Après l'échec d'une candidature unitaire, les communistes se cherchent à nouveau et espèrent récupérer les antilibéraux égarés dans la nature. Lors de son meeting au Zénith, Marie-George Buffet a beaucoup fait référence à leur dénominateur commun : le rejet de Sarkozy et de l'Europe libérale. Reportage.
Le communisme nouveau est peut-être né hier soir, dans un zénith rempli des 5000 militants venus soutenir la candidature de Marie-George Buffet. Le communisme nouveau c'est celui qu'incarne la candidate, celui qui surfe sur les thématiques antilibérales très extrême gauche, fait la part belle aux acteurs de la société civile, démarche que Marie-George Buffet avait certes entamé bien avant la possibilité d'une union de la gauche radicale.
L'enjeu est de taille : il s'agit de convaincre les sceptiques des collectifs qui pensent qu'une ancienne ministre de la gauche plurielle ne sera qu'une ramasseuse de balles pour Ségolène Royal. Sans eux, il sera difficile de dépasser ou même d'atteindre les 5 %.
"Votez utile"
Avant le meeting, un membre du collectif antilibéral italien (et très présent en France) Bellaciao incarne cette gauche alternative.
"Il y a urgence à construire une alternative antilibérale, voter utile c'est faire le choix de cette société, voter utile c'est voter Marie-George Buffet", clame plus tard sur scène Jean-Paul Israël. Le syndicaliste marseillais de la SNCM évoque le refus des salariés de la compagnie maritime d'être "les auteurs d'un mauvais voyage", celui d'une expulsion commandée par le ministère de l'intérieur. Fatia Damiche militante féministe vient expliquer qu'elle est "fraichement communiste" mais qu'elle n'est ni "femme Royal, ni libéral mais MG loyal!".
Mais que sont-ils devenus, les communistes ? A regarder la salle, et malgré les quelques francs moments de liesse - quand Marie-George défend le SMIC à 1500 € , la construction de 600 000 logements sociaux ou le triplement de l'ISF - la frénésie est rarement au rendez-vous, les gens sont assis. Une syndicaliste du textile venue raconter l'énième épisode du feuilleton des fermetures du secteur suscitera peu de réactions. Sur la scène on cherchera avec aussi peu de succès les représentants du courant réformateur (Braouzec, Autain) que les faucilles ou les marteaux. Concernant les premiers, ce jeune militant s'énerve : "Ils ont coulé le rassemblement au nom d'une aventure personnelle. On a choisi Buffet et pas eux parce que c'est la seule qui peut convaincre les Français de suivre le candidat de la gauche antilibérale. Elle est crédible et elle a l'expérience".
Bové en egotrip
L'expérience de Marie-George c'est notamment avoir été ministre du gouvernement Jospin pendant l'aventure gauche plurielle. A la tribune, elle dresse un bilan aussi expéditif que cinglant de la période : "Elle (la gauche plurielle NDLR) qui ne pouvait pas signer le Traité d'Amsterdam n 1997 et prétendre vouloir défendre les services publics (...)d'ailleurs elle a tout privatisé, parlé du mammouth et baissé les bras devant les licenciements. Elle a dit que la politique ne pouvait pas tout".
Un mea culpa destiné à donner des gages de bonne volonté aux collectifs antilibéraux. Le lendemain Marie-George invitera José Bové à la rejoindre. Mais pas ce soir, ce soir le nom à ne pas prononcer c'est bien celui de l'ancien leader paysan. "Bové je l'ai rencontré à Millau lors des premiers rassemblements antilibéraux, le voir aujourd'hui en plein egotrip ça me désole. Il rassemblait, il divise", résume cette jeune communiste du Sud-Ouest. "Quelle légitimité il a à se présenter ? Bové c'est un faucheur d'OGM et cette question était loin de faire l'unanimité dans les collectifs antilibéraux", indique Adrien, militant parisien qui participe à Partis de campagne.
Le plus petit denominateur commun
Sa légitimité, Marie-George la tire du vote des collectifs antilibéraux, mais beaucoup n'y voient que le noyautage de ces derniers par le parti communiste et ses nombreux militants. "Justement, il y a plus e 100 000 militants communistes et seulement 18 000 votes dans les collectifs, si on avait voulu noyauter, il restait de la marge", poursuit Adrien. On reproche aussi au PCF d'avoir rejoint très tard le mouvement après le 29 mai.
Ce soir pourtant pour rassembler, Marie-George reviendra souvent sur le plus petit dénominateur commun : le rejet du Traité constitutionnel européen. La candidate a démarré son discours par une allusion au 29 mai 2005 et s'insurgera ensuite des projets de constitution restreinte d'Angela Merckel et surtout de la réunion ce week-end en Espagne des pays ayant adopté la Constitution. "La tenue de cette réunion est scandaleuse. J'attends du président de la République qu'il dénonce cette offense faite à la France".
On eut le droit auparavant à un duplex téléphonique avec Tiny Kox qui représente le parti socialiste néerlandais (ex parti communiste et très antilibéral) au Parlement européen et a fait gagner le non aux Pays Bas avant de réunir 16 % des voix aux législatives de novembre 2006. Car l'Europe pour les communistes d'ici c'est aussi l'exemple de partis ayant réussi une mutation qui leur a redonné un espace sur l'échiquier politique : les Pays-Bas donc, mais aussi Refondation communiste ou les démocrates de gauche en Italie,issus de l'ancien PCI, ou encore le bloc de esquerda au Portugal qui réunit anciens du parti communiste et associatifs antilibéraux et dont le succès électoral va crescendo.
Marie-George Buffet rappelle que Nicolas Sarkozy, "le loup déguisé en agneau " et Ségolène Royal, "celle qui prend l'agneau dans ses bras" sont deux candidats du oui. Les rares attaques contre la première -dont le discours sur les 35 heures aurait rassuré le Medef de Laurence Parisot - et les nettement plus nombreuses contre le deuxième font mouche. Une surtout suscite l'enthousiasme, quand Buffet s'en prend aux références de Sarkozy à Guy Môcquet "ce jeune communiste fusillé à Chateaubriand par les nazis à 17 ans". Nicolas Sarkozy est l'héritier de cette droite qui ne cessait d'insulter Jaurès. Il est l'héritier de cette droite qui, a dénoncé "les salopards en casquette" lors du Front Populaire". A la fin, on chantera l'Internationale. Cette-fois presque tout le monde est debout.

Photos :(CC) Julien Foucher.
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