Les « cultures du monde » à l'honneur : lieux et festivals
Le Festival de l'imaginaire revient, comme chaque année, présenter à Paris les "cultures du monde". L'occasion de faire un tour des propositions qui, tout au long de l'année, émaillent les programmations de la capitale. Scènes d'ici et là ? Etat des lieux.
Au-delà du Festival de l'Imaginaire, plusieurs institutions s'illustrent dans des programmations permanentes qui font la part belle aux cultures du monde : le Théâtre de la Ville, l'Auditorium du musée Guimet, la Cité de la Musique et le plus récent de tous, le Théâtre Claude Lévi-Strauss au cœur du musée du Quai Branly, sans compter les autres lieux qui, à Paris et en province, ouvrent leurs scènes à l'exotisme. Mais tous ces spectacles venus d'ailleurs : pourquoi ? pour qui ?
Des publics d'aficionados
Pas de problème de fréquentation pour ces institutions culturelles solidement ancrées dans le paysage ; elles ont su fidéliser leurs publics. N'empêche qu'il est toujours étonnant de voir une salle parisienne applaudir à tout rompre une chanteuse kalmouke ou une pipa chinoise. Spécialistes ? Etrangers venus se souvenir ou soutenir leurs compatriotes ? Cela dépend des endroits ; mais la majorité des spectateurs, on le constate en les interrogeant, sont des curieux. Attirés à l'origine parce qu'ils rentrent de vacances ou projettent de partir dans le pays à l'honneur, ils reviennent le plus souvent par curiosité et se forgent un véritable goût personnel. Et une curiosité en entraînant une autre, certains font le tour des propositions de la capitale pour la même aire géographique; d'autres décident de s'abonner dans une structure et de découvrir les autres continents musicaux ou spectaculaires. Une excellente illustration de la diversité culturelle parisienne qui, contrairement à d'autres capitales, ne se base pas sur la juxtaposition des communautés mais sur une transversalité des approches. La partie sera vraiment gagnée lorsque ces mêmes spectateurs pratiqueront la même curiosité vis-à-vis de leurs voisins ou des immigrés dont regorge la métropole.
Le spectacle vu autrement
Les instruments ne sont pas les mêmes, les gammes, les tons, les formules de composition ou d'improvisation ; les costumes, les maquillages, les conventions de jeu diffèrent également. Mais ce qui distingue surtout ces spectacles venus d'ailleurs, ce sont les circonstances dans lesquelles les œuvres sont diffusées dans les pays dont elles sont issues. Le « théâtre » ou la « danse » tels qu'on les entend en Occident n'ont quasi rien à voir avec ce qui est présenté là. C'est qu'ils se sont progressivement coupés de leurs racines rituelles ou populaires, qui restent bien vivaces dans la plupart des cultures représentées. L'UNESCO appelle cela le « patrimoine immatériel de l'humanité » , nous avons aussi le nôtre mais dans nos contrées, il est distinct de « l'art » reconnu comme tel.
Pour aborder ces cultures venues d'ailleurs, quelles références sont nécessaires ? La plupart du temps, le petit livret distribué à l'entrée de la salle suffit : qui sont les artistes ? d'où viennent-ils ? à quoi correspond le genre artistique représenté ? Ensuite, au fil des fréquentations, on s'aperçoit que les correspondances abondent. Les instruments, les styles ont voyagé, essaimé, avec des nuances plus ou moins importantes, mais les échos sont là. En fait, l'essentiel est de s'ouvrir, de se laisser entraîner, tant il est vrai que le propre de la fête et du rituel sont l'impact direct, sensible, sur le public. Laisser au vestiaire ses présupposés et ses attentes, et se lancer, à chaque fois, à la découverte : voilà le vrai moyen de profiter pleinement de ces cultures étranges, offertes sur un plateau aux Parisiens curieux.
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