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Ensemble, c'est tout

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Deux garçons, une fille... une possibilité

Producteur, Claude Berri est aussi et avant tout un cinéaste. Un artisan discret qui mine de rien aligne une filmo singulière, où le spectaculaire alterne avec l'autobiographique et la simplicité. Ensemble, c'est tout, adapté d'un roman d'Anna Gavalda, suit le fil de cette veine intimiste, de manière inoffensive mais talentueuse.

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Pendant que le nouveau Mocky (Le Deal) égaye quelques salles de notre beau pays, Claude Berri sort son dernier cru sur des centaines de copies. Quel rapport me direz-vous entre le franc-tireur à la grande gueule si médiatisée, et le riche producteur discret, collectionnant les toiles et présidant à la destinée de la Cinémathèque française ? Et bien aucun, si ce n'est une idée finalement pas si éloignée de la nature du cinéma. Quand il s'abstient de mettre en scène les grosses machines de prestige, à la valeur financière inversement proportionnelle à leur intérêt artistique (Lucie Aubrac, Germinal), Berri se penche sur des sujets modestes, voire triviaux, qu'il approche de manière frontale. Cette absence d'effets, qui n'empêche pas une facture travaillée, n'est pas sans rapport avec la rugosité bricolée du Jean-Pierre. Une même volonté de franchise et de crudité les unit. A la différence que le cinéaste amateur d'art peut se permettre une distribution disons plus glamour. Si on était de mauvaise foi, on pourrait presque lui reprocher cet avantage et aller jusqu'au boycott de son dernier bébé. Pour autant, on passerait à côté d'une oeuvre plus fine qu'il n'y paraît.

A l'instar de son titre (tiré du roman dont il s'inspire), le film fonctionne à double détente. Ensemble, c'est tout, cela peut signifier le dépit et le froid constat : nous sommes entre nous, l'un à côté de l'autre, mais rien de plus ; mais aussi la force de l'union : rien n'est plus important que d'être ensemble. Double sens qui se retrouve dans les relations entre les protagonistes mais aussi - et c'est le plus important - dans la légèreté du film. Les portraits y sont croqués vivement, l'air de ne pas y toucher, avec néanmoins une férocité pleine de lucidité. Il évoque la vie comme si de rien n'était, avançant par petites touches, glissant presque sur les êtres et les choses, tout en restant proche d'une certaine vérité humaine.

Respectant le passé des êtres, pudique, il les conjugue au présent. Quelques confidences au coin de l'oreiller ou d'une boutade nous sont bien livrées, par ci par là. Mais pour l'essentiel, l'instant s'envole, recouvre les souvenirs trop douloureux. Façon de dire aussi que le futur fait trop peur ou reste trop incertain pour être envisagé. A moins d'être deux à l'affronter, à l'attendre. Car tout est là, dans cette difficulté à assumer son besoin de l'autre, et donc à se rapprocher de cet autre. L'architecture du film tire d'ailleurs sa délicatesse de sa manière d'organiser ce rapprochement : Camille rencontre Philibert qui lui fait connaître Franck ; celui-ci la mettra en contact avec sa grand-mère, et par elle, d'une certaine manière, lui et Camille finiront par réduire la distance qui les séparait.

Chacun a besoin de l'autre pour exister pleinement et avancer : voilà un constat qui enfonce les portes ouvertes. Oui, mais quand la porte est enfoncée avec cette finesse-là, on serait tenté de s'y engouffrer. Surtout si ce constat n'oublie jamais de s'inscrire dans le contemporain. Toujours l'air de rien, Ensemble, c'est tout parle aussi de notre modernité, de son étrangeté, de ses craintes. Un monde où les pauvres vivent dans de grands appartements bourgeois, où l'intemporel imbibe un présent qui voudrait se détacher du passé. Il donne à voir, sans jamais rien asséner, le désarroi et la cruauté de personnes vivant avec l'impossibilité de dialogue et le manque. Absence réelle ou symbolique des parents, échanges problématiques avec l'autre, solitudes inévitables... Les névroses familiales ou sociales et autres dépressions sont là, qui planent mais toujours comme en passant.

Voilà donc un film qui, tout en peignant les inquiétudes du moment, recrée du lien, le met en scène, comme une chose on ne peut plus logique et normale. Histoire de dire que l'égoïsme et le repli ne sont pas des fatalités. Vision trop optimiste, trop généreuse ? Oui, mais l'optimisme n'empêche pas la lucidité.

Ensemble c'est tout
Réalisé par Claude Berri
Avec Audrey Tautou, Guillaume Canet, Laurent Stocker
France, 2006
Sortie en salles le 21 mars 2007

[Illustrations : © Pathé Distribution]

Manuel Merlet