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Dossier James Bond
Les diamants sont éternels (The Diamonds are Forever)
Guy Hamilton, UK, 1971 - 119min
Avec Sean Connery, Jill St. John, Charles Gray, Lana Wood, Bernard Lee
Adieu Peter Hunt, viré à jamais, et re-bonjour Guy Hamilton, réalisateur de Goldfinger, gros succès que Cubby Broccoli espère rejouer sur Les diamants sont éternels. Exit aussi Lazenby et retour à Sean Connery, payé alors un pont d'or pour que le plus grand 007 accepte de revenir jouer de sa nonchalance et de sa distance ironique. Et Amérique encore, où se déroulait déjà Goldfinger, avec ici une action située à Las Vegas où les diamants ont remplacé l'or. Son gros succès, Les diamants sont éternels le doit beaucoup au retour de sa star, qui enchaîne ici des répliques implacables mais moins subtiles ou british, et à une action mesurée qui tout en lorgnant vers l'excès (le final explosif sur une plateforme pétrolière, la poursuite avec le véhicule lunaire évoquant Amstrong) fait aussi la part belle à l'enquête, aux rencontres et à un minimum de technologie. Joliment enrobé par le morceau de Shirley Bassey, le film est à la fois un retour aux valeurs sûres de la série et la fin d'une époque incarnée par Sean Connery. Il y a des ères dans James Bond qui se situe parfois moins dans un rapport à l'actualité que dans les tournants pris par la série en fonction du succès de ses épisodes ou de ses interprètes, même si tout est lié. Les années soixante-dix ont commencé mais si ce n'est la présence des énigmatiques tueurs homosexuels, Les diamants sont éternels est encore à cheval entre deux époques tout en étant un grand pas vers l'américanisation de la série.
Vivre et laisser mourir (Live and Let Die)
Guy Hamilton, UK, 1973 - 116min
Avec : Roger Moore, Jane Seymour, Yaphet Kotto, Geoffrey Holder, Bernard Lee
Sean Connery ayant quitté l'aventure, la série peut enfin tenter un nouveau virage. Ce tournant, amorcé plus tôt avec Les diamants sont éternels, consiste d'abord à trouver un écrin adapté au nouvel acteur, Roger Moore, puis à parfaire la grande opération de séduction du public américain. Pour cela et très explicitement, la série va jouer avec son temps jusqu'à faire dans la citation. Par son contexte d'abord, en situant le début de Vivre et laisser mourir à New York, dans un Harlem peuplé de personnages sortis d'un film de blaxploitation (genre de l'époque). Puis, et toujours dans la continuité de cette nouvelle «black culture», par l'implication du folklore vaudou. Le tout achevé par un personnage de shérif à l'accent redneck, quelques poursuites nerveuses, un humour permanent et plus léger que celui de Sean Connery, sur fond de trafic de drogues et de dictateur afro-américain très ancré dans son époque. Autre tournant majeur dans la redéfinition du personnage (outre son interprétation moins cynique et plus parodique ou son allure) qui court jusqu'à aujourd'hui : désormais Bond ne boit plus sa vodka martini à la cuillère mais au shaker. Les seventies sont là, faut que ça bouge.
L'homme au pistolet d'or (The Man With the Golden Gun)
Guy Hamilton, UK, 1974 - 125min
Avec : Roger Moore, Christopher Lee, Maud Adams, Hervé Villechaise, Bernard Lee
Après l'opération séduction de Vivre et laisser mourir, la série continue sur sa lancée avec L'homme au pistolet d'or tout en étant plus nostalgique. Moins tourné vers l'action, cet épisode cherche ses marques dans la redéfinition du personnage bondien trouvant en son ennemi Scaramanga (magnifique Christopher Lee) un subtil double en négatif. Plus psychologique, tout en opérant un retour à l'exotisme des débuts ou aux architectures symboliques du passé, L'homme au pistolet d'or s'impose comme le tout dernier épisode misant davantage sur son côté atmosphérique que sur la débauche de moyens. En résulte une œuvre plus singulière, toute en réminiscences, jouant aussi avec son époque à travers la géographie plus abstraite ou mentale de l'antre de Scaramanga. Dernier film de Guy Hamilton pour la série, L'homme au pistolet d'or clot un chapitre, une forme d'adieu à une certaine idée de la carte postale. Le tourisme de masse du réel commence alors à faire rage et Bond a tout vu, depuis longtemps, depuis toujours.
L'espion qui m'aimait (The Spy Who Loved Me)
Lewis Guilbert, UK, 1977 - 125min
Avec : Roger Moore, Barbara Bach, Curd Jurgens, Richard Kiel, Bernard Lee
Comme cela sera confirmé plus tard, les plus grandes ruptures chez James Bond arrivent souvent au creux d'une décennie plutôt qu'au début. Ce qui rend les films finalement plus hermétiques qu'on ne le croit à l'Histoire (et ses signes, ses illusions). L'espion qui m'aimait, sur lequel fût rappelé Lewis Guilbert en bon souvenir de son spectaculaire On ne vit que deux fois, va ainsi donner le nouveau ton à la série qui marquera l'ère Roger Moore. Cette nouvelle partition (tout est question de musique et de variation dans James Bond), va même être déterminante au point d'influencer tout le cinéma d'action des décennies qui suivront. L'espion qui m'aimait n'étant rien moins que l'inventeur du blockbuster, avec sa succession ininterrompue de courses-poursuites toutes plus sidérantes les unes que les autres et ses scènes finales dantesques. Tout devient ici affirmation du mouvement ou de démesure, et la collaboration entre l'ouest et l'est est un pur prétexte érotique. Le film s'impose alors comme une vitrine à cascades où la démonstration technique est permanente et le second degré de rigueur. Le cocktail grand action et humour est lancé au shaker. James Bond est décidément moins à la mode qu'il la devance, ou s'en démarque pour mieux rendre visible notre temps.
Moonraker
Lewis Guilbert, UK/France, 1979 - 126min
Avec : Roger Moore, Lois Chiles, Michael Lonsdale, Richard Kiel, Bernard Lee
Fort du succès de L'espion qui m'aimait, la production lui invente un double : Moonraker. Même réalisateur, même recette, même rythme exténuant, même idée de situer un ennemi mégalo désireux de changer le monde dans un contexte défini (l'espace remplaçant le milieu aquatique, l'eugénisme, la folie écolo). De certaines cascades littéralement dupliquées au retour de Richard Kiel interprétant le fameux Jaws, ou de Michael Lonsdale en clone de Curd Jurgens, tout Moonraker flaire l'opportunisme et la continuité. Seule différence notable, le film s'inscrit explicitement au creux d'une vague S.F, qui de Star Wars à Galactica pour la télévision, bat alors des records d'audience. Excessif, volontiers kitsch avec ses batailles au pistolet laser décidément loin des débuts, Moonraker apparaît un peu comme une tentative d'actualisation outrancière, révélant justement ses faiblesses. Les prémisses d'une nouvelle page à tourner. Celle du gigantisme, sorte de vision à la croisée des mythes antiques et de la fantasmagorie, que les années quatre-vingt auront du mal à reproduire tant la formule échappera à ses concepteurs. C'est que maintenir l'étonnement dans la répétition n'est pas chose facile.
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