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A partir du 30 juin à 20h50 sur TF1
J.J Abrams la craint, Spielberg la dénigre, 16 millions de téléspectateurs la scrutent hagards tous les lundis, 21h, sur NBC. Heroes a conquis l'audimat plus violemment encore que les buzz Lost et Prison Break. A conquis mais pas convaincu une Amérique divisée à son sujet. Car des héros - au sens d'exemples, de modèles à suivre -, il n'y en a aucun dans ce drama aux allures de comic-book. Rencontre avec Zachary Quinto (Sylar), au moment où la série est diffusée sur TF1.
Ah il est loin le temps béni des années 40 où, déifiés par l'effort de guerre patriotique, les super-héros s'abandonnaient dans la castagne de nazis hypertrophiés et de vils cocos. Aujourd'hui, le Hollywood post-11 septembre accuse Superman de l'avoir laissé tomber, affiche un Batman misanthrope et tente les X-Men, pourtant icônes de la diversité, d'embrasser un conformisme rassurant en cette ère troublée. C'est dire : même le sourire Colgate du joyeux Will Smith se rabougrit à l'affiche du très attendu Tonight, He Comes (de Peter Berg), blockbuster dans lequel il enfile les collants d'un justicier maniaco-dépressif ! Côté petit écran, Heroes suit la tendance du clown en costume triste, infligeant comme punition et trame de départ quelques superpouvoirs à une bande de petites gens.
Aux quatre coins des Etats-Unis - et accessoirement du globe -, une pom-pom girl découvre donc qu'elle est insensible aux brûlures, écorchures et chutes de 20 mètres, un flic promis à la circulation entre en contact télépathique avec des personnes disparues, un nerd japonais peut arrêter le temps et se télétransporter «comme dans Star Trek», tandis qu'un dessinateur héroïnomane crayonne ses prophéties, toutes liées à notre ligue de surhommes (comprenant également une stripteaseuse capable de se dédoubler + deux frangins défiant les lois de la gravité) et mettant en scène une explosion imminente dans New York (tiens, tiens). Les promesses d'apocalypse, on le sait, ont toujours contribué aux grandes heures des séries US : Millenium, les whedoniens Buffy et Angel, la désolante Dead Zone, Les 4400... Avec Heroes, on s'en cogne !
La fin du monde ambiante sert ici d'alibi - sans doute pour mieux faire passer la pilule «série populaire» -, l'essentiel du pitch réside en effet dans la relation de nos héros avec leurs pouvoirs émergents. Heroes rappelle dès lors, par bien des points, Incassable de M.Night Shyamalan. Comme David Dunn / Bruce Willis, les protagonistes de la série sont ancrés dans une logique cartésienne qui les conduit à réfuter ou à se faire réfuter leurs facultés extraordinaires et, par la même occasion, à laisser douter le téléspectateur sur l'existence de celles-ci. On apprendra ainsi qu'Hiro, le trekky nippon se targuant d'avoir fait Tokyo / New York en se télétransportant, aurait en réalité été aperçu quittant le Japon deux semaines avant son arrivée sur la Côte Est et que l'officier «télépathe» Parkman a par trois fois loupé son concours d'entrée à la fonction d'inspecteur, son don serait-il un prétexte pour attirer l'attention de sa hiérarchie ? Plus ambigu encore, aucun des prétendus élus n'a l'air de faire cas des grandes responsabilités qui incombent à leur grand pouvoir (devise Spider-Man). Entre le candidat au Congrès misanthrope (incarné par un Adrian Pasdar aussi ignoble qu'à l'époque Profit) et un serial killer qui use et abuse de ses talents pour décimer la ville, Heroes brille par son absence de manichéisme sirupeux. Steven Spielberg conspue, déclarant qu'il n'avait jamais autant zappé devant un programme télé, nous en exulte.
Evitons toutefois de baigner dans le culte, ces héros ne sont pas exempts de défauts. On déplorera une réalisation au rythme saccadée, tantôt nous amenant à bailler aux corneilles sur des plans interminables, tantôt à devenir accro à la touche pause de son lecteur DVD, chaque épisode fourmillant de détails subliminaux (les dessins d'Isaac, l'ordinateur de «Papa Suresh»...). Lost, vous avez dit Lost ? Pas étonnant : si le créateur Tim Kring a fait ses armes sur Angel et Preuves à l'appui (le CSI-like pour acteurs télé sur le retour), nombre d'expatriés du staff J.J Abrams l'ont rejoint dans l'aventure, à l'instar de Jesse Alexander ou de Greg Grunberg. Ajoutons dans les ressemblances, la surexploitation du cliffhanger, dont on sait aujourd'hui qu'elle lasse plus qu'elle ne fidélise le public. ABC, et en France TF1, déplorent depuis la saison 2 un désintérêt exponentiel pour Lost. Heroes doit-elle s'attendre à la même condamnation ? Gageons pour sa ligne de vie que les comics, inventeur et usager régulier du procédé depuis 70 ans, s'amusent toujours autant de leur pouvoir de séduction...

Heroes
Créée par Tim Kring
Avec : Adrian Pasdar, Greg Grunberg, Ali Larter
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