Deuxième épisode des cycles consacrés, au théâtre Claude Lévi-Strauss, aux « arts et traditions immatériels, spectacles et performances ». Le dossier rappelle que, après le cycle consacré au Mahabharata, « le spectacle s'inscrit dans cette même volonté de mettre en parallèle des traditions liées à un contexte sacré, social ou écologique originel avec un monde artistique contemporain et urbain porteur aujourd'hui d'un nouveau regard sur le sacré et la tradition ».

Contrairement aux trois spectacles précédents, pas question ici de regard artistique porté par des artistes contemporains sur une pratique ou un patrimoine traditionnels. Ce qui nous est proposé est une cérémonie bwaba, directement importée de Boni, village du Burkina Faso dont un peu de terre ocre jonche le plateau du théâtre.

La force des masques Ce qui marque surtout, dans la représentation, c'est la force et la beauté des gigantesques « masques à lame », horizontale ou verticale, décorée de dessins rappelant les scarifications et le langage symbolique dédié à Lanlé, l'une des divinités des Bwaba, avec Do et les ancêtres fondateurs du clan. D'autres masques de fibres sont également présents, l'appendice facial illustrant l'animal totémique que le danseur, couvert d'un habit végétal à longues mèches, est censé incarner au travers de ses danses (papillon, hibou, singe ...). Le tout est entraîné par des chansons et une musique endiablée au balafon, tambour et sifflets. Comme d'habitude, le petit document remis à l'entrée en dit juste assez pour que le spectateur trouve quelques repères au cours de la représentation. Les jeux de lumière et la terre ocre qui vole allègrement au moindre pas de danse lui permettent également d'entrer dans l'ambiance et de s'imaginer, par moments fugaces, sur cette place du Burkina où se déroulent traditionnellement ces cérémonies festives.

Un lieu ad hoc ? Quand même, on se dit qu'il n'est pas aisé de faire prendre un théâtre parisien, tout circulaire soit-il, pour un village africain, et que la dimension joyeuse et participative qui, là-bas, entoure le moindre événement communautaire, manque cruellement au public rassemblé ici, curieux certes, mais coincé dans son siège. Pas facile de « faire vivre » ce que l'on présente ; c'est pourtant bien un des buts poursuivis par les organisateurs qui, par ailleurs, offrent aux regards des centaines de pièces plus étonnantes les unes que les autres, dans les vitrines du musée du Quai Branly. Alors, peut-être, ici comme dans les autres institutions qui offrent aux Parisiens des « spectacles venus d'ailleurs » serait-il bon de scénariser un tout petit peu plus la participation des spectateurs, ne fût-ce que par une introduction différente, qui plonge dans le bain, et fasse appel à l'imagination dont on a bien besoin pour se représenter comment tout cela peut bien être « là-bas ».

Illustration : © Anne-Laure Bourget

Floriane Gaber




La fiche du spectacle sur le site du musée du Quai Branly
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