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Les trailers ont presque déjà tout dit sur 300. Tout et rien de cette énorme machine de guerre, véritable célébration d'une esthétique martiale promouvant un retour à un cinéma bourrin asumé.
Ha l'Occident, ses tourments, ses obsessions, son histoire, sa culture, sa philosophie, une richesse inépuisable dans laquelle notre modernité, déboussolée face aux nouvelles guerres de religion, ne cesse de se complaire pour mieux l'interroger. Le meilleur agent, le promoteur numéro un de l'Occident aujourd'hui, c'est bien sûr l'Amérique et Hollywood, épicentre jetant ses tentacules sur le monde par mille gestes aussi désespérés qu'illuminés. Nous aimons Hollywood, à mort et pour toujours, mais lorsque vient le temps d'un nouveau prosélytisme, mélange de néo-impérialisme qui s'ignore et de relecture débridée de l'actualité ou de l'Histoire, on lève un sourcil dubitatif. On doute un peu, comme devant 300 de Zack Snyder (dernière adaptation en date de Frank Miller par l'auteur de L'armée des morts), ce gros péplum au style baroque, énorme machine de guerre technophile aux allures de clip de death metal.
Contrairement à Legend of Zu (Tsui Hark), film au-delà de la logique, du cinéma, 300 assène sa vision, publicitaire, iconographique, totalitaire, nazifiante si on veut. Non par un message volontaire, mais avec ce qu'il reste suffisamment d'Histoire et d'Occident pour que sa glorification de Sparte luttant contre les hordes monstrueuses de Perses suggère cette association. Conjoncture, pure coïncidence ? Peut-être. Miller est certainement loin du réel et de l'actualité. Mais peu importe, 300 est clairement une célébration guerrière, par l'image et le récit, qui ne cessent de promouvoir l'étendard de son héroïsme (évidemment au nom de la liberté) contre la dégénérescence d'un ennemi basané. Assumant fièrement sa philosophie martiale, 300 rassure nos désirs de guerre et de mort au champ d'honneur, le glaive à la main et la musique épique au maximum.
300, c'est un peu comme si on s'était décidé à profaner la tombe de l'ontologie bazinnienne pour en répandre les cendres lors d'une orgie invraisemblable. Orgie des sens, des images, des corps, emmenée dans un délire hystérique qui relierait Eisenstein, Riefensthal, Cecil B. DeMille, Mario Bava, Tsui Hark encore et Marilyn Manson, sans traits d'union. 300 c'est notre décadence, du cinéma, de notre civilisation, de tout, porté par une vision presque définitive. Loin de Legend of Zu qui ouvrait magnifiquement l'ère du cinéma digital, Zack Snyder s'empare de ce cinéma des possibles pour le plier à sa propre fascination, son auto-consécration. Du plan, de la lumière, des corps, il veut tout déconstruire pour inventer son propre régime. Plébiscitant son esthétique empirique à grand renfort d'excès, d'effets sonores ou visuels, 300 évolue à la vitesse de son armée de Spartiates. Inébranlable, il détruit tout sur son passage. Il se moque de tout, il a soif d'action et de sang, pourvu que ce soit beau. Parfois, ça l'est.
Malgré sa démesure orgiaque, on ne se perd jamais dans 300 : tout est clair, aussi certain que ses warriors bodybuildés. Le régime de production fantasmatique qu'il crée n'est un bouleversement que lorsqu'il sculpte l'image comme une matière, taillant la pierre, le fer et le muscle à renfort de ralentis et de drapés langoureux. Pour Zack Snyder, rendre visible l'invisible (l'héroïsme des surhommes, des batailles impossibles) se résume à jouer méticuleusement avec une série de fétiches. Il ne cesse de faire graviter sa caméra autour des corps de ces spartiates, véritables statues de plomb soumises à divers degrés d'intensité. Nouveau fer de lance du cinéma numérique et de sa rencontre avec le comics, 300 rend certainement possible et unique des visions autrefois intraduisibles. Hélas, Snyder ne se rappelle la puissance de ce cinéma digital que par éclats, presque par fragments. Ils suffisent parfois à faire oublier que tout 300 sert aussi à créer le minimum garanti de sensations destinées à la petite bourgeoisie capitaliste, mais rarement.
300
Réalisé par Zack Snyder
Avec Gerald Butler, Lena Headey, Rodrigo Santoro
Etats-Unis, 2004
Sortie en salle en France : 21 mars 2007

[Illustrations : © Warner Bros. France]