Méliès, Welles, Allen : trois noms qui se distinguent par leur talent de cinéaste mais aussi par une passion commune pour l'illusionnisme. Une passion qui transparaît dans leurs films, qui savent allier le plaisir du cinéma à celui du tour de passe-passe à l'ancienne.


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Georges Méliès : le père fondateur
Il est à l'origine de tout. Il est le chaînon principal qui relie l'illusionnisme au cinéma, et ce dès l'avènement de cet art. Disciple de Robert Houdin (l'inventeur de la magie dite moderne), il s'intéressa très tôt à la création des frères Lumière. Il voyait dans cette caméra-projecteur, outil déjà merveilleux en soi, un moyen de développer ses illusions scéniques. Grâce à elle, il pouvait faire apparaître et disparaître, multiplier, découper, grossir et rapetisser n'importe quoi. Autant de tours impossibles à accomplir dans la réalité. C'est pourquoi les premiers films qu'il réalisa, loin de se détacher du music hall et de ces principes, les suivaient au contraire à la lettre, comme on peut le voir dans ce court film :

Il comprit néanmoins que cet instrument pouvait produire sa propre expression et, très rapidement, se mit à écrire et filmer des scénarios de plus en plus sophistiqués, usant du cinéma comme d'une nouvelle source d'émerveillement et d'angoisse. Il fut ainsi à l'origine du premier studio français, où il tourna ses célèbres adaptations de Jules Verne. Précisons qu'après des années de richesse et de gloire, il mourut dans la pauvreté, oublié de tous.

Orson Welles : l'homme qui découpait les stars en morceaux
Orson Welles n'a plus à être présenté. Il est entré au panthéon des génies du cinéma et ne risque pas d'en sortir avant longtemps. Ce que l'on sait moins, c'est qu'en plus d'être un grand cinéaste, un comédien fabuleux, un immense metteur en scène de théâtre et un dessinateur de talent (ainsi que la voix originale de Robin Masters dans la série Magnum), il fut également un magicien respecté par ses pairs. En tant que tel, il a inventé des tours restés dans les annales (voir la polémique autour de David Copperfield, qui lui aurait « emprunté » un tour). Il pouvait également se targuer d'être l'homme qui a découpé en morceaux Marlène Dietrich lors d'un spectacle destiné aux Marines partis combattre en Europe. Si l'on devine dans la plupart de ses films un goût prononcé pour les trucages optiques, il fallut cependant attendre Un coin tranquille (Henry Jaglom, 1970) puis son essai Vérités et mensonges (F for fake, 1974) pour le voir accomplir quelques tours devant une caméra de cinéma. Pour lui, le cinéma n'était en fait qu'un moyen d'expression parmi d'autres, un générateur d'illusions comme le sont la radio et le théâtre. Entre le cinéma et la magie, il y avait donc une continuité naturelle.

Woody Allen : l'amateur éclairé
Des magiciens, on en trouve à la pelle dans les films du cinéaste new-yorkais. De Stardust Memories (où il réalise un tour de lévitation avec Diane Keaton) au Sortilège du Scorpion de Jade, en passant par Ombres et brouillard, Nuits de chine (un téléfilm de 1994) et Scoop, la figure du magicien est récurrente et ce n'est pas par hasard. Magicien amateur, Allen attache à cet art une affection toute particulière. Pour lui, il représente une ouverture vers le merveilleux et l'enfance, une porte vers un monde où les barrières matérielles, et particulièrement celle de la vie et de la mort, semblent conjurées. Dans sa vision, la magie permet la concrétisation du fantasme. Idée qui sera d'ailleurs à l'origine du Complot d'Œdipe, son hilarant court métrage inclus dans le film à sketchs New-York stories : la mère du personnage incarné par Woody Allen s'évanouit littéralement dans l'air à la faveur d'un spectacle de magie.

Manuel Merlet




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