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Exposition au Musée d'Orsay, du 31 octobre 2006 - 21 janvier 2007
Au musée d'Orsay est révélé l'œuvre du Nabi Maurice Denis, à la fois peintre symboliste d'« icônes » solaires et photographe de l'intime.
Lorsque l'on évoque Maurice Denis (1870-1943), reviennent généralement en mémoire un tableau, Les Muses (1893), du musée d'Orsay, et une phrase, écrite à l'âge de vingt ans seulement. « Se rappeler qu'un tableau - avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote - est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » : cet aphorisme est une forme de programme pictural qui, avec fulgurance, montre la voie vers l'abstraction, mais trompe quant au développement ultérieur de l'œuvre de l'artiste.
L'exposition du musée d'Orsay présente, avec un nombre conséquent d'œuvres, dont une grande partie en collection particulière, le parcours de Maurice Denis, de la synthèse des premières toiles nabies, véritables concentrés de spiritualité confinant à l'abstraction, à l'emphase des grands décors aux couleurs acidulées. De Gauguin, les Nabis (parmi eux Edouard Vuillard, Pierre Bonnard, Paul Sérusier, Paul Ranson...) ont retenu le fameux précepte : « L'art est une abstraction ». Plus tard, l'artiste, qui est également un important théoricien de la peinture et un profond chrétien (il fondera en 1919 les Ateliers d'Art sacré), déclare : « L'art est la sanctification de la nature ». Il prend pour modèle un peintre italien du Quattrocento, Fra Angelico, à la fois artiste et prêtre, et dont l'art n'était qu'une voie de médiation vers Dieu.
Les œuvres que l'on découvre dans les premières salles de l'exposition sont ainsi le reflet de cette foi dans l'homme et dans la nature, transfigurée, idéalisée, essentialisée comme dans Christ vert (1890), image irradiée, fauve, de la crucifixion. En dehors des thèmes religieux, très nombreux, et qui donnent des œuvres au charme mystique et primitif, où règne un étrange calme, comme Procession pascale (1892), Denis explore plusieurs registres du symbolisme pictural en vogue dans les années 1890 : le chemin initiatique qui serpente vers la connaissance entre des arbres rythmant la composition (Les Arbres verts, 1893) ; le jardin mystique (Paravent aux colombes, 1896) ; le thème de la princesse, symbole de pureté, inspiré des pièces de Maeterlinck (La Princesse dans la tour, 1894).
Lors d'un voyage en Italie aux côtés d'André Gide en 1898, Maurice Denis reçoit le choc de l'art classique, notamment des œuvres de Raphaël. Les couleurs de ses tableaux se font plus acides, les compositions plus strictes, comme en témoignent dans l'exposition plusieurs petits cartons. Denis développe le thème des plages, où les corps nus, pleins et purs, de femmes et d'enfants irradiés par la lumière, dans des couleurs électriques, expriment un bonheur intense. L'influence de la couleur de Matisse et des Fauves, mais aussi celle de l'art raisonné de Cézanne, auquel Denis en 1900 consacre un Hommage, sont également déterminantes dans ce nouveau classicisme revendiqué. Denis fait alors le chemin à rebours, de l'abstraction vers la nature. Les cycles décoratifs, auxquels il se consacre principalement par la suite, en sont l'illustration (le plafond du Théâtre des Champs-Elysées de 1912 est sans doute sa meilleure réalisation dans ce domaine). Ici, La Légende de saint Hubert (1897) et L'Histoire de Psyché (1909), prêt exceptionnel du musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, donnent un aperçu du talent de décorateur du peintre, mais aussi d'une forme d'impasse de la figuration au XXe siècle, voire de sommet du kitsch...
Un pan de l'œuvre de Denis, ce que le peintre nomme les « intimités passionnées », ponctue toute l'exposition. Denis peint tout au long de sa carrière l'amour familial. Marthe, sa première épouse, est peinte des dizaines de fois, enlaçant ses enfants, ou, imaginée, transposée dans un décor à la Puvis de Chavannes, elle devient muse, sainte, mère de Dieu ou princesse médiévale. Son profil de médaille et son teint nacré hantent les visions de Denis. On la retrouve, plus prosaïque, mais sans doute aussi plus émouvante aux côtés de leurs enfants, dans les photographies de l'artiste, exposées également au musée d'Orsay : Denis, critique de l'impressionnisme et de son instantanéité, situe sa pratique de la photo aux antipodes de ses théories artistiques, dans une esthétique proche de celle de son ami Bonnard, et livre un récit sentimental de sa vie intime, qui vient ré-humaniser un œuvre peint parfois trop hiératique, et rend son personnage des plus attachants.

Sur le web :
- Présentation de l'expo sur le site du Musée d'Orsay
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