Dans des Folies Bergère transformées en un Kit Kat Klub berlinois décadent, la rencontre d'une chanteuse-danseuse vaguement vedette, Sally Bowles, et d'un écrivain américain, Cliff Bradshaw. Un musical faussement léger sur fond de montée du nazisme. Réjouissant et redoutablement efficace.


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Cabaret, c'est un peu une machine de guerre. A la manière de Ben Hur au Stade de France voilà quelques semaines, ce spectacle américain débarqué à Paris, en version française le 27 octobre dernier, n'a négligé aucun détail pour faire venir en masse le public aux Folies Bergère. Campagne d'affichage musclée, partenariats médias, compte à rebours ici et là... Voilà pour l'aspect marketing-communication, orchestré par Stage Entertainment France, filiale de la multinationale hollandaise Stage Entertainment (4 700 employés, CA de quelque 500 millions d'euros), dans la droite ligne des spectacles made in Broadway. Le public est donc venu.
Mais après, encore fallait-il qu'il reste... et relaie un bouche-à-oreille flatteur. Là, place à l'artistique. Et pas de doute, en la matière aussi, Cabaret est redoutablement efficace.
Servi par une brochette de musiciens, chanteurs, acteurs et danseurs plutôt talentueux, c'est un musical à l'américaine dans toute sa splendeur : alternance de passages chantés et/ou dansés et de dialogues, technique impeccable, processus bien rôdé.
Les mythiques Folies Bergère ont fait table rase. Les fauteuils d'orchestre ont été totalement démontés et remplacés par 400 chaises et 100 tables éclairées de lampes rouges, entre lesquelles vont et viennent des serveurs du lieu. On peut y boire et y manger, comme au Cabaret. Le décor affiche les lettres « KIT KAT KLUB », rehaussées de loupiotes. A cour et jardin, deux escaliers de métal. A l'étage, l'orchestre live et, au rez-de-chaussée, le plateau principal, où se nouera l'intrigue.

Wilkommen, bienvenue, welcome...Avec cette chanson culte, le maître de cérémonie nous accueille. Créature singulière, joyeusement cruelle et délicieusement ambiguë, blond peroxydé ou brun selon les soirs (ils sont deux à se partager le rôle, David Alexis, excellent, et Fabian Richard), il arbore tour à tour tenue SM, costard, redingote de cuir d'allure nazi ou pyjama rayé de déporté. Le vrai clou du spectacle, c'est lui.
A ses côtés, Sally Bowles (Claire Pérot ou Virginie Perrier ), chanteuse anglaise, vedette du club, Cliff Bradswhaw, écrivain américain en quête d'inspiration pour son prochain roman, Fraulein Schneider, quinquagénaire logeuse d'une pension modeste et Herr Schultz, son prétendant secret.
Tout ce petit monde se courtise, s'aime, se quitte et se retrouve, sur fond de chansons. Sur fond de montée du nazisme surtout.

Ce qu'il y a d'intéressant dans ce Cabaret, c'est d'abord qu'il trouve ses origines dans le vécu de Christopher Isherwood. Ressortissant britannique vivant en Allemagne, il écrit, en 1939, dans L'adieu à Berlin : « I am a camera with its shutter open -quite passive, recording, not thinking. » Là, il décrit tous les personnages qu'il rencontre, parmi lesquels Sally Bowles. En 1937, un autre livre, simplement intitulé Sally Bowles, évoquait déjà celle qui serait la future héroïne de Cabaret. Dès lors, plusieurs adaptations de l'œuvre se succèderont : la pièce I am a camera, en 1951, le film éponyme en 1955. Puis le musical Cabaret mis en scène par Harold Prince, en 1966 et le film de Bob Fosse en 1972.
C'est en 1993 que le réalisateur Sam Mendes s'empare de ce qu'il qualifie de « germe d'un show périlleux, emballé dans un paquetage Broadway traditionnel », donnant naissance à sa version actuelle.
En voilà l'autre point d'attrait. Sous couvert d'un show très traditionnel, celui-là se montre plus complexe qu'il n'y paraît. Aux côtés des personnages principaux de l'œuvre, dans un Berlin interlope et un peu glauque, des matelots de passage, et des artistes du club qui s'affichent plutôt loin des canons proprets des comédies musicales bien lisses. Elles ont la mine pas toujours affable, le cheveu fou, les aisselles pas franchement épilées, des collants filés et des tatouages, c'est drôle.
Autre drôlerie, certains moments chantés, comme ce duo entre Fraulein Schneider et Herr Schultz (Catherine Arditi et Pierre Reggiani), L'ananas, qui joue l'autodérision avec bonheur.
Enfin, le contexte historique, loin de servir seulement de cadre, devient élément essentiel de Cabaret dans la deuxième partie. La montée du nazisme en Allemagne induit les choix et actions des personnages et donne surtout au metteur en scène le choix d'un baisser de rideau très surprenant et glaçant, à mille lieux de la happy end en musique attendue. Gonflé et réussi.

Nedjma Van Egmond



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Sur le Web :
Le site officiel du spectacle
- Le site officiel des Folies Bergère.

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