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Action/FPS - Sortie en France le 17 novembre 2006
Sur la planète Sera, les Locust ont pris le contrôle de la colonie humaine, émergeant un jour des profondeurs, écrasant les défenses. La terre a refusé l'échec et a décidé de raser elle-même ce qu'il restait à prendre, dans un ultime geste d'orgueil. Livrés à eux-mêmes, les quelques militaires survivants s'érigent en poigné de héros dérisoire face à l'envahisseur, dans un ultime baroud d'honneur. Leur plan est limpide. Tout casser et fumer un cigare à la fin. Bienvenue dans la finesse couillue de Gears of War.
Marcus le barbare
La métaphore n'est pas innocente. Ce n'est pas la délicatesse qui distingue Gears, c'est sa vivacité et son taux de testostérone au m². Vos personnages sont taillés comme trois armoires normandes sous stéroïdes et ils portent une armure plus lourde qu'un boeing. Leurs armes vont du gros flingue au gros gros gros flingue, en passant par ce qui a fait la popularité de l'arsenal, le fusil-tronçonneuse. Pas d'état d'âme, pourtant, vos ennemis sont au moins aussi bodybuildés que vous. Gears of War a un gameplay à l'image des opposants en présence. Les affrontements sont violents, les membres volent, le sang éclabousse le décor, tripes-land nous voici. Les balles fusent et les échanges de coups de feu sont nerveux. Mais vous ne devez pas l'être.
La particularité du gameplay de Gears of War est son système de mise à couvert. Pillier, rebord en ciment, escalier, voiture, n'importe quel morceau de ruine vous sert à vous accroupir pour vous permettre de souffler et de recharger. On peut aussi bien viser proprement à partir de sa cachette que vider ses chargeurs à l'aveugle et faire un tir de barrage qui ralentira les adversaires. Cette versatilité permet en fait d'utiliser au mieux une autre partie de ce système, les déplacements couverts. Grâce au même bouton, on se jette d'un coin à un autre, on court à perdre haleine vers un baril, on enjambe un muret en beuglant des insanités. Cette gestion dynamique du combat de guerilla rend tout Gears of War extrêmement cohérent et novateur.
La vue à la 3e personne légèrement de côté, permet une gestion des embuscades dynamique et immédiate. Les développeurs ont fait un beau travail sur ce plan et le jeu bénéficie ainsi d'une belle fluidité dans les combats. Même les attaques au corps à corps sont jouissives, comme le fait de pouvoir coller des grenades dans le dos d'un ennemi, ou d'utiliser cette belle tronçonneuse et les tuer d'un coup, dans le sens qu'il vous plaira. Les décharges d'adrénaline s'accumulent et l'on est grisé par le spectacle.
Beau comme un bouquet de flingues
Gears of War est en effet techniquement impressionnant. L'optimisation du moteur graphique est une leçon de développement quand on énumère ses qualités. Des temps de chargement très courts pour des niveaux entiers, des textures très variées et précises au bump-mapping fin, des modélisations complexes et des effets de lumière qui vous laissent assis. Les trouvailles sont légion et l'on se surprend à regarder de l'eau qui dégouline d'un mur, de la poussière qui se soulève, une explosion à très grand budget. Il y a du bricolage de génie dans les détails du jeu, et cela force le respect, chaque écran est une claque visuelle. Mais une claque administrée par Marcus Fenix, l'homme qui mange deux videurs de boîte de nuit au petit déjeuner.
La bande-son est à la hauteur de la ligne graphique, efficace et hard-rock. Rien d'original, mais en adéquation totale avec le reste. Les héritiers de Schubert auraient refusé, de toutes façons.
Les dialogues sont eux aussi dans le ton. Bien que les voix françaises soient de bonne tenue, on ne saurait trop vous conseiller de faire le jeu en VO, en changeant vos paramètres régionaux sur la console. Prétendez être anglais et vous pourrez bénéficier d'un casting à la crédibilité impeccable. Chaque réplique sonne juste. Pour un film d'action no-brainer s'entend. Ce n'est pas la qualité d'écriture qui marque, mais la similitude avec les répliques coup de poing que l'on garde d'habitude pour Bruce Willis ou Arnold Governator.
