Lever de rideau sur les nouveaux espaces d'expositions temporaires du Musée de l'Orangerie, rénové : l'accrochage inaugural tisse un lien symbolique entre passé et futur. Il reconstitue une partie de l'exposition de 1934 « Les peintres de la réalité en France au XVIIe siècle » et y ajoute des œuvres plus contemporaines. Tableaux de Le Nain, Picasso, Balthus et surtout Georges de La Tour, y figurent.

Job Raillé par sa femme
Job Raillé par sa femme - Georges de la Tour

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En mai dernier, encore en plein chantier, le musée de l'Orangerie nouvelle mouture était inauguré. Après six ans de travaux, l'objectif était à la fois de retrouver la disposition et l'éclairage originels des Nymphéas et de présenter la collection Walter-Guillaume dans des conditions dignes de ce nom. Pour dévoiler les nouveaux espaces d'expositions temporaires et lancer la nouvelle politique culturelle du lieu, un accrochage qui fait le lien entre hier et demain est proposé aujourd'hui, plus exactement depuis le 22 novembre dernier et jusqu'en mars prochain.

Hier...
Nous sommes en 1934. Au lendemain des émeutes de février, la France est un peu perdue, entre retour à l'ordre et retour au réel. L'exposition « Les peintres de la réalité en France au XVIIe siècle », présentée entre le 24 novembre et le 24 mars, soit voilà tout juste 72 ans, est initiée par Charles Sterling et Paul Jamot, qui écrivait, dans le catalogue originel : « Il n'y a rien de plus attirant que le début du XVIIe siècle en France : c'est le moment où l'Ecole prend véritablement conscience d'elle-même. Toute la génération d'artistes nés vers la fin du XVIe siècle (...) part à la conquête de l'art nouveau qu'on sent alors dans l'air ».
L'événement, important, marquant dans l'histoire du musée, allait modifier durablement la vision de la création française de l'époque. Il ne s'agissait pas tant d'exposer les œuvres de peintres réalistes que celles, parfois méconnues, de peintres du quotidien et de la réalité, à travers des styles différents et des inspirations variées, qu'elles soient profanes ou religieuses. Certains critiques de l'époque préféraient le terme « peintres de la vérité », ou du moins d'une certaine vérité.

Les deux commissaires voient grand, réclament 127 oeuvres, ils en obtiendront 102. Sur les cimaises cohabitent alors les frères Le Nain, Valentin, Tournier, Rivalz, Poussin mais aussi Baugin, Linard, qui excellent dans l'art de la nature morte et surtout Georges de La Tour, que l'événement contribuera à faire vraiment connaître au grand public.
« L'art ancien est en permanence un acteur de l'art moderne », considère Pierre Georgel, actuel directeur de l'Orangerie et organisateur de l'expo 2006.

Poussin
Poussin - Autoportrait
Aujourd'hui (et demain)...
Dans un nouvel écrin, une matière qui emprunte donc à l'exposition passée en la nourrissant d'œuvres plus contemporaines. Il n'existait aucune photo d'époque, Georgel a donc bâti le parcours, uniquement sur la base d'archives.

Outre une reconstitution virtuelle de 1934, pas indispensable pour tout dire, 70 œuvres de l'accrochage d'origine sont présentes, notamment signées des frères Le Nain. Une quinzaine d'œuvres nouvelles et contemporaines entrent aussi en résonance - Pierre Georgel utilise le terme de « consonance » - avec celles-ci. Par exemple, une copie signée Maurice Denis d'après Le nouveau-né de Georges de La Tour ou le rapprochement, dans un même espace, du Tricheur de Georges de La Tour et de La Partie de cartes de Balthus, assez saisissant. L'influence de l'un sur l'autre est indéniable.

Et Georges de La Tour, virtuose des jeux d'ombres et de lumières, est bien le phare de cette exposition. Comme on l'avait découvert grâce à la version 1934, on le (re)découvre grâce à celle de 2006. Car la simple prouesse d'avoir rassemblé en un même parcours tant de ses œuvres (douze à l'origine, sept aujourd'hui), constitue en soi un événement.

Les peintres de la réalité
Jusqu'au 5 mars 2007, musée de l'Orangerie, jardin des Tuileries. 01 44 50 43 00.
9h-12h30 : visites pour les groupes.
12h30-19h (21h le vendredi) : visites pour les individuels. Tlj sauf mardi.

Repas de paysans
Repas de paysans- Le nain

Nedjma Van Egmond



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