Avec ses rois et reines de la vanne qui ont d'abord pris d'assaut Canal +, avant de jouer au Théâtre de dix heures puis au Casino de Paris, le Jamel Comedy Club hisse haut les couleurs du stand up. Mais cet art consommé de la vanne, fusant, cinglant, existe depuis les années 60 déjà aux Etats-Unis, et depuis une bonne décennie en France. Le stand-up, ses codes, ses modes, ses stars, toute une histoire...


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On l'appelle le stand-up ou la stand-up comedy, de l'anglais « se tenir debout ». Car le stand up, genre à part dans l'humour, a ses us et coutumes, intangibles. On l'a un peu rapidement étiqueté humour de banlieue - ce qui agace un brin ses principaux protagonistes - mais c'est plutôt d'humour urbain qu'il s'agit. Et pour Kader Aoun, complice de Jamel Debbouze et co-fondateur du Jamel Comedy Club, « avant d'être une histoire de banlieue, le stand up est une histoire de génération ».

Ceux qui tchachent debout
D'abord, il se pratique debout, micro à la main. Ensuite, il ne consiste pas à aligner des sketches comme on enfilerait des perles, ne contient pas de personnages comme dans les one-man shows traditionnels, mais prend plutôt l'allure d'une discussion. L'humoriste s'adresse à son public de façon informelle, le prend à partie, l'apostrophe - gare aux retardataires, bavards, tousseurs et autres distraits ! - et lui raconte des histoires brèves. La vie, les meufs, la société, le bled, il y parle de tout, et surtout de lui. S'il est métissé, l'artiste de stand up brocarde précisément blacks, blancs, beurs, mais aussi homos et hétéros pour, in fine, prôner la tolérance. Sous l'impro apparente, une plume affutée et une technique redoutable pour permettre à des jeux de mots et des rafales de vannes de faire mouche. Ça ne marche pas à tous les coups...
L'artiste, tel un gladiateur dans l'arène - en moins violent, quand même ! - est un peu à la merci de son public. Son succès dépend notamment de sa spontanéité et de son répondant, de sa capacité à réagir à un raté, du tac au tac.

Revendication sociale
Aux Etats-Unis, cette forme singulière de one-man show naît dans les années 40. Outil de revendication sociale et d'affirmation identitaire, il connaît un véritable essor dans les années 60, à New York et ailleurs, grâce à certaines figures comme Lenny Bruce, pape de l'humour caustique et désespérément mordant (incarné à l'écran par Dustin Hoffman, dans le film de Bob Fosse), puis Jerry Seinfeld, Adam Sandler, Eddie Murphy ou Richard Pryor, influence revendiquée de nombre de stand-uppers français.

En France, Guy Bedos joue les précurseurs, à sa façon et Gad Elmaleh puis Jamel Debbouze apparaissent comme les véritables pionniers du genre, suivis par la « nouvelle génération », Tomer Sisley en tête bien sûr, puis toutes les nouvelles recrues du Jamel Comedy Club.

Stand up made in France
Avant le JCC, plusieurs scènes ouvertes et autres tremplins de jeunes talents existaient déjà et nombre d'initiatives ont essaimé en région parisienne pour permettre aux jeunes pousses du genre de se faire connaître. Au Splendid, le Comic Street show américain, autobaptisé « premier show d'humour urbain », mixe musique et comique dès septembre 2005.

A la Scène Bastille, les comiques s'affrontent en trois rounds sous le regard du public et du jury. C'est le Comic Hall Stars, ou battle pour les rois de la vanne, tailleurs et autres charrieurs (sic). Dans la foulée, d'autres académies du rire ont fleuri, comme les Jokes Sessions ou le festival Barres de rires au Théâtre de Ménilmontant. Ici et là, et bien avant qu'ils rejoignent l'écurie Jamel, on a ainsi pu voir Thomas Ngijol, Fabrice Eboué, Patson ou Amelle Chahbi.

Les adeptes du stand-up, non contents de brûler les planches, montrent aussi leurs bobines au petit écran, de plus en plus souvent. Thomas Ngijol joue ainsi les chroniqueurs dans le Grand Journal de Denisot, Fabrice Eboué les portraitistes chez Fogiel et Ahmelle Chahbi anime un JT déjanté dans l'émission culturelle de France 4, « Les agités du bocal », sous les traits de Zouzou.
Qu'on se le dise, le vingt-et unième siècle sera celui de la vanne, ou ne sera pas.

Nedjma Van Egmond



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