Comment se sont comportés les prédecesseurs de Bayrou
Le système politique français permet-il réellement l'existence d'un centre autonome ? Ou les candidats du « milieu », simples alliés agités mais inoffensifs, sont-ils condamnés à négocier quelques strapontins ministériels avec la droite ? Quelle est l'attitude du centriste en milieu électoral ? Réponse avec le portrait des candidats successifs de la Cinquième République.
Jean Lecanuet :
Résultats : 15, 6 % au premier tour.
Pas de consigne vote pour le second tour De Gaulle/Mitterrand.
En 1965, lors de sa candidature à l'élection présidentielle il incarnait le progrès et la modernité, sa télégénie et son jeune âge lui ont valu le surnom de Kennedy français. Comme son héritier François Bayrou qui s'en réclame sans cesse, il voulut mettre à bas les clivages droite/gauche avec son parti le MRP.
En revanche, si François Bayrou prêche pour la redéfinition des institutions, Jean Lecanuet n'avait pas l'intention de réformer la jeune constitution de la V ème République.... que son parti vota en 1958. A l'instar des bédouins de Bayrou, les députés MRP s'affranchirent petit à petit de la tutelle gaulliste, notamment en raison de désaccords sur la question européenne. Jusqu'au clash : en mai 1962, cinq ministres MRP démissionnent ; en octobre, ils votent une motion de censure du gouvernement Pompidou. Lecanuet se présente en 1965, met le Général en ballotage face à Mitterrand et ne donne aucune consigne de vote pour le second tour. Dans la foulée, il monte le Centre démocrate, nébuleuse centriste ancêtre de l'UDF.
La leçon à retenir pour Bayrou : en tenant le cap européen et sans concession, Lecanuet a permis l'émergence d'un centre-droit fort qui amènera Giscard d'Estaing à l'Elysée. Ben oui, François Bayrou qui se voit en Henri IV prépare peut-être surtout le terrain pour son successeur...
Alain Poher :
23,3 % au premier tour en 1969 , 41, 8 % au second.
Hormis sa carrière impressionnante, sa présidence par intérim par deux fois, son principal fait d'arme politique est d'avoir atteint le second tour de l'élection de 1969 qui l'opposa à Georges Pompidou. A l'époque la gauche est divisée et complètement dans les choux. Alain Poher qui réunit 23,3% des suffrages grâce à ce dont rêve Bayrou : l'aide d'une partie de la droite non gaulliste et des socialistes. Et alors rien : Poher se crashe puis pantoufle au Sénat pendant 25 ans.
La leçon à retenir pour Bayrou : Ne pas négliger les autres partis de gauche notamment les communistes (certes bien plus populaires à l'époque) avec lesquels Poher aurait pu rafler la mise...
Valéry Giscard d'Estaing :
Elu en 1974
Le seul centriste qui soit arrivé à l'Elysée par l'élection. Il a gouverné avec toutes les sensibilités centristes et l'UDR, ancêtre du RPR. La recette tient du dosage savant : "Les modérés et le Centre ne forment en réalité qu'une seule famille et s'étendent de la frontière de l'extrême-droite à une limite qui passe aux deux tiers du radicalisme et aux trois quarts du MRP". Plutôt à droite donc : aucune personnalité de gauche n'entrera au sein de ses gouvernements dirigés par Jacques Chirac puis Raymond Barre.
La leçon à retenir pour Bayrou : arrêter de taper sur la droite et attendre que l'UDF ait plus de poids à l'assemblée pour négocier 2012 avec l'UMP. Sans quoi Bayrou pourrait plutôt devenir... Jacques Chaban Delmas, candidat dissident lui aussi et favori en 1974 qui finit en ambulance sur laquelle plus personne n'oser tirer. (Françoise Giroud).
Raymond Barre :
16,5 % au premier tour de 1988.
Cette grande figure de la politique française qui a exercé les plus hautes responsabilités a toujours été de droite, comme le prouve sa politique de rigueur. « Le meilleur économiste de France » incarne pourtant l'homme politique expert, hors des clivages, qui met ses compétences au service de toute la nation et au delà des partis.
Malgré l'austérité économique qu'il a imposé au pays, le chomage qu'il ne sut jamais endiguer et la restructuration douloureuse de l'industrie sidérurgique, tout le monde le considère comme balèze. Le secret : son indépendance, qui lui confère un grand prestige car Barre n'a jamais été dans un parti. En 1988, donné grand favori, il ne réunit finalement que 16,5 % après avoir été pillonné par la droite, mais aussi par Giscard qui craint sa montée en puissance. Barre a raté son coup, mais on dit encore aujourd'hui que c'est la France qui raté Barre.
La leçon à retenir pour Bayrou : c'est Raymond qui le dit :« Quand on appartient au centre, il ne faut jamais rompre avec sa majorité. Si l'on refuse l'alliance, on prend le risque de l'isolement. »
Réalisé par Mounir Soussi avec Daniel De Almeida
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