Au Théâtre Claude Lévi-Strauss du 29 septembre au 8 octobre 2006
Pour son premier cycle de spectacles, le Théâtre Claude Lévi-Strauss a choisi de présenter trois versions d'un même texte, le poème épique indien datant du Vè siècle avant notre ère : le Mahabharata. Peter Brook en a donné, en son temps, une version scénique admirable, mais les trois propositions réunies ici n'ont rien à lui envier. Variées, éclairées et éclairantes, elles ouvrent l'appétit des spectateurs qui ne manqueront pas de se presser dans ce nouveau temple parisien des « spectacles d'ailleurs ».
Marionnettes
Pas besoin de surtitres pour le deuxième Mahabharata : Massimo Schuster parle français (ouf !) et illustre son propos avec les marionnettes sculptures d'Enrico Baj. Schuster retraverse tout le texte, qu'il a lui-même adapté : l'origine du monde, les généalogies royales, la querelle des Pandavas et des Kauravas, bien entendu, et le massacre qui s'en suit. Et l'on ne peine pas, pas du tout, face à ce déferlement de noms et de situations, car l'artiste, qui compte énormément d'heures de vol, sait comme aucun autre utiliser tantôt l'image, tantôt le conte, pour guider le spectateur. Diable d'homme ! Elève au Piccolo Teatro de Milan, émule du Bread and Puppet, créant sa compagnie, L'Arc en Terre, à vingt-cinq ans, il se plaît depuis toutes ces années à collaborer avec des plasticiens et des auteurs, et à se muer tantôt en manipulateur d'objets-sculptures, tantôt en conteur d'une force et d'une présence incroyables. Après le Mahabharata, dont il interprète également une autre version à voix nue, Massimo Schuster s'est attaqué à la Guerre de Troie, se glissant dans la peau du « Dernier guerrier ». A suivre assurément.
Verbe et corps dissociés
C'est à une entreprise ambitieuse que se livre la compagnie japonaise Ku Na'uka : travailler sur la dissociation du corps et de la voix des comédiens, en les accompagnant de percussions extrêmement fortes en puissance et en rythmes. Une version du Mahabharata d'autant plus décoiffante que le jeu s'inspire des théâtres traditionnels japonais bunraku, nô et kabuki, et que les costumes, en papier, sont du style Heian (IXè siècle) ! Le metteur en scène a de la culture, c'est évident, mais on peut douter que l'ensemble des spectateurs parisiens présents en reconnaissent les finesses. Alors, que retenir de cette représentation de « l'Episode du roi Nala », histoire d'amour malheureuse (mais qui finit bien) ? L'exotisme, à coup sûr ; la force des percussions qui entourent la scène surélevée où se déroulent les tableaux comme autant de séquences de dessin animé. Le « métissage culturel », c'est tentant, mais sans prétendre à décoder tous les signes proposés, on peut se contenter, face à ce bouillonnement de frisottis en papier vierge, d'admirer le savoir faire des costumiers et des acteurs, et de contempler tout cela comme un beau livre d'images.
Illustration : Kapila Venu © Alice Pitoëff
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