Nathalie Baye dit la longue confidence de l'humoriste Zouc, recueillie par Hervé Guibert voilà trente ans. Un texte émouvant, une interprétation bien sage, mais la (re)découverte d'une artiste au destin cabossé, sortie du paysage théâtral voilà près de 20 ans.

« Zouc par Zouc » a tout pour susciter la curiosité. Sur le papier d'abord, par l'association improbable et singulière de personnalités artistiques aussi éloignées qu'on peut l'être, à priori. Zouc, aka Isabelle von Allmen, c'est cette comique suisse rondelette, toujours flanquée d'une robe noire, aux longs cheveux raides, aux grands yeux noirs, aux intonations reconnaissables entre mille, et à l'air toujours azimuté. Une des pionnières du seul en scène féminin, gratifiée d'un Molière en 1988 et disparue de notre champ de vision théâtral depuis pas de loin de deux décennies, rongée par la maladie.
Nathalie BayeElle ressurgit aujourd'hui grâce à... Hervé Guibert et Nathalie Baye. Le premier, comète littéraire, auteur du Protocole compassionnel , emporté par le sida en 1991. La seconde, grande actrice française que l'on sait, plus coutumière du grand écran que des scènes de théâtre, où elle n'avait pas joué depuis dix ans.
En 1974, à la terrasse d'un bistrot, huit après-midi durant, Zouc se raconte à Hervé Guibert, jeune écrivain. Elle a 24 ans, lui 19, elle parle, il écoute, et prend des notes. Avec acidité et ironie, elle dit son enfance, visiblement étouffante, elle qui croit être la tare de sa famille. Môme, elle aime voir les morts dans leur chambre, se gausse des horribles drames de son entourage et rêve de « marier un paysan ». Elle dit ses complexes de ronde mal fichue et son adolescence meurtrie par 18 longs mois d'internement en hôpital psychiatrique. « Je me suis dit bon, j'ai une dose d'hystérie, j'en ai même plutôt trois qu'une, elle est là, d'où elle vient c'est difficile à savoir sans faire une analyse, au lieu de la réprimer et de la planquer, il vaut mieux faire avec, c'est à dire l'observer, l'accepter, l'aimer et l'apprivoiser ».
Elle dit, enfin, l'arrivée à Paris et les rencontres providentielles qui l'ont conduite à se dépasser sur scène.

« Zouc par Zouc » est le résultat de cet entretien, publié en 1978, épuisé et récemment réédité par Gallimard. Sur la scène du Rond-Point, dirigée par Gilles Cohen, c'est donc Nathalie Baye qui s'empare de cette longue confidence émouvante, où l'humour se glisse toujours dans la gravité.
En fond de scène, un homme, assis, dans la pénombre. Vrai faux figurant, qui figure Hervé Guibert, et dont on aurait pu se passer. Face à nous, quatre chaises. L'actrice passe de l'une à l'autre, en caressant doucement un petit mouchoir blanc, le pliant et le dépliant. Prononçant les mots de Zouc, elle ne joue pas à Zouc, ne l'interprète pas, ne cherche pas à lui ressembler. Et heureusement. Elle est autre. Fine, douce, timide. Petite robe marine et chaussures rouges, sage. Trop sage dans une mise en scène pour le moins minimale -quelques lumières, de brèves mélodies- qui joue l'hommage convenu, studieux, à la limite de l'ennui parfois, quand on aurait aimé plus de folie et de fougue.

« J'étais comme morte, dans un trou ! Elle m'a sortie de la nuit » dit aujourd'hui Zouc. Si le spectacle en tant que tel est décevant, il a au moins ce mérite là : avoir fait sortir de l'oubli une grande artiste au destin cabossé. Ça n'est déjà pas si mal...

Zouc par Zouc
Mis en scène par Gilles Cohen
Avec Nathalie Baye
Au théâtre du Rond-Point à Paris, jusqu'au 30 décembre 2006

Zouc par zouc

Nedjma Van Egmond



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