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Année 1994

La rentrée des crasses

Canis Canem Edit - ps2

GTA-like sur PS2 - Sortie le 27 octobre 2006

Jimmy Hopkins, crâne rasé et chemise qui sort du pantalon. Un adolescent qui vit mal le dernier remariage de sa mère et qui passe de lycée en lycée. Il est ce qu'on appelle « un jeune à problèmes ».Jimmy n'est pas un imbécile, il est même plutôt brillant quand il s'agit de jouer de mauvais tours et de sortir des répliques cinglantes aux adultes, pourtant, il est le clou qui dépasse de la planche. Rockstar Games a créé un univers scolaire cynique, une déclinaison de la franchise Grand Theft Auto dans laquelle les détracteurs du concept original craignaient de voir les pires débordements. Les boules puantes ont remplacé les Beretta, mais les jeux d'enfants ont-ils encore quelque chose d'innocent ?


- Echangez vos souvenirs d'écoles dans le forum Canis Canem Edit

Bullworth, une petite ville avec son district industriel fauché, ses vieux quartiers bourgeois et sa vue sur la plage. Une agglomération presque normale si l'on excepte son école. Bullworth Academy, un collège-lycée où l'on discipline les élèves par la répression, voire par l'oppression. Les surveillants sont sadiques, presque autant que le corps administratif. Cette philosophie de la loi du plus fort a poussé les élèves à se regrouper par clans. Les intellos, les sportifs, les loubards, les richards et les bullies. Chaque faction déteste cordialement les autres et ce n'est pas sans mettre tout Bullworth Academy sans dessus dessous, les autres élèves sans clan se retrouvant souvent pris entre deux feux. C'est le chaos organisé, l'émeute raisonnée. Tout ce petit monde en colère s'écharpe cordialement, en évitant soigneusement de se faire pincer par les pions.
Au moment où vous arrivez dans cette école, vous avez déjà une longue liste de renvois derrière vous et Bullworth est votre dernière chance d'avoir le bac. Jimmy a en effet un problème avec l'autorité, sous toutes ses formes, ce qui ne l'empêche pas de vouloir imposer sa propre loi. La situation anarchique le poussera à corriger les factions une à une, au cours du scénario, pour tenter de passer enfin une année tranquille. Tête de bois repentie, il combattra le feu par le feu afin de se forger son havre de paix scolaire, ce qui ne se fera pas sans mal. Heureusement pour lui, Jimmy est du genre très, très teigneux.

On se serre pour la photo de classe, s'il vous plaît

Dès les premières minutes de jeu, on commence à discerner les évolutions esthétiques de Canis Canem Edit par rapport aux GTA. Le moteur affiche toujours des modélisations sommaires, mais on a la surprise de constater une distance d'affichage impressionnante. Il n'est pas rare de s'arrêter pour regarder un paysage qui semble s'étendre à l'infini, et remarquer avec étonnement des bâtiments qui sont à l'autre bout de la ville. Le floutage progressif de l'arrière-plan allonge de beaucoup la profondeur de champs et épaule le chargement en continu des décors. Les textures sont nettes, l'emballage fait un sans faute. Seuls les crénelages des polygones et les quelques ralentissements nous rappellent que nous ne sommes « que » sur PS2.
Le son n'est pas en reste, avec des mélodies d'ambiance qui peuvent tourner en boucle sans nous épuiser le tympan. Alors que dans GTA, la BO se voulait typée et identitaire, elle se contente ici d'enrober adroitement le contexte. Les cinéphiles relèveront peut-être le pastiche d'Harry Potter dans la séquence d'introduction. En opposition à la bande-son qui se fait discrète, les dialogues sont mis en valeur par des échanges verbaux cinglants et un casting qui joue juste. Pas de grand nom comme pour GTA, quoique la plupart des jeunes doubleurs du jeu ait déjà tourné dans New York Police criminelle ou Unité spéciale. Techniquement et plastiquement parlant, Canis Canem Edit se place donc au-dessus des GTA, mais c'est aussi le cas pour son ergonomie et son interface. Les mises en page sont claires, l'utilisation des armes est aisée et les interactions avec autrui sont contextuelles. Les cours de rattrapage chez Rockstar Games ont porté leurs fruits.

Mais oui, mais oui, l'école est pourrie

Dans Canis Canem Edit, on subit la pression plus qu'on ne la provoque. Tout est fait pour vous démoraliser et vous imposer des valeurs qui ne sont pas les vôtres. On nage, on se noie, dans une caricature d'éducation qui a oublié d'être à l'écoute des élèves. Entre les interjections des pions qui vous insultent quand ils vous croisent, les autres élèves qui viennent vous agresser parce que votre tête ne leur revient pas... on passe beaucoup de temps à courir. Sans oublier que chaque délit est sanctionné, qu'il s'agisse de légitime défense ou de mauvais tour, le système ne pardonne rien. Le processus standard veut que l'on commette une infraction, puis que l'on se fasse oublier le temps nécessaire, caché dans une poubelle, un casier ou sa chambre. On partage donc son temps entre infractions et cavales, ballotté dans une ville qui vous marche dessus. C'est sûrement pour cela que l'on a autant envie d'être un clou sur la chaussée.
Que l'on s'entende bien, Canis Canem Edit n'encourage pas la violence, car la tolérance zéro s'applique dans tout le jeu, et les délits sur adultes sont les plus vivement punis. Ceux qui craignaient de voir les professeurs ciblés par des sauvageons découvriront que seuls deux d'entre eux en prendront pour leur grade, à raison. Les enseignants de math et de sport sont deux déchets qui aiment abuser de leur autorité, se permettant de revendre les solutions des examens ou de harceler les lycéennes. Ils seront punis par Jimmy Hopkins, le bras armé de la morale alternative sous Biactol. Le reste de l'équipe pédagogique est quant à lui touchant, entre un prof d'anglais alcoolique, qui ne supporte plus la doctrine maison, et une prof de dessin aveuglément optimiste. La galerie de portraits du jeu oscille donc entre cynisme, ironie et pathétique. Les personnages que l'on déteste incarnent l'injustice et la stupidité, alors que les autres sont les reliques d'un humanisme malmené dans ces tranchées scolaires. Au milieu de cette machine à broyer du jeune, même les figures de l'autorité affichent leurs faiblesses, soulignant la nécessité de l'individualité que nie Bullworth Academy.

