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Année 1994

Une recette d'avant-guerre

Call of Duty 3 : En marche vers Paris

FPS sur Xbox 360 - Sortie le 10 Novembre 2006

Le prestige de l'uniforme a toujours la côte chez les éditeurs. Ce troisième épisode de Call of Duty se propose de vous faire revivre la libération de Paris. Des tranchées boueuses de Flétan-les-Crasseuses jusqu'aux Champs-Elysées, la route est longue et parsemée de soldats allemands qui ne se laissent pas impressionner par un vulgaire débarquement.


- Call of Duty, stop ou encore ? Vos impressions sur le forum Call of duty 3 dans le forum Jeux vidéo

La série repose avant tout sur des situations épiques inspirées de films de guerre célèbres dont les ponts étaient trop loin et les salopards se comptaient par 12. On nous avait promis pour cette fois des innovations graphiques et un gameplay très remanié pour faire oublier le pillage filmographique. Qu'en est-il, soldat ? Au rapport.

Les allemands sont un excellent fond de commerce pour le FPS. C'est un ennemi passe-partout que l'on peut utiliser à volonté pour n'importe quel scénario à ambiance seconde guerre mondiale. Les vert-de-gris sont donc à nouveau les anti-stars du jeu, qui cette fois-ci vous met en devoir d'atteindre Paris. Parce que vous êtes le dernier espoir de libérer Michel Chevalier, les écoles de mime et les cafés de Montmartre, vous allez devoir ramper dans la boue et raser un à un les bunkers de l'axe qui parsèment votre chemin. Vous aurez à cœur de faire dégonfler méthodiquement toutes les poches de résistance, car vous n'êtes pas qu'un défenseur de la bonne cause, vous êtes aussi un prédateur.
Sacrifiant le réalisme au profit des mises en scène ébouriffantes, les Call of Duty ont essayé d'aller toujours plus loin dans les missions suicide qui se terminent souvent en victoire d'un seul homme. Assis sur votre tas de ruines encore fumantes, vous contemplez alors la campagne ravagée, les corps de vos frères d'armes et de vos anciens ennemis, réunis dans un même charnier héroïque. Malheureusement, pour ce nouvel opus, le lyrisme se fait abattre d'une balle de Luger en pleine nuque par ce qui avait fait sa gloire. La concurrence n'est pas tendre, avec Far Cry ou Gears of War, et Call of Duty 3 a la souplesse d'un ancien combattant arthritique. Papy a beau faire de la résistance, il est à deux doigts de rejoindre son vieux pote, Medal of Honor.

Une bande de frères sur une ligne rouge qui vont sauver le soldat Ryan

Les obus fusent autour de vous et vous assourdissent. Ces satanés boches vous ont repérés et vous arrosent depuis quelques minutes déjà. Pas moyen de prendre cette ferme et de sécuriser la position pour la résistance française. Winston et Parker ont essayé de percer par l'aile mais ils se sont fait abattre dès qu'ils ont été à découvert. Il ne reste plus que vous, Flint et le Sergent Palmer. Le sergent vous lance un regard ferme et hoche la tête d'un mouvement sec. C'est à votre tour.
Vous lancez une ou deux grenades fumigènes vers la ferme et vous courez vous abriter derrière des bottes de foin proches de la grange. Vous reprenez votre souffle en vous assurant que votre fusil est chargé jusqu'à la gueule. La jugulaire de votre casque vous étrangle, mais vous avalez l'air à grosses goulées. Ce n'est pas le moment de faiblir. Le feu nourri des allemands s'est tu. Ils doivent recharger eux aussi, c'est le moment.
Vous bondissez de derrière votre botte et c'est le 50m haies de l'angoisse jusqu'à la porte de la bâtisse. Un soldat vous y attendait et surgit pour saisir votre arme. Estomaqué par la surprise, vous reprenez pourtant vos esprits, et vous le repoussez pour l'achever d'une balle. Fin de la foire d'empoigne. Le bruit a alerté ses camarades. Ils descendent quatre à quatre les escaliers et vous avez juste le temps de vous accroupir derrière une table. Le plomb siffle au dessus de vous, et un bruit mat répond à certains tirs. Flint, qui était arrivé dans l'ouverture de la porte, s'affaisse à côté de vous, mort. Une grenade à fragmentation roule alors vers les allemands, c'est le Sergent qui commence le nettoyage. L'explosion vous assourdit un peu, mais vous percevez un temps mort dans les coups de feu. Vous vous relevez subitement de votre cachette et épaulez votre fusil : Un, deux trois de moins, vous rechargez pendant que Palmer lance une autre grenade puis vient se jeter à couvert. Avant de lancer l'assaut, vous en aviez dénombré 6 ou 7, en espérant que les explosifs du Sergent aient été utiles, et en comptant vos cadavres, c'est du un contre un.
Un rebond métallique vous tire de vos calculs, vous surgissez de derrière la table en vidant votre chargeur au hasard. Vous vous souvenez subitement de ces prières que vous oubliiez de réciter étant petit, les impacts mous vous ralentissent mais vous n'arrêtez pas votre charge et vous tirez sans relâche sur les deux soldats restants. Palmer vous couvre. La détonation de la grenade que vous fuyiez vous fait vaciller, puis c'est le silence. La ferme a été prise. Palmer recharge lentement son arme et jette un regard terne sur le corps de Flint. Vous savez qu'il vous reste encore la colline derrière la propriété à reprendre. La guerre n'est pas finie.

