Deux Cid de Pierre Corneille à l'affiche
Deux Cid sont actuellement à l'affiche de Gennevilliers et de l'Ouest parisien. Leurs points communs : des versions signées par de jeunes créateurs, Wissam Arbache et Bérangère Jannelle, un texte respecté à la lettre, des distributions inégales. Côté mise en scène, académisme et sérieux d'un côté, dynamique réjouissante de l'autre.
Quoi de neuf, Corneille ? C'est un peu ça. Alors qu'on a célébré le plus discrètement du monde le quatre-centième anniversaire de la naissance de l'auteur l'an dernier, ce mois de janvier voit (hasard du calendrier) deux versions du Cid, présentées simultanément.
L'une au Théâtre de Gennevilliers, nouvellement dirigé par Pascal Rambert, mais dont cette dernière saison est programmée par Bernard Sobel, l'autre au Théâtre de l'Ouest parisien.
La bonne nouvelle, c'est que deux jeunes metteurs en scène s'y sont frottés, qui ont à peu de choses près l'âge de Pierre Corneille (31 ans) au moment où il écrivait son chef d'oeuvre. Et que Wissam Arbache d'un côté et Bérangère Jannelle de l'autre dépoussièrent le genre -s'il en était besoin - et lui amènent un souffle nouveau, tout en ne prenant aucune liberté ou presque avec les sacro-saints alexandrins de l'auteur.
La moins bonne, c'est une distribution plutôt inégale, où le talent de certains comédiens se voit éclipsé par la maladresse d'autres. A voir quand même. La preuve par quatre.
L'histoire
Vraiment ? Bon, alors pour faire court, Rodrigue et Chimène s'aiment. A la cour du roi d'Espagne, le père du premier, Don Diègue se voit nommé gouverneur, provoquant la colère du père de la seconde, Don Gomez. Il l'insulte, le soufflète. Don Diègue demande à son fils de le venger. Après cruel dilemme (l'amour ? l'honneur ? l'honneur ? l'amour ?), Rodrigue obéit, s'attirant les foudres de sa maîtresse.
Le texte
« Résistant aux tumultes des époques qu'il a traversées, Le Cid s'inscrit à chaque moment dans le présent et le texte réaffirmé nous parvient, portant avec lui les voix de ceux qui, en leur temps, sont entrés dans le combat», écrit Wissam Arbache. Il a souhaité monter le texte dans sa version d'origine, et dans son intégralité et n'entend pas le revisiter ou l'adapter.
De son côté, Bérangère Jannelle crée AMOR ! ou Les Cid, qu'elle veut «noces plutôt que montage » des différentes versions du texte, entre la première qui déclenche la colère de l'Académie et la fameuse querelle du Cid, et la dernière, 25 ans après.
Les acteurs : femmes et hommes
Originalité de la partition de Bérengère Jannelle, avoir fait jouer tous les personnages, y compris les doyens, par de jeunes acteurs, 30 ans en moyenne. On avoue un faible tout particulier pour ces femmes dirigées par une femme.
Raphaëlle Bouchard, dans le rôle de Chimène, est au centre de cette version, merveille d'incertitude, de souffrance et de détermination mêlées. Elle est femme-enfant virevoltante à la longue chevelure brune et robe turquoise en lever de rideau, femme marquée par la douleur, aux cheveux tirés et tout de noir vêtue dans la seconde. A ses côtés, une infante fiévreuse et de caractère, un peu rock, campée par Katia Lewkowicz.
Du coup, les hommes, Rodrigue en tête, trop pâlichon, sont un peu éclipsés.
Chez Wissam Arbache, c'est l'inverse. La blonde Chimène (Céline Carrère), tantôt gouailleuse, tantôt hystérique ne nous touche pas plus que l'infante, pas assez expressive. Jean-Pierre Jorris, qui incarna Rodrigue chez Vilar, en 1949, a gardé un jeu très... vilarien. Voix tremblante, débit traînant, longues enjambées et doigt levé.
Nazim Boudjenah est plus convaincant en Rodrigue et Arnaud Aldigé tire le roi, barbu, costume cintré, couronne en carton pâte sur la tête vers un burlesque surprenant et réussi. C'est enfin Don Diègue incarné par Alain Granier qui, malgré son passage éclair, a notre préférence.
Les mises en scène
Wissam Arbache a été l'assistant d'Olivier Py. Et ça se voit. Son grand escalier mobile rappelle celui des Vainqueurs et offre toutes les libertés aux comédiens. Actionné par des techniciens, il se monte et se démonte. On grimpe à son sommet aussi vite qu'on en dégringole... Hors cette trouvaille, la mise en scène est sobre, voire austère, rythmée par les notes mélancoliques d'une flûte traversière et d'un violoncelle.
La version de Bérangère Jannelle, elle, affiche un souffle hispanisant fou et joyeux. Lever de rideau sur un flamenco endiablé, tapisseries rose bonbon, guirlandes de papier, confetti et mélodies jazz lancinantes qui reviennent hanter la scène à chaque drame, écran blanc entre Rodrigue et son père au petit matin. C'est beau, inventif et foisonnant.
- AMOR ! ou les Cid de Corneille, adaptation et mise en scène Bérangère Jannelle, Théâtre de l'Ouest Parisien, Boulogne-Billancourt, jusqu'au 4 février (illus. top + 2 et 4 : photo DR Théâtre de l'Ouest Parisien).
- Le Cid mise en scène Wissam Arbache, Théâtre de Gennevilliers jusqu'au 4 février (illus. 1 et 3 : photo Stéphanie Javet).
Sur le web
Sur le web :
- Site du théâtre de l'Ouest Parisien
- Site du théâtre de Gennevilliers
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