Le théâtre de la Commune accueille la dernière création d'Ilka Schönbein, en parallèle du spectacle jeune public Un froid de Kronos. Chair de ma chair s'inspire d'un roman d'Aglaja Veteranyi, Pourquoi l'enfant cuisait dans la polenta. Où il est question des relations mère-fille et de grand art. Chronique + entretien.


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« Est-ce que j'ai l'air d'une enfant ? » lance-t-elle, seins dénudés, pendouillant, peinturlurés de rouge. Le collant chair sur un corps squelettique fait irrémédiablement penser aux figures d'Egon Schiele, la bouche distordue aussi. Pas besoin de mots pour que l'énergie émise gifle le spectateur. Ilka Schönbein ne joue pas, elle est sur scène, et pourtant avec toute la distance requise, pas de psychodrame au programme. La marionnette qui, dit-elle, « a pris possession de son corps » est un truchement, tout comme les masques, le maquillage, et c'est le public trop sensible qui souffre, pas elle. Ilka Schönbein s'impose sur le plateau, ose tout, sans fausse pudeur, mais sans vulgarité, mettant à nu les intimités les plus glauques, comme les plus partagées.

Mères fatales
Avec Chair de ma chair, les rapports mère-fille sont au coeur du propos. Le personnage central, tiré du roman autobiographique d'Aglaja Veteranyi, déroule son histoire d'enfant de la balle. La mère, pendue tous les soirs par les cheveux au sommet du chapiteau ; son amant, Armando ; la peur de la fillette ; l'accident ; l'alcoolisme maternel et la fin, dans un cabaret, alors qu'elle n'est qu'une enfant, même si elle n'en a pas l'air sur scène. Une histoire vécue par l'auteur, mais si métaphorique de toutes les fatalités qui lient les mères et les filles, à des degrés divers.

« Le cirque de l'enfance », c'est à cela que nous convie Ilka Schönbein et ses complices ; celui qui nous poursuit toute la vie, avec ses figures récurrentes ; impossible de sortir de la piste. Chair de ma chair fait partie d'une série intitulée « Mères fatales », au même titre que Un froid de Kronos, également présenté en tout public au Théâtre de la Commune.

Possédée
« La plupart des femmes (comme des hommes) ont des rapports compliqués à leur génitrice », explique Ilka Schönbein. Ceux dont c'est le cas prendront dans l'estomac ces scènes outrées, tendues à l'extrême, d'une violence presque insoutenable si l'on associe ses propres souvenirs aux figures acrobatiques des prothèses prolongeant le corps de l'artiste et aux dédoublements permis par les masques qui camouflent en partie seulement son visage.

Une heure vingt de grand art, d'incarnation parfaite sous les artifices et les truchements ; d'humour aussi, à l'image du roman inspirateur. Une heure vingt pendant laquelle le spectateur sensible est soumis au souffle pulvérisant d'une explosion d'énergie. Car ce n'est pas seulement de sa propre histoire qu'Ilka Schönbein est porteuse ; c'est toutes les femmes, toutes générations confondues, dont elle est nourrie. Cela s'appelle du grand art ou de la possession ... Va-t-on savoir, avec cette « mi magicienne, mi-sorcière », comme aime à l'appeler son producteur, François Grosjean.

Ilka Schönbein photos © Marinette Delanné, courtesy Théâtre de la Commune]

Floriane Gaber



Sur Flu :
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- lire aussi l'entretien avec Ilka Schönbein
- chronique de Métamorphoses des métamorphoses (2001)

A savoir :
- Pendant la durée du spectacle, une exposition de photos de Marinette Delanné est présentée au Théâtre de la Commune.
Pourquoi l'enfant cuisait dans la polenta d'Aglaya Veteranyi est paru, en édition française, aux Editions d'En bas/L'esprit des péninsules, en 2004.



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