Des trous dans le blindage
Malgré tout ce bonheur visuel et ludique, le soufflé Gears of War est retombé assez vite entre mes mains. En prenant les affrontements à froid, j'ai constaté le crétinisme ambiant des ennemis. Même en difficulté extrême, ils se cachent très mal, et peinent à vous repérer, même quand vous vous dissimulez derrière un timbre-poste. Une fois blessés, ils vont souvent venir vous agacer de près, courant n'importe comment et se faisant faucher par un déluge de plomb. Ils s'arrêteront même à quelques pas de vous pour s'accroupir et vous mettre en joue, à découvert. Le plus ennuyeux, c'est que la célèbre tronçonneuse ne se déclenchera pas quand vous essaierez de l'utiliser en dernier recours. Tout le gameplay-réflexe s'écroule dans des situations surprises.
Les surprises ne viendront d'ailleurs que de l'IA stupide des adversaires. Tout le déroulement du jeu est d'une linéarité assommante. Par exemple, une partie du jeu se passera de nuit, et vous devrez faire exploser des bouteilles de gaz pour illuminer votre route et éviter de vous faire dévorer par des créatures nocturnes. Progression binaire d'un autre âge. Cette sensation est encore plus frappante lorsque vous aurez des moments sur rail, au simple comme au figuré. Le point culminant est atteint quand vous devrez pousser un énorme boss vers un bain de métal en fusion, selon un rituel digne de vieux jeux 8bits. On est guidé dans un couloir, la destruction d'ennemis spéciaux est assistée jusqu'à vous mettre l'arme adéquate sous les yeux, dans la pièce d'avant, les choix de bifurcation ne servent qu'à faire illusion. Tout les chemins mènent aux tranchées.
Ce contraste plombe sérieusement Gears of War, qui voit la flexibilité de ses fusillades réduites au stade de souris défoncées au crack que l'on a enfermé dans une boîte à chaussure. On finit par se demander si nos galipettes changent quoi que ce soit, face à une IA décevante et un chemin en ligne très droite.
Les amis à la rescousse
Ce qui sauve le mode solo de Gears, c'est le mode online. Les parties contre des joueurs humains ressuscitent l'intérêt que vous aviez perdu à génocider des Locust crétins. Les fourberies s'accumulent et l'intensité de l'action reprend son droit. Les carnages sont rapides et furieux, tant les cartes sont minuscules. Imaginez un Royal Rumble de Catch avec une dizaine de lutteurs énervés dans le même ring et vous visualiserez parfaitement le mode online.
Le mode solo garde toutefois un as dans sa manche. C'est la possibilité de jouer à deux en écran splitté. Votre camarade incarne alors Dominic Santiago et chacun aura à prendre soin de l'autre, de venir le secourir s'il s'est fait abattre. Ce qui d'ailleurs arrive assez rarement. Votre niveau de vie se régénère automatiquement et vous n'avez qu'à patienter sagement derrière un bout de mur avant de retourner au feu frais comme un gardon. Un gardon de 140 kilos. Une belle bête.
Gears of War est une évolution marquante dans le processus "Next-Gen". Un jeu console parvient à afficher un niveau graphique étourdissant, sur un support DVD normal, tout en arrivant à des prouesses en temps de chargement et en gameplay.
C'est un jeu violent, d'un fatalisme dense, qui aligne les clichés de tous les films de poilus existants, mais il arrive aussi à en exploiter toutes les ressources spectaculaires. Si l'on fait l'impasse sur les défauts inhérents au genre, que souligne malgré lui le système de combat intuitif, on a devant soi un excellent divertissement qui vous laissera les yeux grands comme des soupières.
Gears of War ne fait pas parler la poudre, il la fait hurler.
Gears of War
Edité par Microsoft
Développé par Epic Games
Jeu d'action/FPS sur Xbox 360
Sortie en France le 17 Novembre 2006
