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Sous des allures de faux documentaire, emmené par un personnage de journaliste aussi maladroit que moustachu, Borat est avant tout une comédie souvent hilarante et parfois mordante. Visite guidée des Etats-Unis, happening trash et touche Kazakh : le cocktail Borat fait l'effet d'un cocktail molotov lancé dans une ferme texane. L'hallucination de la semaine.
Rien de tel que le regard d'un étranger pour révéler l'air de rien les aberrations d'une société. C'est ce que Sacha Baron Cohen et son complice et metteur en scène Larry Charles prouvent par la pratique, grâce à ce Borat, promenade folle et éberluée dans les Etats-Unis de Pamela Anderson, George Bush et des rodéos texans. La moquerie est facile, certes, mais Borat ne s'en tient pas là, développant tout au long des pérégrinations de ce personnage loufoque un principe de détournement des situations, en lieu et place des images.
Cela commence dans un Kazakhstan très approximatif, où Borat fait le tour du village, composé essentiellement d'alcooliques, de femmes prostituées d'office, et de voisins violeurs ou jaloux. Les blagues ne font pas dans la dentelle, mais l'énormité du trait ébranle tout même les zygomatiques les plus coincés. Par ces scènes tournées dans un vrai village (roumain), qui a depuis porté plainte pour diffamation, le film produit un effet de sidération rare, tenant dans sa possibilité même d'exister. Alors que les caricaturistes du monde entier voient leur liberté empiétée par des règles - soi disant - morales endurcies, Sacha Baron Cohen fait souffler un vent de revendication libertaire, assumant et prônant un droit à l'humour grinçant, lourd, voire d'un goût douteux.
Il y a quelque chose de profondément revitalisant dans les quasi-happening qui composent le film. Parti avec son producteur véreux aux Etats-Unis pour un documentaire sur la culture américaine, Borat se présente comme le personnage naïf et inculte - mais tout de même antisémite et misogyne - qui doit tout apprendre de la grande civilisation américaine. Si certaines rencontres tiennent du One Borat Show, les intervenants - un groupe de féministes, un couple juif ou un politicien à Washington - n'étant pas bien sûr au courant du second degré en cours, il arrive parfois que la duperie entraîne le film un peu plus loin que la simple farce au nez et à la barbe de l'Oncle Sam.
Ainsi, lorsque Borat se retrouve dans un rassemblement évangéliste, ou bien dans un temple du rodéo au Texas, l'ironie fait place à la consternation. Le faux documentaire nous ouvre alors la porte de véritables rites « locaux » où la cruauté, la violence et la croyance aveuglent à ce point les individus qu'ils ne perçoivent plus Borat comme un personnage décalé. Le film suscite alors le malaise : dans l'incapacité de saisir le second degré, ces scènes nous livrent comme par effraction une réalité qui nous ferait presque rire s'il elle n'était aussi sombre. Par contraste, l'électron libre Borat dresse un portrait cru et au plus près de ces phénomènes de foule où l'individu tend à disparaître. Borat, lui, existe bel et bien. Jagshemash !

Borat
Réalisé par Larry Charles
Avec Sacha Baron Cohen, Pamela Anderson
Sortie en France : 15 novembre 2006
[Illustations : © © Twentieth Century Fox France]