais des clés pour interpréter la nôtre.
Une identification au héros impossible
Bien entendu, Dale Cooper est un héros particulièrement sympathique. Quand il arrive dans la ville de Twin Peaks, son caractère intuitif, sa douceur inhabituelle pour un personnage d'enquêteur, son style vestimentaire guindé, volontairement désuet, et son humour léger, de même que son amour des sucreries, en font un personnage auquel l'identification paraît au premier abord difficile, voire impossible. Il s'agit en effet d'un renouvèlement de la figure de l'enquêteur, et les méthodes irrationnelles de celui-ci en font la première incorporation volontaire de l'idée jungienne de synchronicité (ceci patent dès le troisième épisode) au sein du domaine policier. La récupération de cette « méthode inductive » par l'agent Fox Mulder dans X-Files (et il n'est pas peu significatif que David Duchovny ait, avant l'agent Mulder, joué également un agent du FBI dans Twin Peaks, le travesti Dennis(e) Brison) en a montré la limite : là aussi, on pouvait créer un « héros », un « mythe », et l'identification impossible n'attendait, en fait, qu'une réinvention du spectateur pour être rendue possible. C'est pourquoi la conclusion malheureuse de la série est si importante : l'idée n'était pas tant de créer un « nouveau héros » à travers lequel le spectateur pourrait s'identifier, que de mettre fin au système d'identification comme schème du récit traditionnel et de son rôle didactique, formateur, dans la construction de la personnalité du spectateur.
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