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Dossier magie et cinéma
A l'occasion de la sortie française du Prestige, voyage à travers la représentation de la magie au cinéma, deux arts unis par une nature commune et un lien de parenté. L'illusionnisme a ainsi participé à la naissance du cinéma, qui est devenu depuis un enfant bien ingrat et même parfois méprisant.
Dès son origine, à la fin du XIXème siècle, le cinéma s'est trouvé associé aux attractions de foire et autres numéros de music-hall. Cette invention ressortait du domaine scientifique, mais sa production qui permettait de transcender le temps et l'espace s'inscrivait dans la sphère du miraculeux. Par sa capacité à faire réapparaître des événements passés, le cinéma émergeait dans la droite ligne des fantasmagories et spectacles de lanternes magiques. Relevant de l'univers de l'illusion, c'est tout naturellement qu'il s'inséra dans les numéros de magie, qui connaissaient à cette époque un essor sans précédent.
Parmi les nombreux illusionnistes qui intégrèrent à leurs shows cette nouvelle technique, un nom émerge immédiatement : Georges Méliès. Il fut l'un des premiers à comprendre qu'au delà de l'imitation des effets de scènes (apparition, disparition, transformation, etc...), le cinéma pouvait déboucher sur une forme d'expression inédite. D'aucuns lui attribuent même la paternité des effets spéciaux, ce qui est en fait abusif puisque beaucoup des premiers opérateurs étaient aussi des expérimentateurs de la pellicule. Reste que dès les balbutiements du nouveau siècle, le cinéma sut progressivement s'émanciper du music hall et du théâtre. Celui qui grandit dans le giron de l'illusionnisme atteint ainsi rapidement un âge adulte et s'empressa de tuer le père.
A partir des années 1920, le cinéma, hormis quelques exceptions, s'empressa de singer, sinon de ridiculiser l'art magique. Celui-ci se trouva ainsi réduit à jouer les figurants décoratifs. Au pire, la figure du magicien était confinée dans le fantastique pur, sans aucune considération pour les techniques en usage dans la réalité (dont on a un flagrant exemple avec Mandrake et ses extraordinaires pouvoirs). Au mieux, elle relevait de l'improbable, d'un don presque surhumain. En tout cas, à l'ère des effets spéciaux puis, bien plus tard, à celle du trucage informatique, l'image de l'illusionnisme devint archaïque et dépassée. Le nouveau moyen d'expression s'ingénia à réduire cet art ancestral au rang des divertissements poussiéreux. Etrange inversion des valeurs, rarement contredites sinon par quelques cinéastes et comédiens eux-mêmes praticiens.
Il y aurait pourtant beaucoup à dire et à faire autour de ces deux arts complémentaires et liés par un rapport de filiation. Chacun joue avec nos sens pour produire le faux et l'impossible. Afin de comprendre en quoi ils restent liés, et ce malgré une union contrariée, voyage en trois temps à travers la représentation de la magie au cinéma:

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