Croix de fer et gueule de bois

Voilà, à quelques détails près, ce que vous procure Call of Duty 3 comme situation de jeu. La fièvre des films de guerre est traitée avec emphase, on met l'héroïsme à l'honneur face à une adversité suréquipée. Les embuscades semblent désespérées et l'on voit tomber ses camarades un à un dans des assauts qui nous apparaissent dérisoires. Quel que soit l'objectif, la défaite n'est pas une option. La diversité non plus, visiblement, car les missions se ressemblent toutes. Remplacez la ferme par un bunker, un immeuble ou une baraque à frites et c'est un nouveau briefing qui s'offre à vous. Bien que l'on puisse résumer la guerre à « tuer des gens », il se peut que vous mourriez d'ennui avant de voir le Kremlin-bicêtre.

Ce dont souffre le plus Call of Duty 3, c'est que ses prétendues innovations tombent à plat face au gameplay 12 ans d'âge. Les jolis nuages de fumée que l'on nous a vanté sont tristement statiques, et l'herbe qui se couche reçoit le prix d'anecdotisme de l'année. Ces détails ne vous feront pas oublier que l'eau ne clapote pas, que la boue ne s'imprime d'aucune trace de pas, que les murs ne marquent pas et que vous régénérez de vos blessures en soufflant deux secondes derrière un talus. Votre soldat de plomb encaisse comme un tank, une capacité que les autres protagonistes vous envieraient. Nous partîmes 500, mais par un prompt tir de barrage, nous nous vîmes 2 pèlerins en arrivant au port.

La mortalité élevée de ceux qui vous entourent est d'ailleurs souvent due à l'IA catastrophique, quand par exemple, ils se coinceront à 4 dans un chambranle de porte. Vous ne pourrez même pas passer votre exaspération sur eux. En effet, la gestion du friendly fire aurait pourtant donné un peu plus de finesse dans les escarmouches ou dans l'utilisation des grenades, qu'on lance en pagaille sous les pieds des camarades pour dégager le terrain. Ce niveau d'absurdité fait écho au scriptage très contraignant des évènements qui font que les ennemis reviendront indéfiniment jusqu'à ce que vous avanciez de quelques mètres vers l'objectif. Un bon indice : Quand vous venez de tuer Hans pour la 40e fois de derrière son sac de sable, c'est que vous êtes trop loin de là où le jeu veut vous voir. Les snipers pointent à l'ANPE et les tacticiens sombrent dans la dépression nerveuse.

La progression est privé de toute liberté. Les décors sont très cloisonnés, nous donnant une sensation de rail frustrante. Ce défaut qui se révèle un archaïsme dans Gears of War, s'avère être une recette de fainéantise sur Call of Duty 3, dont les chemins sont encore plus étriqués. On se surprend à soupirer à chaque apparition d'allemand taquin, au détour d'une embuscade. C'est le même problème qui a nuit à Doom 3. On savait très vite que le moindre coin d'ombre contenait un monstre et que chaque bouton poussé déclencherait l'apparition d'un démon. Ce systématisme tuait toute surprise, en dépit de la débauche de subterfuges employés pour plonger le joueur dans l'ambiance. Même combat pour Call of Duty 3, qui ne brille pas plus qu'une rediffusion du cable.

Vivement la quille

Cette façon unilatérale de conduire le joueur, de le contraindre à suivre un déroulement prévisible, souligne la vétusté des mécaniques de Call of Duty 3. Malgré son lifting assez réussi sur consoles next-gen, il n'est qu'un soft grabataire qui sent légèrement l'urine. La visée est rigide, le corps à corps est bâclé, les missions redondantes... et cette IA débile. A croire que vous avez hérité de tous les réformés P4 dans votre unité.
Le jeu n'est pas aidé et ne s'aide pas. Treyarch a voulu suivre les traces des épisodes d'avant, mais cela a maintenu la série dans l'ombre des défauts passés. Le FPS ne peut plus se contenter de ces déambulations de couloir, à une époque où les univers s'ouvrent démesurément. Medal of Honor s'est nécrosé petit à petit et Call of Duty prend la même tournure au gré des itérations.

Vous pouvez vous dispenser de jouer les héros, pour une fois. Oubliez Maurice Chevalier et laissez Paris Brûler.

Call of Duty 3 : En marche vers Paris
Edité par Activision
Disponible sur xbox 360, Xbox, Wii, PS2, PS3 Développé par Treyarch
Sortie le 10 novembre sur Xbox 360

Sur Flu :
- Call of Duty, stop ou encore ? Vos impressions sur le forum Call of duty 3
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Rémi Vermont - 12 décembre 2007

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