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Une Grande Année

Critique

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De l'eau de rose dans le gros rouge

Ridley Scott s'est affronté aux aliens, aux répliquants, aux méchants nippons et plus récemment aux sanguinaires romains et aux Arabes belliqueux. Maintenant il se coltine aux froggies à l'accent provençal et aux belles de chez nous. La rencontre se voudrait chaleureuse, pleine de vie, de vin et d'amour. Mais, sans mériter l'opprobre, elle se révèle plutôt fade et sans saveur.

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Au cinéma, il y a toujours un certain plaisir à se laisser porter par les clichés. On se sait en terrain familier et si la chanson est connue, elle est aussi agréable. La connivence s'instaure d'emblée, avec en creux un regret, que la vie ne ressemble pas plus à ces images idéalisées et à ces dialogues sautillants. Pour autant, il ne faudrait pas que la romance s'enfonce dans la guimauve ou le vulgaire. Non, le réel, avec ses déconvenues et ses surprises, doit rester suffisamment proche pour qu'on se laisse prendre au jeu, pour que l'on y croit. Ridley Scott l'a bien compris. Avec Une grande année, il compose donc une comédie conventionnelle, pimentée de nostalgie et d'amour, sans arrière pensée et baignant dans un certain relativisme. Il peine néanmoins à nous émouvoir, lui qui sait si bien filmer les machines mais a parfois du mal à s'arrêter sur les êtres humains.

La tentative semble sincère. En partant de l'œuvre de Peter Mayle, un britannique qui s'est reconverti dans la chronique provençale, le seizième long métrage de Ridley Scott prétend célébrer les plaisirs de la vie. Dès l'ouverture, le film les met en valeur par le contraste. Il les souligne selon une logique binaire qui ne sera jamais mise en défaut : une Londres pluvieuse et hypermoderne contre une Provence rustique et gorgée de soleil ; le passé, associé à une enfance forcément rassurante et douillette, opposé au présent, synonyme d'un monde professionnel froid et violent ; et bien sûr, les froggies contre les rosbifs. Avec au milieu de tout cela, le vin et les femmes, jolies de préférence. Cette grande salade estivale tourne, virevolte, sans une once de second degré. Le cinéaste anglais se jette dans la cuve et ne prend jamais de distance. Tout au plus met-il en regard une scène entre Russell Crowe et Marion Cotillard, romantique à souhait, et quelques images de classiques français, projetées en arrière plan, sur un écran en plein air. Et même là, par ces références, il semble convoquer une légèreté que le cinéma aurait perdue.

Tout cela se voudrait donc évanescent et joyeux. Le trader de la City, superdoué et égoïste, retrouve son humanité par le domaine viticole dont il est l'hériter. L'alcool se remet à couler et l'air devient grisant et voué à l'amour. La chose paraît simple et on serait tout prêt à suivre le cinéaste sur ces chemins de traverse. Encore faudrait-il qu'il fasse montre d'un peu plus de sensibilité. Scott est franc, ça ne l'empêche pas de filmer son chant de la terre comme une publicité pour huile d'olive. L'image, léchée mais creuse, a de quoi plaire au conseil régional. Sa sensualité est factice, sans émotion, et manque justement de simplicité. Non que l'on s'ennuie, le cinéaste est trop bon technicien pour cela. Mais jamais on ne se sent pris par les personnages, et l'humour, qui se voudrait parfois burlesque, nous effleure à peine.

Pourtant, ce film est plus d'une fois sidérant. Il accumule sans sourciller les clichés sur une soi disant douceur de vivre. Et surtout il n'a pas peur de s'encombrer de ridicule, allant jusqu'à nous remplir les oreilles de rengaines bien françaises et de tubes pour pré-ado (utiliser sur une bande-son Moi Lolita d'Alizée, il faut oser !). Cette naïveté et ces maladresses pourraient être touchantes. Elles paraissent néanmoins trop fabriquées, trop convenues pour y parvenir vraiment. Ridley Scott le mercenaire voudrait nous faire croire qu'il a un cœur de midinette. Mais au fond, il ne peut se défaire de son cynisme et de son profond pessimisme, si bien mis en lumière dans ses premiers films, il y a très très longtemps. Mieux vaut donc qu'il retourne à ses machines de guerre et à la brutalité humaine. Il s'y sentira certainement plus à son aise.

Bande annonce :

Une grande année
Réalisé par Ridley Scott
Avec Russell Crowe, Albert Finney , Marion Cotillard
Etats-Unis, 2006 - 1h58
Sortie en salles (France): 3 janvier 2007

[illustrations © Twentieth Century Fox France]

Manuel Merlet