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Un film d'exorcisme sans religiosité, est-ce possible ? Hans-Christian Schmid nous le prouve avec brio, transformant le fait divers qui nous avait valu l'Exorcisme d'Emily Rose en une formidable plongée dans l'Allemagne des années 70, et dans les affres psychologiques d'une jeune femme toute simple mais sous influence, Michaela. Un portrait «habité» qui n'est pas loin de nous laisser hanté.
Le cliché d'une nouvelle Nouvelle Vague dans le cinéma allemand du moment se confirme : Requiem est encore une œuvre magistrale et cruelle en provenance de la jeune génération de cinéastes d'outre Rhin. Contrairement aux approches très «contemporaines» de ces comparses, Hans-Christian Schmid se livre à un flash back dans l'Allemagne des années 70's, pas celle de Berlin ou Munich, que Fassbinder a tant filmé, mais une Allemagne rurale et modeste, là où l'église occupait à peu près autant de place dans la vie des adolescents qu'ABBA ou Led Zeppelin. Dans ce contexte rendu avec une précision méticuleuse, Michaela est une jeune femme un peu trop protégée par une famille très croyante car elle souffre d'une maladie alors non diagnostiquée : l'épilepsie. Prise sous le regard inquiet de son père, les méthodes possessives de sa mère et l'ignorance de l'église, Michaela doit cacher ses crises qui lui font honte.
Avec tact, Hans-Christian Schmid amène la maladie par petites touches, n'en faisant qu'un élément symptomatique pris dans une toile plus générale. Requiem est avant tout le portrait d'une époque et d'un milieu, où les gens se connaissent tous et parlent entre eux, où le qu'en dira t'on règle comme un métronome des vies entières. Michaela, créature plus sensible que les autres et en phase d'asphyxie, tente de sortir de cette petite ville pour rejoindre ses amis à l'université. Elle y découvre l'indépendance, les fêtes, et surtout le désir, mais le choc est trop grand. Trop habituée à son quotidien ritualisé par une famille aveugle, elle sombre dans des crises de plus en plus violentes, auxquelles l'église n'a qu'une solution à apporter : l'exorcisme. Montrée dans toute son impuissance et son repli sur des valeurs arriérées, l'église est ici montrée hors de toute ferveur, comme vecteur d'un mode de vie refermé. Jamais jugée coupable, elle est néanmoins largement ébranlée par le film, porté par un regard définitivement athée.
Bien loin de nous rejouer L'Exorciste, Hans-Christian Schmid met en scène des symptômes aujourd'hui reconnus, face à une société qui ne les connaît pas encore, où qui refuse de les comprendre. Jamais sa mise en scène ne s'égare vers le spectaculaire ou le fantastique, préférant un réalisme cru et non voyeur - la caméra s'éloigne ainsi lors de ce qui apparaît comme «la» scène d'exorcisme la plus rude. Avec son grain épais et ses couleurs ternes, Requiem inscrit l'horreur dans le quotidien même, qui devient un écrin morbide pour son héroïne. Le réalisme quasi documentaire de certaines scènes, caméra portée à l'épaule, ouvre alors sur un gouffre, et invoque en écho des mythes populaires. Portrait d'une enfant mangée toute crue par des parents totalement possédés, contrairement à elle, par une croyance aveugle et des préjugés assassins, Requiem se rapproche finalement plus du conte, où l'ogre prend différentes formes, celles des différents pouvoirs : la mère, la famille, l'église. Petite sœur fragile du personnage d'une Femme sous influence, Michaela porte en elle toute la complexité de son milieu social et de son époque. Dans le rôle, Sandra Huller trouve son propre registre à la hauteur de ce que Gena Rowlands offrait chez Cassavetes. Portée par le regard plein d'attention du cinéaste, cette Michaela est une enfant perdue comme le cinéma nous en offre rarement. A nous aujourd'hui de savoir l'accueillir.

Requiem
Réalisé par Hans-Christian Schmid
Avec Sandra Hüller, Burghart Klaussner
Sortie en France : 13 décembre 2006
[illustrations : © Océan Films]