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En adaptant sa propre nouvelle, Eric-Emmanuel Schmitt, romancier et metteur en scène à succès, flatte avec une telle flagornerie son éventuelle « spectatrice moyenne » que sa cible pourrait bien se rebeller devant tant de condescendance. Son seul mérite est d'offrir un rôle idéal à Catherine Frot mais cet univers niaiseux, qui fonctionne par opposition binaire simpliste, ne convainc jamais et peine à faire sourire. Dommage pour une comédie sur le bonheur...
Odette Toulemonde, malgré un nom ridicule et la modestie de son existence, est heureuse. Petite employée anonyme, cette héroïne du quotidien est une veuve courageuse qui conserve sa bonne humeur grâce à une drogue : les livres de Balthazar Balsan, écrivain populaire, qui aligne les best-sellers sans trouver grâce aux yeux de la critique. Sur le canevas classique d'une rencontre entre deux personnages opposés, Eric-Emmanuel Schmitt tricote une banale et lénifiante histoire à l'eau de rose digne du pire Harlequin. Sa recette rappelle Amélie Poulain, sans en avoir ni le charme, ni l'efficacité. A l'adresse de «sa ménagère de plus de 35 ans», il distille, en effet, un sentiment de douce nostalgie en combinant une bande-son saturée (Joséphine Baker), à la limite de l'audible, avec une gamme chromatique légèrement surannée. Peut-être la couleur des rêves passés quand on a, comme Odette, accepter la simplicité de son sort.
Sans imagination, la mise en scène peine à réaliser l'amalgame entre les apartés oniriques, chantés ou symboliques (Jésus porte sa croix et.... c'est lourd pour le spectateur) et un ancrage volontairement réaliste, saupoudré de dialogues convenus, cherchant à créer un sentiment de proximité avec cet avatar de Mary Poppins. Hélas, aucune magie n'opère, et seule Odette décolle. Conduisant une réflexion simpliste, sur un mode d'opposition binaire, Schmitt confronte l'optimisme de la modestie au pessimisme de l'ambitieux, la légèreté d'un corps qui lévite à la pesanteur d'un esprit torturé, le noir de Dupontel aux couleurs de la flamboyante Catherine Frot. Difficile, pourtant, d'en vouloir aux acteurs qui survivent plutôt bien dans cette sucrerie indigeste. Le premier apporte une redoutable énergie intérieure à son rôle de grand dépressif. Quant à la seconde, son naturel désarmant fait merveille en fantasque ménagère aux goûts simples. Certes, sa voix d'idiote peut agacer mais ne contribue-t-elle pas merveilleusement à la construction d'un personnage cul-cul, dans une histoire gnan-gnan, qui s'adresse à un public neu-neu ?
Très vite, on assiste, en effet, à un énoncé abrutissant de platitudes sécurisantes pour la cible précitée (la ménagère, donc...) : rester humble, rêver à sa hauteur et savoir se contenter des petits bonheurs quotidiens. S'insinue ainsi l'idée que, Vous, Petite Madame, êtes, sans le savoir, plus heureuse que les clichés qui vous font fantasmer. Curieuse façon pour l'auteur de rendre hommage au public qui le nourrit puisqu'il dit, en substance, que l'ignorance est la condition du bonheur. Conscient de son entreprise coupable, et n'ayant peur de rien, Schmitt va jusqu'à proposer sa défense au milieu du film !! Ainsi, Olaf Pim, critique littéraire au verbe acéré, est-il à l'origine de la crise du romancier (A. Dupontel) lors d'une intervention caricaturant clairement une pseudo-intelligentsia habituée à taper sur les succès commerciaux. Son portrait au vitriol, ridicule et excessif, pourrait aussi bien s'adresser à Marc Lévy... qu'au film en cours. Il permet surtout de dire que les méchants critiques méprisent les petites gens en vilipendant leurs goûts. C'est assez ridicule dans la forme et complètement idiot dans le fond.
La littérature ne serait donc qu'une passerelle vers le bonheur, et non un apprentissage, une découverte, ou une remise en cause. Une confirmation et non une ouverture. Logique, après tout, de vouloir maintenir le lecteur, ou le spectateur, dans son ignorance. Il évite ainsi de comprendre le rôle qu'il tient dans ce monde là : celui d'une vache à lait dont la simplicité enrichit celui qui sait le traire.
Odette Toulemonde
Réalisé par Eric-Emmanuel Schmitt
Avec Catherine Frot, Albert Dupontel, Jacques Weber
Sortie en salles le 7 février 2007

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