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Année 1992

De la post modernité à l'ère numérique, renaissance

James Bond aujourd'hui

Dossier James Bond

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6. James Bond et les 70's
7. James Bond et les 80's
8. James Bond aujourd'hui
9. Les autoparodies de 007
10. Les clones de James Bond
11. ... et les clowns

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GoldenEye
Martin Campbell, UK/USA, 1995 - 130min
Avec : Pierce Brosnan, Izabella Scorupco, Sean Bean, Famke Janssen, Judi Dench

La fin de l'Histoire a eu lieu, le mur de Berlin est tombé, le bloc de l'Union Soviétique s'est disloqué, la révolution est désormais numérique et le blockbuster règne en maître sur l'économie cinématographique mondiale. Tout l'univers de James Bond semble alors loin, comme le souvenir d'une autre époque. Pourtant après un long coma de six ans, 007 revient, revu et corrigé sous les traits de Pierce Brosnan. D'emblée l'œuvre ouvrant cette nouvelle ère, la plus déterminante de la série, affirme sa volonté de rupture et d'héritage. GoldenEye s'inscrit comme le film de l'intelligence et de la réflexivité post moderne où la conscience de soi ne cesse d'être exposée. Le monde a changé et avec lui tout l'univers de 007, il faut donc connaître et définir sa place. Personnage désormais décalé, d'un autre temps, d'autres mœurs (M, maintenant une femme, le dit sexiste et le considère comme un dinosaure), James Bond renaît donc au milieu de ruines, dans un entre deux. A l'image du générique d'ouverture et de sa rencontre avec Sean Bean au milieu des vestiges de l'ex Union Soviétique, Bond est ainsi resitué explicitement dans son époque, celle de l'après : après l'Histoire, après le cinéma. Les références fusent, le spectateur est complice, c'est tout James Bond qui avec humour et ironie est mis en abîme ou jugé. Que peut alors ce personnage pris dans un monde saturé d'une technologie sur laquelle il ne pourra plus avoir d'avance ? Affirmer justement son décalage en jouant comme avant avec l'histoire tout en se prostituant dans la surenchère visuelle et la vitrine technologique délirante. James Bond est un vestige peut-être, mais il est immortel. Quand il faut, il s'adapte, puise dans sa mythologie, l'actualise, la métamorphose. Il rejoue sa musique par variations et si l'époque le trompe, ce n'est pas de sa faute à lui.

Demain ne meurt jamais (Tomorrow Never Dies)
Roger Spottiswoode, UK/USA, 1997 -119min
Avec : Pierce Brosnan, Teri Hatcher, Jonathan Pryce, Michelle Yeoh, Judi Dench

Le succès de GoldenEye illustrant la renaissance possible de 007 au sein d'un paysage où le cinéma se prend comme son propre objet (il profite des retombées cinéphiles de Tarantino), plus la peine d'attendre pour enchaîner. L'arrogance, l'élégance, la distance ironique plus détachée, le charme et la conscience professionnelle de Brosnan fonctionnant à merveille, très vite arrive Demain ne meurt jamais. Immédiatement, les effets de GoldenEye se révèlent efficaces pour leurs capacités de synthèse de presque toutes les époques bondiennes réunies et modernisées. Le film se payant même ici le luxe d'avoir un sujet et de s'essayer à une critique de la prolifération totalitaire et mercantile des médias. Une première dans la série qui joue encore d'un savoureux décalage propre à ce personnage désormais touriste du temps et des images (il a survécu à toutes les esthétiques). Bond est décidément du côté du cinéma et l'ampleur pharaonique des scènes d'action de Demain ne meurt jamais, comme la présence séduisante de Michelle Yeoh, ne cesse de le prouver. La machine est à nouveau en route.

Le monde ne suffit pas (The World Is Not Enough)
Michael Apted, UK/USA, 1999 - 128min
Avec : Pierce Brosnan, Denise Richards, Sophie Marceau, Robert Carlyle, Judi Dench

Si James Bond paraît désormais frappé comme nous d'une illusion qui oblige davantage à regarder vers le passé que l'avenir ou le présent, c'est que son personnage est plus que jamais contemporain. Bond est toujours de son temps, ce qui lui permet de le rendre visible. Sur Le monde ne suffit pas (titre que ceux qui ont vu Au service secret de Sa Majesté auront reconnu), les effets de contemporanéité ne manquent pas. Désormais les conflits à résoudre s'inspirent de situations géopolitiques ancrées directement dans notre réalité, ce qui avant était plus lointain voire jamais le cas. Ici le pétrole devient le sujet principal. Les conflits autour de l'or noir emmenant ainsi 007 jusqu'en Mer Caspienne. Autre changement significatif de cette nouvelle ère bondienne : maintenant chaque territoire que le film traverse est titré, ce qui n'était jamais le cas avant Pierce Brosnan. Ce détail apparemment anodin est au contraire déterminant tant il révèle quelque chose sur notre appréhension du monde. Il indique qu'à l'heure d'une globalisation que nous croyons perceptible par l'image et sa prolifération, nous avons désormais besoin d'indicateur géographique, de boussole. Avant, la série traversait un minimum de lieux que le scénario ou la mise en scène rendaient immédiatement visibles, aujourd'hui la multiplication des espaces et la vitesse des images nécessitent un sous-titrage. En effet, le monde ne suffit pas.

Meurs un autre jour (Die Another Day)
Lee Tamahori, UK/USA, 2002 - 134min
Avec : Pierce Brosnan, Halle Berry, Toby Stephens, Rosamund Pike, Michael Madsen, Judi Dench

Meurs un autre jour -première incursion dans le vingt-et-unième siècle pour James Bond-, comporte plusieurs détails capitaux pour toute la série. Le plus significatif de tous n'est bien sûr pas la récupération du conflit nord-coréen, mais un simple effet, en apparence banal, et qui pourtant en dit long sur l'évolution esthétique de la série. Cet effet auquel la série ne s'était jamais laissé tenter, c'est un flash-back. Au contraire, James Bond a toujours montré des structures et des récits d'une parfaite linéarité, d'une visibilité totale, sans profondeur, sans modification temporelle. Jusqu'ici systématiquement pop, la série n'était qu'aplat, rien n'étant dissimulé, caché, crypté ou mental. L'effet révèle ainsi un nouveau rapport aux images, son matériau, que la série se doit alors de travailler. Dans la même idée, Meurs un autre jour est truffé d'effets de montage, de ralentis ou d'accélération hérités de Matrix ou autre. Toujours sur cette lancée, jamais Bond ne fût autant soumis au numérique. On ne compte plus les scènes, comme la mémorable séance de surf sur un glacier, s'y pliant. Dernier détail de taille, pour la première fois le mythique générique d'introduction est intégré au récit. Toutes ces petites choses semblant une simple tentative de communion avec la modernité montrent combien le principe d'actualisation est constant dans la série. A l'heure où les agents secrets pullulent sur les écrans (entre Ethan Hunt, Jason Bourne ou XXX), James Bond continue de chercher sa place. Il reste toujours moderne sans pourtant comme par le passé innover, créer les modes - ici il se contente juste de se complaire dans l'excès. Mais après tout, le monde ayant changé si brutalement, c'est peut-être par ce rapport putassier aux effets du cinéma d'action de notre époque qu'il restera éternellement contemporain. Et puis, il hérite de ce qu'il a semé.

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Jérôme Dittmar - 30 octobre 2008

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