Devenir mort de Christophe Paviot

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Devenir mort- Christophe Paviot

Dans Devenir mort, Christophe Paviot se met dans la peau d'une mère qui explore l'univers de son fils disparu. Une histoire d'amour impossible, de vie et de mort,qui fait le sel de la littérature en général et de ce roman en particulier.
Christophe Paviot a presque exactement quarante ans. C'est pas la mort. Pourtant il y pense, à la mort, l'indécrottable ado en jean, Converse et sweat shirt. A tel point que son dernier roman s'intitule « Devenir mort », ce qui laisse imaginer comment il vit le fait de vieillir. En fait, comme un de ces groupes des années 1960, The Who, qui chantaient : « I hope I die before I get old ». Apparemment.
Toujours est-il que « Devenir mort », pour Christophe, c'est se mettre dans la peau d'une mère qui vient de perdre son fils. La narration alterne entre passages à la première et à la troisième personne, mais il s'agit toujours de la mère, qu'elle soit « je » ou « elle ». Rapport fusionnel ? Oui, et pas qu'un peu, vu que cette mère là part explorer de fond en comble l'univers de son fils, qui vivait à New York. La curiosité plus ou moins malsaine qu'elle éprouve relève du manque : elle souffre mais persévère, de découverte en découverte : son intérieur étrange, plein de disques, de traces de débauches diverses et de photos souvenirs. Tout se passe comme si, après l'avoir porté dans sa propre enveloppe charnelle, elle voulait se lover dans l'enveloppe matérielle de son fils. Ce qu'il reste de lui.
Puis elle rencontre ses amis, parle à son ex, la filiforme Suzanne. Apprend beaucoup, trop, de choses sur lui. Son fils lui échappe de plus en plus à mesure qu'elle le découvre. « Il expliquait sa timidité par l'orgueil, il affirmait que la peur de l'échec le guidait et l'étouffait, elle lui interdisait l'action. Il n'y a pas de timides, il n'y a que des orgueilleux », rapporte par exemple Suzanne. Et ce n'est pas tout. En faisant l'inventaire de l'appartement, puis des rapports de son fils avec les femmes, elle le voit poser en photo au pupitre où Hitler haranguait les foules à Nuremberg. Elle retrouve sa collection de petites culottes soigneusement triées par prénom. Elle comprend sans le formuler tout ce qu'elle avait ignoré sans le faire exprès. Trop tard.

Les amours impossibles, qui sont la marque des plus belles fictions, sont innombrables. L'amour total entre une mère et son fils en fait partie. Merci Paviot d'avoir osé en faire un roman, avec une telle sensibilité. Lorsque la génitrice essaie les vêtements de son rejeton, prise d'un vertige existentiel, la scène gagne en simple efficacité ce qu'elle perd en réalisme. On a souvent envie de sourire, mais aussi de pleurer. Ce qui est une autre de ces recettes mystérieuses pour rendre un livre savoureux. Ou un film, ou un disque, d'ailleurs.
Dernier élément connu depuis la nuit des temps pour écrire une histoire forte : aborder le thème de la vie et de la mort. Il va sans dire, et sans l'écrire non plus, que « Devenir mort » ne parle au fond que de ça. Et si en effet, « Devenir mort », c'était se remettre dans la peau de sa mère ? En littérature, tous les fantasmes sont non seulement permis, mais essentiels. Christophe Paviot, alternativement publicitaire et chômeur, est surtout un véritable écrivain. Littérature not dead.

Devenir mort
Christophe Paviot
Hachette Littératures.

Illustrations : 1 et 2. Captures d'écrans du making-off du livre| 3. Couverture (dr)

Pascal Bories Le 26 January 2007

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