Parmi la vingtaine d'ouvrages à caractère biographique qui circulent sur Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, La Prétendante est probablement l'un des pires. Et illustre à merveille la difficulté de l'art de la biographie pamphlétaire qui se résume souvent à un médiocre collage opportuniste d'informations connues de tous et édité au moment le plus bankable.

On ne saurait trop conseiller à celui ou celle, homme politique ou journaliste, qui se fait appeler Cassandre de prendre un billet à tarif réduit pour Mycènes où il pourrait se faire éventrer et dégorger la culture classique par le ventre.
Complètement à charge, la Prétendante est un livre qui n'apprend rien : la pensée n'est pas originale, le style classiquampoulé et l'apport factuel plus que mince. Ségolène Royal y est décrite comme une nullité intégrale. L'auteur « décrypte » chacun de ses champs d'intervention (sa présidence de région, sa pensée, son investissement dans les nouvelles technologies, sa langue, ses valeurs,...) avec cette idée de montrer en quoi Ségolène Royal est (je résume) mégalomane, calculatrice, fluctuante, incompétente, de droite, autoritaire, sans idées, faux cul mais aussi et surtout une fieffée menteuse qui fait exactement le contraire de ce qu'elle dit ou pense.
Cassandre ne prend pas la peine (cela aurait eu le mérite d'être amusant) de raconter par le menu ce qui arriverait si, d'aventure, Ségolène Royal était élue Présidente, mais laisse supposer que nous serions collectivement dans une panade monstre et que ce serait bien fait pour nous.

Le portrait démarre avec l'oubli dans sa liste des « prétendants » à la Présidentielle de Ségolène Royal par Alain Duhamel, il y a une dizaine de mois. Pourquoi un spécialiste aussi éminent que Duhamel a-t-il oublié Ségolène Royal ? Sexiste, Duhamel ? Que non ! Parce ce que, argumente Cassandre (je résume toujours), franchement si Ségolène Royal était une prétendante sérieuse ma grand-mère pourrait devenir cosmonaute. Cassandre revient sur le personnage Royal pour révéler qu'elle est une...femme politique et pas EXACTEMENT celle que son discours laisse entendre. Elle cherche à être élue et se moque d'à peu près tout le reste. Pire, elle serait humainement décevante et une personne pas intéressante.
Bref, Elle tenterait donc d'abuser les français. Tout comme Cassandre qui prend vraiment les gens pour des cons et ce pour plusieurs raisons.

1) Les Français ne sont pas débiles et ont compris que Ségolène Royal était une femme politique. Ils ont conscience, lorsqu'ils l'écoutent, d'entendre, malgré la mise en scène marketing, un discours politique et pas l'Evangile d'une sainte, seul archétype transpolitique humain impliquant une identité complète de la personne et de la langue/action.

2) C'est une évidence mais à ce niveau de la vie politique, personne ne croit à Ségolène l'Oie Blanche, réunissant un groupe de travail égalitaire dès qu'elle doit passer la commande d'un plat du jour au restaurant. Son succès actuel repose également sur la dimension à assumer un leadership fort et à l'incarner.

3) la Présidentielle est une question de « politique comparée ». La candidature de X ou Y ne doit pas être évaluée en soi (valeur absolue) mais par rapport à l'offre politique des différentes candidatures (valeur relative). Si Ségolène Royal était élue, ce n'est pas tant parce qu'elle déclencherait une adhésion aveugle d'une demie-foule (50% et plus) à sa candidature, que parce qu'elle emporterait le marché par une offre perçue comme légèrement supérieure à l'offre concurrente. L'élection présidentielle n'est pas un acte d'adoration ou une communion avec un leader mais un choix de raison plus ou moins conscient. On nous bassine suffisamment souvent avec cette histoire de « choix par défaut » pour ne pas croire qu'il y aurait, dans ce pays, des Talibans du Ségolisme. .

4) Une critique trop appuyée provoque un mouvement de sympathie, inverse, pour l'objet de cette critique. C'est le principe de la Poussée d'Archimède appliqué au politique. En cela, La Prétendante est contre-productif, en plus d'être nul. Ecrire un tel livre avec l'idée d'alerter l'opinion (le choix du pseudo affaiblit mon argument, puisque Cassandre n'est pas entendue de tous) est d'une prétention considérable.

La prétendante
Cassandre
Editions Philippe Rey

Benjamin Berton



Sur Flu :
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