La série TV doit sa prospérité à deux mécènes : les marques de lessive et les comics. Si les premières ont généré soaps et télénovelas, les secondes sont à l'origine des blockbusters SF et surtout de la télé couleur. Retour sur un demi-siècle de télégénisme...
Superman, le dékrypteur
Si la ménagère américaine a son I Love Lucy (l'ancêtre des Feux de l'amour), son époux, lui, peut se prélasser devant Les aventures de Superman. L'homme d'acier, sponsorisé par Kellog's, offre à l'American Way Of Life la seconde fiction officielle du petit écran. De 1952 à 1958, la série multiplie les prouesses filmiques, donnant ses lettres de noblesse à la rotoscopie (le même procédé utilisé 54 ans plus tard par Richard Linklater dans A Scanner Darkly), et sert la transition entre le N&B et la couleur dès 1957. George Reeves, premier acteur dont on apprécie les teintes bleue et rouge, décédera un an après la fin du show dans des circonstances troubles... inspirant le biopic Hollywoodland - il y est incarné par Ben Affleck - en janvier 2007 sur le grand écran.
Batman : Wham avant Wham
A l'instar des Mystères de l'Ouest et du mythique Andy Griffith Show (sitcom ayant plus ou moins profité à la carrière de Jack Nicholson), Batman entre la série TV dans l'ère du kitsch. Créée par William Dozier, chantre d'Andy Warhol, elle ridiculise l'homme chauve-souris, héros sombre et hautain de DC Comics, en icône métrosexuelle avant l'heure. L'esthétique pop art doublée des onomatopées sonores qui rythment les épisodes, la participation régulière de guest-stars (Bruce Lee entre autres) et surtout le très «sellersien» Adam West contribuent à la popularité de la série qui ne durera malgré tout que trois saisons, de 66 à 68. West, très modeste résume l'intérêt des sixties aux trois «B» : les Beatles, Batman et Bond - on lui a proposé, avant George Lazenby, de reprendre le smoking de 007 à l'affiche d'Au service secret de Sa Majesté.
Wonder Woman : suffragette à martinet
Convaincu par le succès de Batman, les scénaristes d'ABC suggèrent une adaptation de la consoeur au lasso de Bruce Wayne. Malgré la suspicion du network à produire une série dont le héros serait une héroïne, le pilote de Wonder Woman est tourné en 1967. Hormis la misogynie de la direction, le show joue de malchance avec le retrait de son premier rôle, la top model Linda Harrison partie sur le tournage de La planète des singes. Remplacée en 1974 par la blonde ingénue Cathy Lee Crosby, Wonder Woman ne connaîtra son hégémonie qu'avec l'arrivée de la mutine Lynda Carter l'année suivante. Soutenue par le lobby Women's Liberation Equal Pay, la comédienne fait de la lutte contre le 3e Reich, leitmotiv des comics, une métaphore de la libération sexuelle des femmes. ABC renonce à la série et la refile à CBS en 77. Wonder Woman est aujourd'hui considérée comme la mère de Sydney Bristow, Ally McBeal ou Buffy. Joss Whedon a d'ailleurs entrepris un remake ciné d'ici peu.
Spider-Man : la lie de Stan
«Trop juvénile». C'est sur cette sentence que Stan Lee écrase son rejeton préféré, parti tisser sa toile sur le petit écran. The Amazing Spider-Man, renié par Dieu, ne dépassera pas les 14 épisodes diffusés sur CBS en 1978. Le show aura cependant été le précuseur de 24 heures chrono, les supervilains Marvel laisant la place à une brochette de terroristes chinois, latino ou new age face à un Peter Parker, bodyguard personnel du président Jimmy Carter. L'arachnéide tentera un retour dans deux autres projets de série, au milieu des années 80 puis au début des 90's. Sans succès. Nicholas Hammond, son interprète, s'en sort mieux : dernièrement, il s'est incrusté au générique de Spider-Man 3.
L'incroyable Hulk, homophobe malgré lui
Les fans du géant vert ont en effet longtemps reproché aux créateurs de l'adaptation TV d'avoir rebaptisé leur héros «pour faire moins gay». Originellement Bruce Banner dans le comic, le personnage devient David Robert Banner dans le pilote puis David Bruce Banner sous la pression. Une discrimination qui ne fera pas tant grand bruit, le Docteur Jekyll et Mister Hyde moderne marquera surtout pour son budget démesuré en effets spéciaux (1,5 à 2 millions de dollars par épisode) et sa narration / voix-off empruntée depuis par une grande part de la programmation actuelle : Grey's Anatomy, Desperate Housewives, Scrubs, Arrested Development. Une discrimination qui culpabilisera tout de même les créateurs qui, après cinq saisons (1977-1982) et trois téléfilms, proposeront un She-Hulk lesbien, campée par Brigitte Nielsen. Non massif du pourtant très ouvert d'esprit CBS.
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