Au Théâtre Hébertot jusqu'au 30 avril
Irrésistible réunit sur une même affiche Virginie Ledoyen et Arié Elmaleh, le frangin de Gad. La mise en scène, bien troussée et rythmée évite l'écueil du face-à-face, l'ennui annoncé du huis-clos.
Dans ce jeu de l'amour et du hasard divertissant, on ne commettra pas de crime de lèse-majesté en avouant une happy end annoncée.
Elle est jeune, elle est belle. Il est jeune, il est presque beau. Elle est éditrice, il est avocat. Ils habitent dans un appartement très cosy-petit-bourgeois. Il va lui faire une crise de jalousie, c'est le début de la fin... L'argument paraît mince, le titre un peu léger... C'est vrai, Irrésistible se résume en deux phrases et demi. C'est vrai, Irrésistible ressemble fort à la-recette-toute-faite-d'un-succès-du-théâtre-privé : un jeune auteur en vogue (Fabrice Roger-Lacan, à qui l'on devait déjà Cravate club, très bonne pièce transformée en film très moyen), une metteuse en scène aguerrie (Isabelle Nanty, plus coutumière des one-man shows d'ailleurs que du théâtre traditionnel) et deux acteurs « vendeurs ». D'un côté, Virginie Ledoyen, longtemps estampillée actrice de films d'auteur (notamment interprète de prédilection de Benoît Jacquot ou d'Olivier Assayas) lorgnant, ces derniers temps vers la comédie (et La Doublure de Francis Veber, entre autres films oubliables). De l'autre, Arié Elmaleh - accessoirement frère de Gad -, héros d'une saga pub et de quelques films, plutôt doué... A l'arrivée, Irrésistible est un spectacle un brin prévisible, résistible, mais efficace, plutôt réussi.
Texte ciselé
D'abord le texte est bon : ciselé, aux trouvailles qui font mouche, il décortique le mécanisme insidieux de la jalousie avec finesse et humour. A et B (on ne saura jamais leurs prénoms) vivent ensemble depuis quatre ans, ils se sont rencontrés sur un télé-siège en entonnant Le plat pays pour conjurer leur peur du vide et leur vertige chamboulant. Pourquoi pas ?
B (c'est elle), n'est pas insensible au charme de C, auteur très en vue dont elle admire le style et le charisme depuis qu'elle a l'âge de 14 ans. Elle refuse pourtant son invitation à dîner. Du coup, A (c'est lui) s'interroge. A-t-elle refusé parce qu'elle avait peur de succomber à son charme ? A-t-elle refusé, pensant que ça lui ferait plaisir, à lui, que ça le rassurerait ? Est-elle en train de s'enfermer dans le carcan d'une conjugalité molle et tiède, de s'installer dans la durée, de refuser une passion qui s'offre pour préserver son confort petit-bourgeois ? A, avocat engagé dans la défense d'un Mexicain qui a dévoré sa femme par amour (sic) commence à dérailler, et l'entraîner avec elle dans son délire. C'est assez tordu, et plutôt implacable.
Enfin, si Virginie Ledoyen, voix grave, syllabes découpées et diction parfois trop appliquée pour paraître naturelle, ne sonne pas toujours juste (c'est sa première tentative au théâtre), Arié Elmaleh, si. Grande silhouette déguingandée qui prépare sa plaidoirie, l'air inspiré, en short et tennis, amant désemparé qui traverse son salon en courant, à grandes enjambées élastiques façon Tati, amoureux jaloux et d'une mauvaise foi délicieuse, il est amusant, attachant, savoureux.
Irrésistible
Mise en scène Isabelle Nanty
Avec Virginie Ledoyen et Arié Elmaleh
Au Théâtre Hébertot jusqu'au 30 avril. Réservations 01 43 87 23 23.
Sur le web :
- Le site du théâtre
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