GTA-like sur PS2 - Sortie le 27 octobre 2006
Jimmy Hopkins, crâne rasé et chemise qui sort du pantalon. Un adolescent qui vit mal le dernier remariage de sa mère et qui passe de lycée en lycée. Il est ce qu'on appelle « un jeune à problèmes ».Jimmy n'est pas un imbécile, il est même plutôt brillant quand il s'agit de jouer de mauvais tours et de sortir des répliques cinglantes aux adultes, pourtant, il est le clou qui dépasse de la planche. Rockstar Games a créé un univers scolaire cynique, une déclinaison de la franchise Grand Theft Auto dans laquelle les détracteurs du concept original craignaient de voir les pires débordements. Les boules puantes ont remplacé les Beretta, mais les jeux d'enfants ont-ils encore quelque chose d'innocent ?
Bullworth, une petite ville avec son district industriel fauché, ses vieux quartiers bourgeois et sa vue sur la plage. Une agglomération presque normale si l'on excepte son école. Bullworth Academy, un collège-lycée où l'on discipline les élèves par la répression, voire par l'oppression. Les surveillants sont sadiques, presque autant que le corps administratif. Cette philosophie de la loi du plus fort a poussé les élèves à se regrouper par clans. Les intellos, les sportifs, les loubards, les richards et les bullies. Chaque faction déteste cordialement les autres et ce n'est pas sans mettre tout Bullworth Academy sans dessus dessous, les autres élèves sans clan se retrouvant souvent pris entre deux feux. C'est le chaos organisé, l'émeute raisonnée. Tout ce petit monde en colère s'écharpe cordialement, en évitant soigneusement de se faire pincer par les pions.
Au moment où vous arrivez dans cette école, vous avez déjà une longue liste de renvois derrière vous et Bullworth est votre dernière chance d'avoir le bac. Jimmy a en effet un problème avec l'autorité, sous toutes ses formes, ce qui ne l'empêche pas de vouloir imposer sa propre loi. La situation anarchique le poussera à corriger les factions une à une, au cours du scénario, pour tenter de passer enfin une année tranquille. Tête de bois repentie, il combattra le feu par le feu afin de se forger son havre de paix scolaire, ce qui ne se fera pas sans mal. Heureusement pour lui, Jimmy est du genre très, très teigneux.


D'ailleurs, prenons le temps de couper court aux spéculations sur le degré de violence de Canis Canem Edit. Les combats tiennent de la bagarre de petits durs, les armes ne dépassent pas le lance-pétard ou le Patator. Les punitions que l'on inflige aux autres comme le tirage de slip ou la tête dans les WC sont très anecdotiques et pas particulièrement gratifiantes. On pince des fesses, on lance des œufs, les lance-pierres chauffent, mais personne ne meurt. La sexualité dans le jeu est tout aussi soft, sachant que l'on peut embrasser une/un autre élève pour bénéficier d'un bonus d'énergie. L'aspect bisexuel de cette démarche est loin d'être évidence, il faut vraiment chercher à séduire un garçon pour espérer le bécoter.
Canis Canem Edit tient un discours, aussi bien social que culturel, qui s'adresse à des adultes. La plupart des références ou des évènements puisent dans nos mémoires de lycéens et le second degré permanent nécessite un recul qui vient avec l'âge. De par la satire qu'il délie au fil du scénario, c'est un jeu qui caricature intelligemment un microcosme. C'est une finesse que l'on pouvait voir affleurer par endroits dans GTA, mais pas en permanence, comme ici. Que l'on se rassure, même si les chiens mangent les chiens, c'est Rintintin qui gagne à la fin.


Apolitique, Canis Canem Edit est loin de l'étiquette polémique que la horde de décérébrés mal informés lui attribuait. Il dérange, il démange, à travers une critique acide ou des personnages abusés et désabusés. Sur le plan personnel, la connivence entre Jimmy et nous s'installe par le biais de notre propre vécu, c'est une empathie qui nous pousse à nous investir dans l'histoire, s'achevant presque trop tôt, comme une récréation pendant laquelle on se serait vraiment amusé. Canis Canem Edit nous donnerait presque envie de redoubler, indéfiniment.
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