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Après Chicken run et La Malédiction du lapin-garou, Aardman, le plus britannique des studios d'animation, tombe de nouveau dans les bras de Dreamworks, le studio fondé par le très américain Steven Spielberg. Avec cette fois un film entièrement en images de synthèse. Les créateurs de l'ogre Shrek auraient-ils dévoré les parents de Wallace et Gromit ? Loin s'en faut.
Faire naître l'illusion de la vie par la grâce de 24 photos par seconde, c'est tout de même autre chose que la virtuosité un peu vaine et froide des créations pixellisées, sans consistance matérielle. Le projet de Souris city avait donc de quoi faire frémir : un film reprenant l'esthétique tout en rondeurs d'Aardman mais réalisé en 3D, sans la magie de l'image par image, leur spécialité. Un choix qui à rebours fait de l'incendie, qui endommagea en 2005 les studios Aardman, un signe annonciateur du tournant opéré par ce nouveau film. C'est un peu comme si on avait enterré les marionnettes de Wallace, Gromit et de leurs acolytes à poils et à plumes, et avec elles, leurs âmes. Aussi les premières minutes de Souris city se vivent-elles comme un travail de deuil. Mais, très rapidement, l'écran se réchauffe et on retrouve l'univers si singulier de Peter Lord, ici producteur et signataire du sujet original. Loin de se diluer dans les dollars et le numérique, les artistes d'Aardman ont su résister à l'hégémonie de l'oncle Sam et garder leur regard intact.
Entre satire de mœurs et parodie de film d'action, l'affiche remplit son contrat d'humour et d'émotions. Satirique, elle l'est dans sa description d'une ville de rongeurs cachée dans les égouts de Londres. Cette cité de bric et de broc reproduit en miniature la capitale anglaise, Big Ben compris, et offre le spectacle d'un perpétuel mouvement. Melting pot de rats et de souris venus de tous horizons, elle fonctionne à l'image du monde humain. La souris américaine, forcément vulgaire et criarde, y croise des frères et sœurs anglais inévitablement frappadingues. La caricature fonctionne à plein, fustigeant avec ironie les travers des uns et des autres. Ce mimétisme est d'autant plus amusant que chaque détail dans les vêtements, les habitations ou les véhicules détourne un objet en provenance du monde d'en haut. Bien que ce procédé récurrent dans l'animation ne surprend plus, il est exploité ici avec un tel degré d'imagination qu'il ne peut que ravir. Une invention renforcée par un humour absurde et déjanté qui permet au film de décoller tout azimut.
Ce regard qui n'oublie jamais la folie et la variété du monde se développe au sein d'une histoire qui pourrait paraître des plus prévisibles. Roddy St James, souris des beaux quartiers, est un jour expulsé de sa cage dorée et tombe dans Souris City. Il y découvrira la vie communautaire, l'amour en la personne de Rita, mais aussi l'aventure. La ville est en effet menacée par les visées impérialistes d'un vil crapaud. Celui-ci projette de l'engloutir sous des litres d'eau en provenance de... nos toilettes ! Heureusement, Roddy et Rita veillent au grain, et tels des James Bond aux longues queues, sauveront leurs congénères. S'appuyant sur les conventions, le film accumule l'action et les morceaux de bravoures, tous plus impressionnants les uns que les autres. Et surtout, il retourne le prosaïsme (les milliers de chasses d'eau tirées pendant la mi-temps d'un match de football) en exceptionnel (le tsunami miniature qui risque d'effacer la grouillante cité).
Malgré l'américanisation de la production, le regard d'Aardman n'a pas changé d'un iota. On retrouve une vision où l'attention maniaque portée aux moindres éléments du décor les rend immédiatement familiers. Par elle, Le banal et le quotidien deviennent extraordinaires. On pourrait bien sûr s'offusquer de son chauvinisme (les méchants sont forcément originaires du pays de mangeurs de grenouilles) et de son conservatisme (ce monde des souris, identifié à notre société, n'est jamais remis en cause et nous est présenté comme positif et intégrateur, avec pour seul référent la cellule familiale). Néanmoins, grâce au décalage et au détournement, le film transcende un univers d'objets auxquels nous ne portons plus attention. Cet univers en devient spectaculaire, et par là, absurde et poétique. Et rien que pour ça, on en redemande.
Souris City
Réalisé par David Bowers et Sam Fell
Avec les voix de Hugh Jackman, Ian McKellen, Kate Winslet
Sortie en France : 29 novembre 2006

Sur le web :
- Site officiel
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