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The Hours

Critique

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Portraits de femmes

The Hours, autant le dire tout de suite à ceux qui ne le sauraient pas encore, c'est le film où Nicole Kidman est rendue méconnaissable par une prothèse nasale. Nicole relève le défi et joue avec intensité le personnage de Virginia Woolf, qui, il est vrai, n'avait physiquement rien d'une danseuse de music-hall.

Une journée dans la vie de trois femmes, à trois époques différentes. Voilà le synopsis simple mais ambitieux de The Hours. Dans l'Angleterre victorienne, Virginia Woolf trouve à son réveil la première phrase de son roman Mrs Dalloway. Dans les années 60, Laura Brown (Julianne Moore, pas au mieux de sa forme) paresse au lit, fait un triste sourire à son bienheureux mari - dont c'est l'anniversaire -, et retourne à sa lecture... de Mrs Dalloway. De nos jours, à New York, Clarissa Vaughan (Meryl Streep) prépare une fête en l'honneur de son ami poète atteint du sida : comme Mrs Dalloway dont elle partage le prénom, Clarissa oublie sa solitude et sa détresse dans la vie mondaine. Le parallélisme entre les trois femmes est assez lourdement souligné : une porte s'ouvre en 1923 et se referme en 2001, le même bouquet de fleurs orne la table de Laura et le salon de Clarissa. La mise en scène, laborieuse voire ennuyeuse, vient plomber le jeu des actrices et fait parfois tomber l'histoire dans une variante de « splendeurs et misères de la femme au foyer » : Laura vit dans sa cuisine, Clarissa craque devant sa terrine de crabes, et Virginia a peur de ses gouvernantes.

Mais Nicole Kidman donne à Virginia Woolf un charisme de femme folle, supérieure, suicidaire et passionnée. Son personnage traverse les siècles et donne aux autres portraits un peu de sa force. Le film prend son envol lorsqu'il se détache de l'élucidation des liens qui unissent les trois femmes, qu'il efface les grosses ficelles pour évoquer, par les images, une filiation plus subtile. La chambre d'hôtel où Laura pense passer ses dernières heures se remplit de l'eau bourbeuse dans laquelle se noie Virginia : le film est sauvé par l'imaginaire métaphorique de la mort, qui hante ces trois femmes, tour à tour créatrices ou marionnettes de leur propre destin.

Autre atout du film : la place du Livre. Venue rendre visite à Laura Brown, Kitty - mention spéciale à Toni Collette - s'extasie et s'interroge sur le roman de Virginia Woolf, posé en évidence sur un meuble en formica. Mais l'histoire n'a rien de séduisant : elle repose prudemment l'objet dans lequel elle devine un danger pour la femme lisse et conquérante qu'elle est ; et se méfie du pouvoir de cette Mrs Dalloway, qui semble pouvoir faire passer ses lectrices de l'autre côté des apparences qui la protègent, de l'autre côté de la vie où elle s'ennuie. Dommage que Stephen Daldry (réalisateur de Billy Elliott) se soit laissé emporter vers le gadget et l'accessoire (le nez de Nicole passait, mais la ride de Julianne Moore fait franchement rire). Dans ces deux heures de film, retenons donc quelques idées sensibles et subtiles, portées par la musique lancinante de Philip Glass.

The Hours
Etats-Unis, 1h54, 2002
Réal : Stephen Daldry
Adapté du roman de Michael Cunningham
Avec Nicole Cyrano Kidman, Meryl Streep, Julianne Moore.
Ours d'argent de la meilleure actrice pour Nicole Kidman, Meryl Streep et Julianne Moore, Berlin 2003.
Sortie le 19 mars 2003.

Sur le web :
- Le site officiel.
Agathe Moroval