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Dossier Les Infiltrés
Le cercle (The Ring)
Gore Verbinski, USA, 2002 - 115min
Avec : Naomi Watts, Martin Henderson, David Dorfman, Brian Cox
Première adaptation à avoir les faveurs d'Hollywood, le maxi populaire Ring d'Hideo Nakata (qui aux USA devient pour d'obscures raisons <>The Ring, ou ici Le cercle, alors que le titre japonais faisait référence non à la forme géométrique mais à l'appel téléphonique reçu par les victimes). Réalisé par Gore Verbinski (Pirates des Caraïbes), Le cercle réussit à combler les lacunes de la version japonaise (le rythme lent et monotone de son enquête très linéaire) mais sans arriver à retrouver l'étrangeté ou le malaise de la version de Nakata. Malgré la photo magnifique de Bojan Bazelli (autrefois chef op' d'Abel Ferrara sur The King of New York, inoubliable) et bien que Verbinski conserve la trame originale tout en misant sur un climat d'angoisse plus atmosphérique, les séquences d'apparition des spectres, qui chez Nakata étaient des éléments visuels traumatisants, sont ici récupérées sans génie, impuissantes à laisser la marque d'un trouble profond. Un film plus lisible mais moins dérangeant, du fait aussi de la transposition d'un folklore japonais au sein d'une géographie qui lui est étrangère.
Le cercle 2 (The Ring Two)
Hideo Nakata, USA, 2005 - 110min
Avec : Naomi Watts, David Dorfman, Simon Baker, Elizabeth Perkins
Sans doute échaudé par l'adaptation de Verbinski réussissant ce qu'il avait raté, Nakata prend les commandes de son propre remake et tourne Le cercle 2 (il annonce même un Ring 3 qu'il n'a jamais fait au Japon). La différence est immédiatement visible : tout est ici prétexte à s'armer des moyens offerts par Hollywood pour inventer avec ampleur une série de variations visuelles propres à l'univers de l'auteur. À partir des grandes lignes thématiques et plastiques de son Ring 2 (film glacial, clinique, hyper dépressif, avec une approche théorique dense aux limites de la lisibilité ou de l'abstraction), Nakata crée un climat aussi sombre et tendu que désespéré, où se mélangent mise en scène de pur génie et grand guignol improbable. Sur la corde raide en permanence, Le cercle 2 retrouve cette étrangeté si singulière propre au mouvement que Nakata distille dans ses travellings ou ses cadres, tout en accentuant la lisibilité de l'intrigue qui reste malgré tout plus cryptée que n'importe quel film américain du genre. Véritable film de poète qui préfère se reposer sur la force de ses visions plutôt que la compréhension, Le cercle 2 est un peu bâtard mais parfois d'une puissance inoubliable.
Dark Water
Walter Salles, USA, 2005 - 105min
Avec : Jennifer Connelly, John C.Reilly, Tim Roth, Dougray Scott
Autre adaptation d'Hideo Nakata, et pas des moindre puisqu'il s'agit de l'un de ses deux chefs d'œuvre (avec Chaos, disponible en DVD), Dark Water a curieusement échoué aux mains du brésilien Walter Salles. Pour son premier détour par l'Amérique en passant par le Japon, Salles échoue sur tous les tableaux. Incapable de s'accaparer le matériau original ni d'en restituer une quelconque force visuelle, il hésite entre le mélo lié à l'histoire de la mère et de sa fille, et une approche fantastique molle, plaquée, qu'il ne peut évidemment faire cohabiter avec l'intrigue. Malgré la présence de la toujours belle et fragile Jennifer Connelly, Dark Water s'épuise dans un mimétisme graphique un peu vain qui vide toute la cohérence esthétique du film de Nakata. Tout ce qui y relevait d'un drame social à la tristesse insondable, d'un dérèglement psychologique mis en image en un espace symbolique, est chez Salles mis sur la touche. En un lieu neutre où le cinéaste brésilien prisonnier de sa commande ne sait comment se sortir.
The Grudge
Takashi Shimizu, USA, 2004 - 92min
Avec : Sarah Michelle Gellar, Jason Behr, Clea Du Vall
Produit par Sam Raimi et adapté par son propre réalisateur, Takeshi Shimizu (qui au Japon, sous le titre de Ju-On, a signé deux films et deux téléfilms à partir du même matériau), The Grudge reprend l'univers du film de fantômes japonais modernisé avec Ring. Seulement le cousin bâtard de Nakata et Kiyoshi Kurosawa (qui l'a poussé à la réalisation) n'a pas le talent de ses prédécesseurs. Chez lui la formule et les effets comptent davantage qu'une étrangeté qui fait sens. Sa version américaine, plus rationnelle tout en tentant de conserver la nature de son folklore local, défaisant le minimum de puissance formelle et d'efficacité que la version japonaise systématisait par sa constance du cadre.
