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The Good German

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Le faux ami américain

The Good german se voudrait une relecture du passé. Par une volonté proche du Black Book de Paul Verhoeven, Steven Soderbergh recrée l'univers du film noir pour prétendûment mettre à jour ce que l'époque ne pouvait alors dire ou montrer. Le noir et blanc est donc clinquant et les acteurs se la jouent « âge d'or hollywoodien ». A ce petit jeu finalement inoffensif, tout le monde semble bien s'amuser. Vraiment tout le monde ?

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Le glamour, c'est un peu le vernis du cinéma. Il garantit son clinquant, sa puissance de séduction. Avec The Good German, Steven Soderbergh use et abuse de ce glamour pour mieux le pervertir. En pastichant le film noir des années 1940-50 jusque dans ses moindres détails (générique compris), il tente une modernisation du genre et cherche à le détourner. Comme si le rapport naïf à la fiction devenait impossible ; mais également comme si, dans un revers paradoxal, cette crédulité était malgré tout inévitable. Car envers et contre tout, pour que ça fonctionne, il faut croire. Croire à ce que nous voyons et entendons, mais aussi à ce que nous racontons.

A priori, le spectateur est prêt à suivre la piste. Le noir et blanc digne de la grande époque hollywoodienne, l'habile intégration d'images d'archives (le Berlin d'immédiate après-guerre, au moment où Churchill, Roosevelt et Staline se partageaient l'Europe de l'Est), le potentiel de séduction des acteurs, le scénario retors, autant d'éléments qui aideraient à se laisser porter par le songe. Le hic, c'est que Soderbergh, lui, ne paraît plus croire à ce qu'il nous montre. Pour preuve, le glamour se réduit ici à une pose, un truc fabriqué qui manque d'évidence et, d'une certaine manière, de naturel. Tournure qui empesait déjà certains de ses précédents titres, et particulièrement Ocean's Twelve.

Le cinéaste s'échinait alors à saupoudrer la grosse machine d'une cool attitude. Faussement nonchalant, il glissait, imitait la facilité et le geste direct. Il se la jouait candide et illusion de la simplicité. Mais déjà on y sentait des défaillances, comme ces vrais fausses impros dont personne n'était dupe. Ou une Julia Roberts belle à défaut d'être savoureuse et sexy. Prétendument flamboyante, elle se réduisait à un grand corps longiligne, simple rouage dans une agréable mécanique. Comme si toute séduction semblait l'avoir quittée. Ou comme si le regard de Soderbergh s'était atrophié, se réduisant à la mise en scène d'une technique dénuée d'émotions, hormis un humour souvent forcé. Cette impression, on la retrouve justement dans The Good German. Si George Clooney nous la fait une fois de plus à la Cary Grant (forcément Cary Grant !), en journaliste désabusé mais prêt à l'action, Cate Blanchett est ici totalement atone.

Tout du long, l'actrice présente une surface lisse qui se voudrait mystérieuse. Ce visage dissimulerait une profondeur psychologique qui ne demanderait qu'à être creusée. Il se voudrait figé par la guerre, à l'instar du Berlin qui lui sert de cadre, une ville rasée par les bombardements. Il devrait nous apparaître comme meurtri par les sentiments. En théorie. Mais sur l'écran, il ne s'ouvre que sur du vide. Soderbergh ne parvient pas à faire vivre et respirer ce clone de Marlene Dietrich. Ce masque et cette silhouette ne sont qu'images déjà mortes, définitivement liées au passé. Le film reposant en grande partie sur eux, au delà de son intrigue de roman noir, il ne peut qu'en pâtir.

La faute à qui ? A Cate Blanchett, actrice habituellement surprenante ? Non, laissons lui le bénéfice du doute pour plutôt blâmer le Steven. Cinéaste caméléon, il est capable de reproduire n'importe quel style, d'endosser toutes les apparences et d'investir tous les registres. Pour autant, il s'enferme parfois dans un geste ludique qui l'éloigne de l'émotion. Dès lors, la technique domine le sujet plus qu'elle ne le sert, et le comment semble le concerner bien plus que le quoi. D'où sa versatilité et l'inégalité de sa filmographie. The Good German s'inscrit dans ce registre d'amusement. Film virtuose, il revisite la représentation du passé, mais sans parvenir à communiquer la tension qui le sous-tend. Soderbergh s'amuse avec ses petites figurines et sa boite à illusions, dans un tableau digne de Casablanca. Et cette fois, il le fait sans nous.

The Good German
Réalisé par Steven Soderbergh
Avec George Clooney, Cate Blanchett, Tobey Maguire
Etats-Unis, 2005 - 1h45
Sortie en salle en France : 14 février 2007.

[Illustrations : © Warner Bros. France]

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Manuel Merlet