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Année 1994

Cap décisif d'une série malade du temps

James Bond et les 80's

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Rien que pour vos yeux (For Your Eyes Only)
John Glen, UK/USA, 1981 - 123min
Avec : Roger Moore, Carole Bouquet, Topol, Julian Glover, Lynn Holly-Johnson

Passage de relais à John Glen (ex monteur de L'espion qui m'aimait), pour près d'une décennie. On sait désormais que la série suit moins une courbe temporellement linéaire d'où l'on pourrait définir une arborescence de liens avec l'Histoire ou les modes, qu'elle ne joue d'effets d'anticipation ou de différé. Cependant, impossible pour la série de ne pas se confronter aussi à l'actualité car la contemporanéité est son problème principal, quitte à en être parfois la victime. Cette réalité des années 80, une réalité technique d'abord, pur problème de cinéma, va être la lourde tâche avec lequel va se débattre la production et John Glen. Pour sa première incursion dans cette décennie décisive, Rien que pour vos yeux échappe partiellement aux difficultés à venir. Encore un pied dans la formule magique héritée de L'espion qui m'aimait, le film marie avec un certain bonheur le cocktail d'action aux poursuites innombrables et le second degré de Roger Moore. Toutefois, les premiers stigmates du temps se font sentir. Désormais, Bond refuse paternellement les avances d'une post ado, alors que tantôt, à l'ère Sean Connery, il n'aurait sans doute pas hésité. La présence de la jeune Carole Bouquet donne un coup de vieux à Roger Moore, soulignant la désuétude de son personnage et son manque de sex-appeal, d'autant plus qu'autour de lui l'ensemble du casting d'habitués, Moneypenny en tête, commence à prendre sérieusement de la bouteille.

Octopussy
John Glen, UK/USA, 1983 - 127min
Avec : Roger Moore, Maud Adams, Louis Jourdan, Kristina Wayborn, Robert Brown

Octopussy amorce le vrai creux de la vague que la série va connaître durant la décennie. Œuvre sans grande ambition peinant à reproduire toute la flamboyance et la démesure des scènes d'action des trois épisodes précédents, elle commence à traîner sa formule, et son acteur, comme un boulet. Même la présence de Maud Adams, déjà présente dans L'homme au pistolet d'or, a du mal à convaincre bien qu'elle soit plus à la hauteur d'une Bond Girl que celles de Rien que pour vos yeux. Encore entre deux époques, Octopussy garde pourtant quelques traces séduisantes évoquant l'heure de gloire de 007. Entre le palais d'Octopussy, le revival opportuniste de la guerre froide - qui ne sera jamais aussi chaude chez Bond que lorsqu'elle touche à sa fin -, Louis Jourdan parfait, et quelques gadgets mémorables tel que la scie circulaire yoyo, le film donne encore quelques grands moments au super espion, pour le coup ressemblant tout de même étrangement à un Indiana Jones. Seulement, il suffit d'une scène où Moore joue à Tarzan avec son cri superposé à la bande sonore pour mesurer la débâcle parodique, digne d'un Benny Hill, que la série couvait depuis déjà quelques temps. La faute à une époque où justement la parodie (des Zucker/Abrham/Zucker en tête), très à la mode, battait des records.

Dangereusement vôtre (A View to a Kill)
John Glen, UK/USA, 1985 - 126min
Avec : Roger Moore, Chistopher Walken, Tanya Roberts, Grace Jones, Robert Brown

