Blood Diamond de Edward Zwick

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La tentation carte postale

On n'attend jamais un film d'Edward Zwick et ce n'est pas avec Blood Diamond que ça changera. Bourré de faux parti pris et de simili radicalité, son dernier film accumule les consensus idéologiques au service d'une hygiène de la pensée d'autant plus ambiguë qu'elle semble inattaquable.

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Il faut toujours se méfier des bonnes intentions, surtout au cinéma. Bien souvent, elles dissimulent un discours dont la volonté réside davantage dans leur principe que leur cause ou nécessité. On ne s'étonne pas ainsi de voir Edward Zwick s'emparer du conflit sanglant ayant eu lieu en Sierra Leone durant les années 90. Cette violente guerre civile où furent massacrés des villages entiers pour le prix de quelques diamants vendus à l'étranger. Pas de surprise, parce que Zwick est un abonné des grandes causes et des fausses fresques historiques (la guerre de Sécession dans Glory ; le choc culturel façon Danse avec les loups dans le grossier Dernier Samouraï). Avec Blood Diamond, inutile donc d'espérer que notre messager hollywoodien, champion de l'entertainement mainstream et parfaitement inoffensif, se révèle un authentique subversif. Son ambition (éveiller une conscience politique et distraire en même temps), ne dépassant jamais la case «politiquement correct» dans tout ce qu'elle a de plus cliché, figée et parfois même ambiguë.

Pourtant Blood Diamond nous mène pas mal en bateau, par moments il est même presque convaincant. Plongé dans un climat chaotique et d'insurrection où des enfants soldats massacrent femmes et enfants à coup de kalachnikov, on est tenté d'être séduit par certains partis pris du film. Violence brute, scènes de barbarie insoutenables, fusillades réalistes (toutefois loin des Fils de l'homme), Zwick accumule les effets documentés, il maîtrise son sujet (aidé pour beaucoup par Sorious Samura qui dans Cry Freetown avait déjà filmé de l'intérieur les évènements). Mais très vite, étourdi par ce désir de non compromis, la machine s'enraille, ça cloche quelque part. Il ne faut pas trop lui en demander, Zwick s'intéresse bien aux conséquences de cette guerre civile en tentant d'illustrer sa complexité (les causes à effets de l'exploitation de l'Afrique par l'Occident ; une certaine forme de cynisme économique dû à la globalisation ; les intérêts de chacun cherchant d'abord à sauver sa peau), mais ce qui l'intéresse est ailleurs.

La motivation principale d'Edward Zwick tient dans ce qu'on pourrait appeler, la «tentation carte postale». Soit une forme d'illustration du monde maintenu à une distance suffisante où les choses ne dépasseraient pas le stade d'un rapport étranger, purement touristique. D'où un certain malaise lorsque à force de faux parti pris, Blood Diamond dérive vers ce qui finalement intéresse Zwick, la vague histoire d'amour entre DiCaprio (ici un ex afrikaner devenu trafiquant de diamants en quête de rédemption) et Jennifer Connelly (en journaliste à la recherche d'un scoop changeant la face du monde). Entre eux deux, c'est toute la rhétorique du film qui s'articule. L'un comme la conscience maudite d'un Occident voulant expier ses pêchés post colonialistes, l'autre comme un regard étranger pouvant aider ce monde à s'en sortir grâce aux médias, censés réveiller la conscience coupable d'un Occident maintenu dans le mensonge.

Et si Zwick tend à casser son schéma avec un point de vue de l'intérieur par le personnage de Djimon Hounsou (un pêcheur tentant de sauver sa famille et son fils enlevé par les miliciens à la recherche d'un diamant derrière lequel cours aussi DiCaprio), personne n'est dupe, il tient presque de l'alibi, du prétexte idéologique. Son histoire (quoique importante) intéresse moins Zwick que celle de DiCaprio. Elle lui sert de couverture, comme un guide assurant l'authenticité du spectacle, sorte de témoin du réel par lequel on s'imprègnerait des tensions et des atrocités de la guerre. Mais là encore, c'est la hauteur qui compte, et à une fausse altérité se substitue vite une forme de paternalisme et de distance piège. Ainsi, au pseudo réalisme et à la cause d'un homme se confrontent vite les couchés de soleil, la nature luxuriante, la belle lumière et l'amour, soit une illustration de magazine pour lecteur en quête de bonne conscience de soi et de paysages rassurants, malgré l'horreur, alors moins effrayante.

Ainsi, les miliciens écoutent peut-être du rap et se donne des noms américains (ambiguïté), l'endoctrinement des enfants soldats passe certes par la drogue et l'alcool (ça triche pas), mais le film ne cesse malgré tout de s'envelopper d'intentions aussi irréprochables que leur naïveté finit par rendre l'aspect documentaire accessoire. Quant au discours, engoncé dans ses archétypes faussement responsables (typique d'une Amérique déboussolée cherchant à se racheter une image), il finit par contaminer la forme, hésitante entre la romance naïve et le buddy movie où les différences sont autant de conjugaison que de simili découvertes de l'autre. Chaque velléité politique est donc nulle d'emblée, et le moindre parti pris de mise en scène (DiCaprio tirant sur des enfants, mais attention jamais dans le même plan) s'avère un mélange de fausse radicalité et de réalisme pris pour ses pires effets hérités du journalisme. Avec Blood Diamond, Zwick perpétue un certain cinéma de la conscience civique qui habilement camouflé par endroits tente de faire illusion. Mais, peinant tellement à se dégager de ses vieux réflexes, il ne cesse de faire de cette conscience une forme d'autoritarisme idéologique, sorte d'hygiène de la pensée d'autant plus perverse que sa cause semble parfaitement inattaquable.

Blood diamond
Réalisé par Edward Zwick
Avec Leonardo DiCaprio, Jennifer Connelly, Djimon Hounsou
Etats-Unis, 2006

Blood diamond

Jérôme Dittmar Le 29 January 2007

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