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Exposition hommage au Centre Pompidou jusqu'au 19 février
Tintin, Milou, Quick et Flupke, Jo et Zette... Au crayon griffonné ou de mille couleurs, les voilà tous convoqués pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de leur créateur, Hergé, alias Georges Rémi. Pour l'occasion, le sous-sol de Beaubourg accueille avec la Fondation Hergé 300 planches et dessins originaux.
Ça commence sur le parvis du Centre Pompidou. La façade joue les rampes de lancement pour la célèbre fusée rouge et blanche à damiers d'Objectif lune. Dès le seuil franchi, les étoiles multicolores, les « Bing Boum Bam » et autres jurons culte d'Archibald Haddock ont recouvert le sol. Direction, le forum, au sous-sol. Là, un parcours foisonnant vous entraîne sur les pas d'Hergé, alias Georges Rémi qui signa des initiales de son nom et de son prénom, et fut l'heureux créateur de Tintin et Milou, mais aussi de Quick et Flupke, Jo, Zette et Jocko.
Une scénographie où le commissaire, Laurent Le Bon, dit avoir voulu rendre hommage au maître de la ligne claire, avec trois objectifs : simplicité, sobriété, lisibilité. En préambule, confidences ‘minute' avec le questionnaire de Proust et quelques réponses amusantes ou touchantes du dessinateur, en 1970. Les fautes pour lesquelles il avoue le plus d'indulgence ? « Les fautes d'hortaugraffes » (sic). Ses héros dans la vie réelle ? « Les vrais explorateurs, Tazieff ou Victor ». Et son plus grand malheur ? « Perdre la vue » .
Hergé, ennemi de l'à peu près
Il s'agit de faire un bel article, lance Tintin, assis à sa machine. Il s'agit de faire un beau dessin, mais pas seulement, aurait pu dire Hergé, exigeant et perfectionniste, ennemi de l'à peu-près qui, s'il n'avait pas été dessinateur, se serait bien vu gentleman farmer, chirurgien ou boucher ! Il s'agit aussi de raconter une histoire « exacte, claire, précise et amusante à lire » , de croquer ses personnages avec amour. De toucher à l'universalité encore.
La première partie détaille, de façon chronologique, les collaborations d'Hergé à la revue Boy-Scout, au Petit Vingtième, encore au Soir Jeunesse et au Journal de Tintin.
Au chapitre anecdotes et clins d'œil, entre des timbres et des cartes de membres du club des amis de Tintin, on s'amuse en découvrant leur code d'honneur qui stipule, noir sur blanc : « Article 1. Comme ami de Tintin, je m'engage à aider ceux qui auraient besoin de moi et me montrer respectueux et secourable envers les personnes âgées. Article 6. Je saurai faire preuve de cran et de détermination devant les difficultés ».
La deuxième partie, plus thématique, aborde la grammaire d'Hergé et ses écrits, et dévoile surtout un making of passionnant.
« Je fulmine, je m'acharne, je jure »
Les étapes de création d'Hergé sont détaillées par le menu et commentées par lui, depuis le crayonné jusqu'à la couleur, en passant par les croquis d'attitude et le passage à l'encre.
Il aborde ainsi le crayonné : « A ce stade, j'utilise toute mon énergie. Je dessine, furieusement, rageusement, je gomme, je rature, je fulmine, je surcharge, je m'acharne, je jure ». Concernant les croquis d'attitude, où on l'imagine avancer à tâtons, il confie : « J'aime mes personnages, je crois en eux, ils existent pour moi ».
Lors d'un entretien filmé par la télévision suisse, Hergé évoque la naissance de Tintin, et son ancêtre, le boy-scout Totor, il présente son équipe et assure que sa petite entreprise, qui ne connaît pas la crise, a gardé un côté artisanal.
Interrogé sur le succès de son petit reporter à houpette, qui a traversé les âges (plus de 40 ans) en parlant toutes les langues et sans prendre une ride, il apporte l'explication suivante : « C'est un personnage auquel les enfants jouent et voudraient ressembler. Chacun peut s'identifier à lui ».
Puis le clou de l'exposition, précisément installé en son centre, c'est un vaste carré qui dévoile les 124 planches originales du Lotus Bleu, réalisées en 1934 et 1935 . L'album du changement, de la maturité, après la rencontre par Hergé de Tchang (Tchong Den) qui bouleverserait et sa vision et sa représentation du monde. Peu à peu le trait s'affine, et gagne en virtuosité.
Enfin, drôle de hasard, ou pas... Alors qu'on célèbre le centenaire de la naissance d'Hergé, le Centre Pompidou aussi fête son anniversaire. 30 bougies. Et dans son dernier album, inachevé, Alph-Art, voilà ce que le créateur faisait dire à son personnage L'Emir : « Le Centre Beaubourg ? C'est une raffinerie qui a été transformée en musée, c'est tout ! » .
Exposition Hergé
Au centre Pompidou, jusqu'au 20 février
[Illustrations : © Hergé / Moulinsart 2006 :
1. Une grave affaire : Détail d¹une case extraite de la planche 1 d¹un gag de Quick et Flupke publiée dans le petit « vingtième », n°9, 2 mars 1933
2. Hergé saisi en pleine activité le 15 avril 1949.
3. On a marché sur la Lune : Détail d'une case extraite de la planche 50 publiée dans le journal Tintin, n°40, 8 octobre 1953
4. Le Lotus bleu : Planche 18 de la version noir et blanc publiée dans le petit « vingtième », n°40, 4 octobre 1934]
Sur le web :
- Site officiel
- Site de la Fondation Hergé
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