Les 35 heures n'en finissent pas de susciter des critiques sans qu'aucun candidat n'ose saborder totalement le dispositif. On n'en trouvera guère pourtant pour défendre la loi Aubry (voir la position des candidats). Pourquoi ? Parce qu'en France un curieux consensus politique s'est mis en place autour d'un dispositif aux effets mitigés. Une exception française ? Et en Europe, quid du temps de travail ?
Il y a quelques semaines Thierry Breton interpella Laurence Parisot. Le ministre de l'économie ne comprenait pas que la présidente du Medef ne le soutienne pas plus dans sa croisade anti RTT. Réponse de la syndicaliste : "Le gouvernement peut abroger les 35 heures s'il les trouve néfastes". Mais il ne le fera pas et on ne trouva personne à droite ou au Médef pour soutenir l'idée d'un démontage total.
L'UMP avance en terrain miné : depuis plusieurs années et malgré de nombreuses critiques, la loi Aubry sur la réduction du temps de travail votée en 1998 fait l'objet d'un consensus tacite dans la sphère politique: personne ne trouve le dispositif génial mais personne ne prendrait le risque de la démonter totalement.
Idée non exportable
Et pour cause : aussi contestée soit-elle sur le plan de l'efficacité économique, la RTT fut une mesure relativement bien acceptée dans l'opinion et en premier lieu chez les cadres qui en profitèrent pleinement. Ces derniers représentant un vivier conséquent de voix pour le PS comme pour l'UMP, le retour de la droite au pouvoir fut juste synonyme d'assouplissement, d'abord par l'augmentation (par deux fois) du contingent d''heures supplémentaires puis par la mise en place du temps choisi.
Autre considération stratégique et pas des moindres : supprimer ce que même Jacques Chirac a appelé un acquis social est assez casse-gueule, surtout quand on est de droite. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy qui parle même de « la seule idée non exportable » propose quand même de conserver le temps légal de travail à 35 heures. A sa manière, l'autre favorite des sondages, Ségolène Royal incarne une bien étrange posture en faisant preuve elle aussi de critiques modérées envers la loi de Martine Aubry - qui ne lui a jamais pardonné.
L'abrogation de la loi n'était pas non plus une demande des grandes entreprises qui y virent l'occasion de gagner en productivité et en flexibilité en se réorganisant et touchèrent des aides conséquentes des pouvoirs publics via des allègements de charge (chiffrées par Bercy à 20 milliards d'euros pas an, somme à laquelle il faudrait retrancher le gain lié aux emplois créés). Bref : le bilan est trop mitigé pour qu'on puisse être un partisan ébahi ou un pourfendeur décomplexé.
Sur fond de croissance en berne et de baisse de la consommation (due en partie à la modération salariale issue des 35 heures) l'UMP propose pourtant de vider la loi de son contenu en exonérant les heures supplémentaires de cotisations - le journal Marianne estimait le côut d'un tel cadeau de 5 à 8 milliards d'euros. Soit le coût... le "l'acquis social". Et les chefs d'entreprise ne remercieraient probablement même pas l'UMP : autrement ambitieux, le Medef milite pour un alignement sur la directive européenne qui limite le temps de travail hebdomadaire à... 48 heures.
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