Dangereusement vôtre, le film où tout bascule, la carrière de Roger Moore comme la série. Pourtant plus moderne que jamais avec un toujours incroyable Christopher Walken en homme d'affaires cruel et mégalo prêt à éradiquer la Silicon Valley, le film s'avère finalement aussi essoufflé et fatigué que son acteur principal. Tout y apparaît ringard et l'air du temps n'y est pour rien, car quoiqu'on en dise, on aime bien le morceau de Duran Duran. Le problème tient ici d'une oeuvre qui autant dans l'anticipation du cinéma d'action que le jeu avec l'actuel n'arrive qu'à exhiber une époque dans laquelle la série ne sait pas se situer. S'il faudrait bien sûr voir la chose à l'envers (le film comme révélateur d'une certaine médiocrité de l'époque) reste un film plein de posture surannée, de caricature soporifique ou d'autocitation radoteuse. Roger Moore a fait son temps et avec lui une idée de Bond est enterrée. Alors qu'en salles commencent à déferler les blockbusters de Spielberg, Cameron et Zemeckis, ou encore les Stallone ou Schwarzenegger, James Bond est presque un dinosaure avec ses antiques et monotones poursuites en voiture que la série aura usées à la corde. Les vrais problèmes et la grande remise en question ne font que commencer. Comment redevenir contemporain, dicter la mode, être un prototype du/de cinéma qui anticipe et s'actualise tout en badinant avec l'Histoire ? Comment être cette éternité du monde dans lequel nous vivons et que le principe de série symbolise si bien ?

Tuer n'est pas jouer (The Living Daylights)
John Glen, UK/USA, 1987 - 126min
Avec : Timothy Dalton, Maryam d'Abo, Jeroen Krabbe, Joe Don Baker, Robert Brown

Papy Moore enfin à la retraite, brève mais mémorable entrée en scène du curieux Timothy Dalton pour redonner du sang neuf à la série. L'acteur, qui dit avoir tout lu et vu sur Bond, cherche alors à renouer avec les origines du héros de Fleming en s'inspirant de son côté plus froid, violent, méthodique, professionnel. Toutefois, en donnant un aspect plus sombre et psychologique à son héros, Dalton l'entraîne vers des motivations plus personnelles qui le contrastent. Si Tuer n'est pas jouer, premier épisode à l'accueillir, lui laisse malheureusement peu l'opportunité d'explorer son personnage par son intrigue et son action rarement spectaculaires (sauf la scène d'introduction), le film s'impose comme un parfait symptôme de son époque par rapport à laquelle la série à tant de mal à se positionner. Ici la tentation nostalgique du retour à la guerre froide cherche à mettre en avant le côté espionnage par une approche nettement plus réaliste (exit les scientifiques mégalos voulant dominer le monde depuis leur forteresse symbolique, bonjour les trafiquants d'armes et la résistance afghane). Cette approche, plus ancrée dans l'actualité au détriment des figures fantasmagoriques du passé, tranche. D'avantage héritière d'un certain cinéma américain, elle laisse néanmoins l'impression d'une transition pour la série difficile à situer dans son époque.

Permis de tuer (Licence to Kill)
John Glen, UK/USA, 1989 - 133min
Avec : Timothy Dalton, Carey Lowell, Talisa Soto, Robert Davi, Robert Brown

Episode sans doute le plus atypique et controversé de la série, Permis de tuer est aussi l'un des plus intéressants. Tout autant marginale dans l'œuvre de Bond que fût la présence de Timothy Dalton, cette histoire de vengeance sanglante, sur fond de cartel de narco-trafiquants colombiens inspiré par Noriega, évoque plutôt un épisode de Miami Vice qu'un autre film de la série de Ian Fleming dont pourtant il semble coller à l'esprit. L'approche à nouveau plus réaliste et violente, le personnage de Robert Davi sadique, Benicio Del Toro en second couteau psychopathe, une Bond girl jalouse, Timothy Dalton insubordonné, la géographie minimale de l'intrigue... chaque élément fait de Permis de tuer une œuvre à part très estimable, au moins par la présence de l'acteur. Si la rupture avec le passé est consommée, l'intérêt du public déboussolé l'est aussi. Trop télévisuel, américain, éloigné de l'univers et des codes fondés par la série alors qu'il était pile dans son époque, Permis de tuer incarne l'ultime cassure, le premier coma clinique de James Bond. L'époque aura achevé un héros.

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Jérôme Dittmar - 30 octobre 2008

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