La Nouvelle-Orléans n'a pas le monopole du jazz. Trahi par ses enfants musiciens devenus soldats pendant la Première Guerre Mondiale, le berceau originel devra partager son art avec une Europe qui sait jouer de ses charmes... entre l'atmosphère festive qui s'empare du Vieux continent aux lendemains du conflit et le folklore manouche quasi-jumelé aux chants religieux afros. Une nouvelle scène émerge mais peut-elle se passer de l'Amérique ?
Années 20. Le Tout-Paname est réglé sur un métronome dada. Après Stravinsky et Satie, les clubs de la capitale courtisent Louis Mitchell, Benny Payton ou un certain Sydney Bechet. Loin de ses origines plébéiennes, le jazz est l'affaire de quelques intellectuels à l'instar de Maurice Ravel à qui l'on devra la découverte du clarinettiste Jimmie Noone. En Suède et au Danemark idem : foule d'apprentis musiciens à la bourgeoisie non dissimulée s'offriront même, trois décennies plus tard, Stan Getz et Chet Baker comme professeurs honoraires.
La dimension populaire du jazz européen explose avec l'ascension d'un jeune joueur de banjo dans les années 30. Django Reinhardt est l'héritier d'un riche patrimoine tzigane et comme tel, il se doit de préserver ses racines musicales dans le secret des roulottes. Mais le prodige ne fantasme que de bals et se fait parjure en métissant son legs avec le swing de Duke Ellington. Accompagné de son alter ego violoniste Stéphane Grapelli, il impose un nouveau style mariant bossa nova, bolero, tango et jazz. Aujourd'hui, le jazz manouche demeure d'ailleurs solidement fixé à la scène européenne, avec des ambassadeurs comme Angelo Debarre, Christian Escoudé, les frères Ferré et même Sanseverino (sigh).
Curieux paradoxe : Django, qui rêvait d'Amérique, marque la première résistance faite à l'Oncle Duke auquel il posa de nombreux lapins lors de la tournée US organisée à son honneur en 1946. Il faut dire que notre nomade n'apprécie guère le marasme rythmique des Big Bands. Après sa disparition, l'Europe se voit même palier la production scolaire outre-atlantique. Le label allemand Editions of Contemporary Music (ECM) illustrera la plus belle tentative de démarcation : nombre d'expérimentations y voient le jour, des sons hybrides mêlant chant grégorien et saxo (Jan Garbarek), clarinette et boucles de synthétiseur (John Surman), on y couple par ailleurs jazz et world music (Anouar Brahem). L'initiative paie bien : de Don Cherry (père de Neneh et d'Eagle-Eye) à Keith Jarret, les étoiles américaines finissent par essaimer de ce côté-ci de l'Océan.
A New York, les cabarets se sont transformés en labels. Le jazz ne passionne guère plus que le Japon y présume certains, entre autres Blue Note Records qui brime son sang frais à ressasser le répertoire des fantômes - Thelonious Monk, Clifford Brown, Jay Jay Johnson - quand il n'est pas convié à distribuer la soupe populaire (Norah Jones, re-sigh). La Grande Pomme conserve néanmoins son sex-appeal pour tout ce qui touche aux sessions d'enregistrement. Combien de jazzmen français y font escale pour bénéficier du nec plus ultra des sons ? Erik Truffaz, Pierrick Pédron, René Urtreger ne s'en cachent plus. Seule l'école scandinave tient fermement à son indépendance, apprenant des leçons de Garbarek pour tirer un trait sur celles de Getz et Baker. Définitivement.

Sur le web
ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...
John Peel / Ismael Lô / Paul Oakenfold /
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier / genres / labels

|
|
|
|
|
|
|
Zoom sur
Busta Rhymes / Alain Bashung / Radiohead / Coldplay / Jamie Lidell / Amy Winehouse / Portishead / Prince / Nerd / Etienne Daho / Lou Reed / The Roots
L'abécédaire des titres
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Tous les titres, les paroles, albums et titres par années
- Qu'ecoutez-vous à l'instant ?
- Vous ecoutez quoi en ce moment dans cette ...
- Die interZone ! - partager et ressentir (m...
- Vous écoutez quoi en ce moment ?
- tendinite main gauche