D'ailleurs, prenons le temps de couper court aux spéculations sur le degré de violence de Canis Canem Edit. Les combats tiennent de la bagarre de petits durs, les armes ne dépassent pas le lance-pétard ou le Patator. Les punitions que l'on inflige aux autres comme le tirage de slip ou la tête dans les WC sont très anecdotiques et pas particulièrement gratifiantes. On pince des fesses, on lance des œufs, les lance-pierres chauffent, mais personne ne meurt. La sexualité dans le jeu est tout aussi soft, sachant que l'on peut embrasser une/un autre élève pour bénéficier d'un bonus d'énergie. L'aspect bisexuel de cette démarche est loin d'être évidence, il faut vraiment chercher à séduire un garçon pour espérer le bécoter.

Canis Canem Edit tient un discours, aussi bien social que culturel, qui s'adresse à des adultes. La plupart des références ou des évènements puisent dans nos mémoires de lycéens et le second degré permanent nécessite un recul qui vient avec l'âge. De par la satire qu'il délie au fil du scénario, c'est un jeu qui caricature intelligemment un microcosme. C'est une finesse que l'on pouvait voir affleurer par endroits dans GTA, mais pas en permanence, comme ici. Que l'on se rassure, même si les chiens mangent les chiens, c'est Rintintin qui gagne à la fin.

Heures de colle non comprises

Les activités de Canis Canem Edit se séparent en quatre types de missions. Les cours, les missions de scénario, les missions annexes et les missions bonus. Les cours sont des mini-jeux qui, une fois réussis, vous permettent d'augmenter vos statistiques. On peut évidemment sécher les cours, mais on perd l'occasion de se faciliter la vie. Votre assiduité est de plus récompensée par une dispense, une fois que vous avez bouclé le cursus, vous laissant ensuite toute latitude pour faire l'école buissonnière.
Les missions de scénario font avancer la trame principale. Séparés en plusieurs trimestres, les chapitres de l'histoire sont diversifiés, intéressants, mais hélas plutôt courts. C'est un peu à l'image de la ville de Bullworth, qui n'a pas la taille de San Andreas. De fait, les missions annexes ou bonus sont bienvenues et moins systématiques que celles de GTA. On nous demande de faire des courses, de tondre la pelouse, de mener des blagues de potaches, de pourrir la vie d'un enseignant corrompu. Il y a fort à faire, si l'on se sent désoeuvré.
Les courses sont toujours présentes, mais leur niveau de difficulté a été ajusté. Alors qu'auparavant, le moindre impact ou tête à queue vous disqualifiait d'office, vous avez maintenant le pouvoir de l'élastique avec vous. En pratique, cela se manifeste par la possibilité de regagner le peloton de tête par une accélération artificielle de votre vélo ou de votre kart. Les compétitions en deviennent de fait beaucoup moins frustrantes et l'on prend enfin plaisir à tout faire, bien que les adversaires bénéficient aussi de cet avantage. Les tracés sont mieux indiqués et encore une fois, il y a juste assez de tracés pour ne pas dépasser le stade de saturation. Si vous en avez assez de pédaler, vous pouvez toujours collectionner les photos de vos camarades, acheter tous les habits et essayer toutes les coupes de cheveux pour tuer le temps entre deux tours pendables.

En rang devant votre classe

Malgré tous ses efforts, Canis Canem Edit est néanmoins rapide à boucler, bien plus que ses prédécesseurs. La progression est d'autant plus facilitée par la présence de points de sauvegarde temporaires pendant les missions ou avant les boss ; ainsi, on se balade sans rencontrer trop de résistance, et c'est parfois dommage, surtout vers la fin. On ne pourra pas retirer à Canis Canem Edit son intelligence, celle de son postulat mais aussi celle de se finir au bon moment, avant qu'on ne se lasse. Une fois la galette rangée dans sa boîte, on n'a pas l'impression d'avoir été blousés par un contenu artificiellement gonflé.

Apolitique, Canis Canem Edit est loin de l'étiquette polémique que la horde de décérébrés mal informés lui attribuait. Il dérange, il démange, à travers une critique acide ou des personnages abusés et désabusés. Sur le plan personnel, la connivence entre Jimmy et nous s'installe par le biais de notre propre vécu, c'est une empathie qui nous pousse à nous investir dans l'histoire, s'achevant presque trop tôt, comme une récréation pendant laquelle on se serait vraiment amusé. Canis Canem Edit nous donnerait presque envie de redoubler, indéfiniment.

Sur Flu :
- Echangez vos souvenirs d'écoles dans le forum Canis Canem Edit
- Voir les fils PS2, Rockstar, GTA, sur le blog Jeux vidéo

Sur le web :
- Site officiel

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Rémi Vermont - 12 décembre 2007

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