En attendant de détailler son projet dimanche à Montreuil, Ségolène Royal a donné mardi un cours magistral qui inscrit son action dans l'histoire des luttes de gauche et récupère ses icônes empruntées par Sarkozy. Une histoire qui brasse large, du Front populaire à Mendès France, mais aussi... de Jeanne d'Arc à De Gaulle. Si si. Décryptage.
La droite de « droit divin ». La droite des réseaux et du clientélisme, de Maurras et de la haine des classes populaires, la droite des méthodes ordurières et de la corruption.
Mardi soir dans la Halle Carpentier, l'oreille (droite) de la majorité a du méchamment siffler. S'ils n'ont pas dit grand-chose du programme qui sera détaillé dimanche, la candidate du PS et ses invités ont rendu à l'UMP la monnaie de sa pièce. Tout en offrant le visage d'une opposition unie derrière sa candidate et soudée par son héritage politique.
En soi la date retenue est déjà tout un symbole : le 06 février 1934 edouard Daladier présente son gouvernement alors que les Ligues d'extrême droite anti-parlementaires manifestent contre la gueuse, cette République corrompue; la gauche, voyant dans ces factions des tentatives de putsch de l'extrême droite dans le pays appelle à l'union des forces progressistes. Le Front Populaire c'est pour bientôt. Tout le monde a compris l'allusion ?
Tacler et rassembler
C'est Bertrand Delanoë qui essuie les platres et concentre ses piques sur Nicolas Sarkozy himself - ce fils politique de Charles Pasqua (ancien patron des Hauts de Seine) qui doit assumer des amitiés aussi enviables que Patrick Balkany ou Alain Carignon. Cumulard hors-pair, Sarko obtient la palme « du ringardisme démocratique et de la gloutonnerie du pouvoir ». Toute amabilité qui galvanise les 8000 militants présents, hurlant à la seule évocation du nom du ministre de l'intérieur. Tacler et rassembler. Delanoë n'oublie donc pas de saluer la présence (et leur bilan sur les plans du logement et de l'emploi) d'anciens ministres du gouvernement Jospin , Dominique Strauss-Kahn, Elisabeth Guigou, mais ni Martine Aubry, ni Laurent Fabius ne sont là et encore moins Lionel Jospin qui a assuré de son indéfectible soutien mais avait piscine. Radicaux et chevènementistes ont aussi le droit à un clin d'oeil plus sympa que celui adressé aux Verts avec lesquels l'accord électoral patine.
Le suffrage mieux que l'héritage
Tout les discours poursuivent cet objectif unique : rappeler que la politique est d'abord une histoire des luttes et que la gauche est du bon côté de la barrière : celui du peuple, celui des gueux. Face à la tentative de récupération fourre-tout de Sarkozy, capable de citer « Jeanne d'Arc et Balladur » dans la même phrase, Ségolène Royal rappellera que la droite c'est le goût du pouvoir « par héritage plutôt que par suffrage » , si mécontente du peuple qu'elle aimerait pouvoir le dissoudre (courtesy Bertolt Brecht).
« La droite ne nous aime que quand nous sommes morts. Elle n'aime que Jaurès et Blum », plaisante le maire de Paris en expliquant, comme le fit François Mitterrand face aux même attaques, que les socialistes ne disputaient pas l'héritage de Maurras à leurs ennemis de droite. Car la droite « a toujours trouvé illégitime la candidature de la gauche », cette fois c'est Ségolène Royal qui parle. Elle incarne la France des sans voix, la France de demain, cette France qui s'appelle « diversité ».
Et la candidate de se lancer dans un cours d'histoire de France qui n'est pas "la synthèse de l'Ancien Régime et de la Révolution [...] Entre le Code noir de Louis XIV et la Déclaration des droits de l'homme, les valeurs ne sont pas les mêmes» .
Entre ici, De Gaulle
Les valeurs que porte la gauche ce soir là peuvent pourtant paraître assez conservatrices mais c'est pour conchier la droite ultra-libérale - le travail contre le capital, la famille contre le tous contre tous, la nation contre l'argent nomade et sans contrôle publique. Le tout ponctué d'un name-dropping frénétique : Jean Jaurès encore et toujours , Léon Blum qui face à ses juges en 1942 reconnut le seul « tort » d'avoir réunit un gouvernement populaire, Mendès-France mais aussi Mirabeau, Guy Mocquet, en veux-tu en voilà, tout le monde est invité à la noce un rien foutraque de la gauche réconciliée avec elle-même.
Car la candidate n'a pas pour seul souci la vérité de l'histoire mais celui du rassemblement dans et au-delà de son camp, elle se laisse donc aller elle aussi à la captation d'héritage qu'elle fustigeait : De Gaulle est convoqué, lui, qui, dut quitter (comme Mendès-France!) le pays qu'il aimait pour le sauver ; et que les propos de Sarkozy sur la France qu'on n'est pas obligé d'aimer font se retourner dans la tombe. Applaudissements nourris.
Plus tard à la sortie du meeting, Arnaud Montebourg, arrivé en retard et assez discrètement répète la leçon face à une jeune jounaliste « oui , cette droite qui a abandonné le gaullisme pour le libéralisme... ». Dimanche, Ségolène Royal rendra les copies des débats participatifs.
Illustrations : Photos issues du Flick'r du parti socialiste.
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