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Dossier James Bond
James Bond contre Dr. No (Dr. No)
Terence Young, 1962, UK -110min
Avec : Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Jack Lord, Bernard Lee
Première adaptation de Ian Fleming, tourné pour un budget minime et par une équipe qui fera date, Dr No impose immédiatement une griffe esthétique et un style déterminants. Codes graphiques du générique, séquence d'introduction, personnages récurrents à venir, et surtout un climat, une couleur, un humour qui donnent le ton. Le premier voyage de Bond à destination de la Jamaïque éclaire l'un des motifs-phare de séduction de la série : l'exotisme. 007 sera un voyageur, un personnage en mouvement (chasseur ou chassé) qui, entre deux vodka martini, emballe autant de femmes sublimes qu'il déjoue des complots d'envergure internationale. Le rythme est chaloupé, ensoleillé, technicolor et l'air mythique de John Barry donne la mesure. La légèreté de l'œuvre, typique d'une certaine euphorie sixties, tranche avec tout ce que le cinéma d'espionnage connaissait alors, et la série, comme la carrière de Sean Connery, peuvent commencer.
Bons baisers de Russie (From Russia With Love)
Terence Young, 1963, UK - 118min
Avec : Sean Connery, Daniela Bianchi, Pedro Armendariz, Bernard Lee, Robert Shaw
Bons baisers de Russie, parfois considéré comme l'un des meilleurs épisodes, impose l'une des cartes postales fondatrices de la série : la Russie. Guerre froide oblige. Si les espions sont soviétiques, on découvre aussi très vite qu'ils ne seront jamais l'ennemi (le problème est américain, pas anglais) mais simplement une autre force, ou pôle, tout autant victime que l'Angleterre ou les Etats-unis de l'obscure et tentaculaire organisation terroriste internationale, le SPECTRE. Bons baisers de Russie continue ainsi de jouer avec l'air du temps (on rêve d'Orient avec Istanbul et on voyage avec l'Orient-Express), tout en ciselant un peu plus le personnage de Bond en homme d'affaires musclé (il est là pour régler les problèmes de son employeur, pas pour le tourisme) et en charmeur invétéré. Dès Bons baisers de Russie, on comprendra aussi que le lien à l'actualité est tout aussi constant que distant, pur prétexte pour jouer avec le présent et l'Histoire afin de se fondre dans une contemporanéité perpétuelle.
Goldfinger
Guy Hamilton, 1964, UK - 108min
Avec : Sean Connery, Honor Blackman, Bernard Lee, Shirley Eaton, Tania Mallet
Premier Bond tourné par Guy Hamilton, Goldfinger perpétue la veine sixties de la série, encore tournée vers une certaine tonalité plus réaliste, tout en commençant par la distordre. Arrivée des voitures gadgets (la fameuse Austin Martin DB5), introduction des personnages forains (Oddjob et son chapeau), ennemis charismatiques aux ambitions démesurées, toute une gamme d'éléments vient ainsi accentuer la mesure fantasmagorique de l'univers de Bond. Si les aventures de 007 sont encore modérées, privilégiant l'enquête, le dialogue, l'humour ironique et les rencontres à l'action, on perçoit une première évolution vers le spectaculaire et un premier pas vers l'Amérique, au-delà du fait que l'action du film s'y situe essentiellement.
Opération Tonnerre (Thunderball)
Terence Young, 1965, UK - 125min
Avec : Sean Connery, Claudine Auger, Adolfo Celi, Guy Doleman, Bernard Lee
A partir d'Opération tonnerre qui voit le retour de Terence Young, la série commence à changer d'économie. Allant crescendo dans l'action suite au succès des films précédents, l'espionnage devient alors un prétexte servant à justifier un aspect majeur pour tout l'avenir de la série : son rapport constant à la technique. Si chaque aventure de 007 a une ambiance, celle d'Opération tonnerre est aquatique et motorisée. Le film débauchant une pléthore de moyens autant pour alimenter la soif de gadgets du public que pour mettre en scène des séquences de combats sous-marines démesurées. Opération tonnerre n'est alors rien d'autre que les balbutiements du blockbuster avec son cocktail d'action inédite et de filles sexy.
On ne vit que deux fois (You Only Live Twice)
Lewis Guilbert, UK, 1966 - 116min
Avec : Sean Connery, Akiko Wakayabashi, Donald Pleasance, Mie Hama, Bernard Lee
Premier passage derrière la caméra pour Lewis Guilbert (connu alors pour Alfie), On ne vit que deux fois continue d'avancer sur les pas d'Opération tonnerre tout en renforçant ses partis pris. Ce premier voyage au Japon où 007 passera aussi pour la première fois sous les traits d'un autre (on le japonise, lui qui ne cache jamais son identité car dans James Bond tout est visible) marque en effet une accentuation évidente de la série dans sa mégalomanie. Décors aussi pharaoniques que l'ego et les ambitions de Blofeld, véhicules prototypes et poursuite en hélicoptère démentielle - encore sidérante aujourd'hui - , conflit autour d'un vol de navettes spatiales américaine et russe... tout prend ainsi le chemin de la démesure et d'une fantasmagorie invraisemblable. La course-poursuite à la technologie est lancée plus que jamais, elle sera la marque de fabrique indubitable de la série, et pour longtemps, pour toujours.
Au service secret de sa majesté (On Her Majesty's Secret Service)
Peter Hunt, UK, 1969 - 140min
Avec : George Lazenby, Diana Rigg, Telly Savalas, Bernard Lee
Peter Hunt, monteur des précédents James Bond, passe derrière la caméra sur Au service secret de Sa Majesté. On sait la série hermétique aux auteurs, et pourtant le film, premier et dernier de George Lazenby, marque sa différence. Œuvre plus romantique et sentimentale où Bond rencontre son unique épouse (Diana Rigg, autre agent secret transfuge de Chapeau melon et bottes de cuir), Au service de Sa Majesté calme un peu les ardeurs technologiques des films passés (ici peu de gadgets ni de véhicules prototypes et une seule résidence). Par sa tonalité à la fois plus réaliste et par instants psychédéliques (autant dans les intérieurs que l'idée du lavage de cerveau renvoyant aux drogues type LSD alors en vogue), le film contraste tout en ne sacrifiant rien à l'action (surtout pour sa poursuite à ski, un classique de la série). Il est à la fois très proche de son époque par son atmosphère, tout en maintenant l'idée d'une mégalomanie bondienne matérialisée dans les formes architecturales du centre de Blofeld, tout à son image. Une œuvre de transition au semi-échec peu mérité.
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