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Shrek le troisième

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Let me be myself

Retour en force et en farce du plus américain des ogres qui à lui seul est tout un symbole. De qui, de quoi ? Tout ce que l’Amérique a justement parfois de plus flippant, son conservatisme. Et Shrek tu crois qu’il voterait Sarkozy ?

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« Thank you to let me be myself », c’est sur ces paroles que se termine donc le dernier volet du blockbuster de Dreamworks, Shrek le troisième. Ce « merci de me laisser être moi-même » sonnant comme la confession de toute la série, un peu son épitaphe ou son paradigme.
Car, que faut-il comprendre ? Tout simplement que l’ogre le plus célèbre du cinéma désirait qu’on lui foute la paix - ce qui n’aura d’ailleurs trompé personne puisque dès le premier épisode il le déclamait haut et fort, c’était même le seul but de sa quête. Ça tombe plutôt bien que Shrek veuille qu’on le laisse tranquille dans son marais puant, accompagné de sa princesse obèse qui a préféré la laideur au strass de son royaume aux allures de Beverly Hills (ce qui a plus de gueule mais bon). Ça tombe bien parce que pour être honnête, Shrek on s’en fout un peu. On exagère ? À peine.

Après donc un premier épisode entre héritage du post-modernisme et pillage d’une formule inventée par Mel Brooks (La Folle Histoire du monde, La folle histoire de l’espace, etc.), un second tellement blindé de références qu’on se demande encore comment le public non américain arrive à suivre, quoi de neuf au pays parodique des contes de fée ? La suite bon sang ! Que voulez-vous d’autre. La suite ? Oui, d’abord il y a eu la rencontre, mettons l’amour. Ensuite les beaux-parents, donc la famille (pas facile, on comprend). Conclusion ? La paternité évidemment, les mômes, les gosses, les chiards quoi. Avec couches-culottes dans la ligne de mire et le tout gentiment plié dans la cabane sympa logée dans le marais puant. Shrek, il n'a pas d’autres ambitions, faites vous à l’idée, toutes ces aventures, sauver le monde dans un grand élan démocratique, il s’en fout, il le fait seulement pour qu’on lui fiche la paix avec sa nana. Au début les gosses ça lui fiche un peu la pétoche mais finalement, c’est tellement naturel, évident - c'est le sens de la vie quoi.

Bon, là, dans cet épisode avec plus de pets et de rots (dure vie de scénariste à Hollywood, on compatit), il y aussi le roi Arthur joué par Justin Timberlake - ça fait une star de plus au casting. Il y aussi le lycée où Shrek le sauve de sa vie de tête de turc (Lancelot en sportif le martyrise, Guenièvre en pimbêche le snobe, rires), et Merlin en Timothy Leary version has been. Et puis encore tout plein de personnages de contes de fée comme le capitaine Crochet, Cendrillon, Blanche Neige avec des super pouvoirs, bref, c’est cool, le bestiaire répond présent. On en a pour son argent et à la fin Shrek sauve le royaume du putsch mené par le prince charmant.
Sinon rien de nouveau, dix gags à la minute, plutôt balaise, bel effort de densité. Alors quoi ? Bien, et si finalement Shrek n’était qu’un petit bourgeois, voire un petit bourgeois un brin réac’ ? Après tout, cet instinct de propriété, cet individualisme, cette obsession de la famille, passe toujours avant l’effort de réconciliation. Et puis cette manière que le film a de faire la promotion des obèses sous couvert d’être « soi-même », de s’accepter comme on est, quelle rengaine. Une morale, non seulement usée mais aussi horriblement conservatrice. Décidément c’est décidé, Shrek n’est pas notre ami. D’ailleurs on préfère l’âne, voire le chat - oui plutôt le chat.

Sherk le troisième
De Chris Miller
Avec (voix) : Mike Myers (Alain Chabat en français), Cameron Diaz, Eddie Murphy, Antonio Banderas, Justin Timberlake.
Sortie en salles le 13 juin 2007

[Illustrations : Droits réservés Dreamworks]

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Jérôme Dittmar