The Grudge 2
Takashi Shimizu, USA, 2006 - 95min
Avec : Sarah Michelle Gellar, Amber Tamblyn, Edison Chen, Arielle Kebel
Toujours adapté par Takashi Shimizu et prévu pour une sortie française en décembre 2006, The Grudge 2 s'inscrit selon la logique comme une suite du précédent épisode. Au casting, Sarah Michelle Gellar reprend son rôle et part à nouveau pour Tokyo se frotter aux spectres d'enfants à cheveux longs qui foutent les jetons. Cette fois, c'est accompagné de sa sœur (Amber Tamblyn, une jeune habituée des séries télé) que l'actrice se coltine le paranormal local. Malgré la mauvaise réputation du film, on attend de voir pour juger si vraiment il n'y a rien à espérer de Shimizu, qui pour le coup se lance dans un troisième épisode, mais cette fois strictement japonais.
Pulse
Jim Sonzero, USA, 2006 - 85min
Avec : Kristen Bell, Ian Somerhalder, Christina Millian
Premier (et espérons dernier) remake américain du cinéma de Kiyoshi Kurosawa, Pulse tente de s'accaparer Kaïro, une œuvre pourtant difficilement adaptable si l'on songe deux secondes à sa japonité absolue. Mais Hollywood est sans limites. Séduits sans doute par le concept des fantômes errant sur Internet et la métaphore d'un monde de communications où justement on ne communique plus, les frères Weinstein (responsables de l'engin) ont donc mis en chantier un film qu'ils saisissaient grossièrement en le confiant à un réalisateur également ignorant. À l'arrivée, Pulse est jeune, poussif, approximatif, explicatif, n'explorant ni le projet du cinéaste japonais ni le dépassant à sa manière. Pire, il finit par se complaire dans une informe bouillie numérique bourrée de certitudes là où Kurosawa inventait un monde froid contaminé par l'incertitude.
Entre deux rives (The Lake House)
Alejandro Agresti, USA, 2006 - 99min
Avec : Keanu Reeves, Sandra Bullock, Christopher Plummer
Adapté du film coréen Il Mare de Lee Hyeon-Sung, Entre deux rives nous fait retrouver l'intrépide duo de Speed (Reeves / Bullock) au détour d'un mélo fantastique qui, s'il doit beaucoup à son concept (un homme et une femme communiquent par lettre alors qu'ils vivent à deux ans d'intervalle), n'est pas sans qualités. Attribué au soin du cinéaste argentin Alejandro Agresti (Une nuit avec Sabrina Love), Entre deux rives est à la fois très proche de son matériau d'origine qu'il ne trahit jamais (jusqu'à la sensiblerie du pathos coréen), et plutôt séduisant lorsqu'il s'américanise même avec naïveté. Ainsi, l'idée baladeuse autour de l'architecture (Reeves est architecte) et de la maison comme espace symbolique, donne au film une certaine dimension renforcée par la situation géographique du remake à Chicago. Agresti s'amusant à jouer avec plaisir et fascination des façades des buildings au gré d'un petit parcours urbain assez délicieux. Ce qui nous fait oublier un peu les ressorts prévisibles de l'intrigue malgré quelques moments de grâce (une longue scène de baiser sublime). Et puis il y a Keanu Reeves. On l'aime.
Shall We Dance ? La nouvelle vie de Monsieur Clark (Shall We Dance ?)
Peter Chelsom, USA, 2004 - 106min
Avec : Richard Gere, Jennifer Lopez, Susan Sarandon, Stanley Tucci
Adapté du film japonais du même nom réalisé par Masayuki Suo, Shall We Dance de Paul Chelsom (Un amour à New York) raconte l'histoire d'un riche avocat à la vie banale qui un jour, séduit par le visage d'une femme, décide de prendre des cours de danse. Bon, on ne va pas vous cacher qu'on n'a vu ni la version Richard Gere meets J-Lo, ni celle Koji Yakusho (acteur génial des films de Kiyoshi Kurosawa, vu récemment dans l'immonde Babel du sadique Inaritutu) meets Tamiyo Kusakari. Apparemment, c'est pas terrible et la version japonaise de cette comédie romantique serait bien mieux. On s'en doute un peu.
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