C'est difficile à croire... et pourtant ! Lors de la première de Quartett à l'Odéon, quelques spectateurs ont copieusement hué les acteurs et le metteur en scène au moment du salut. Non que je dénie à quiconque le droit de détester Bob Wilson, mais ce qui est stupéfiant, c'est qu'après trente ans de carrière et des dizaines de spectacles qui tous fonctionnent sur les mêmes présupposés formels, on puisse encore s'aventurer en Wilsonie, sans avoir consulté la carte au préalable. Voici donc quelques données de base pour ne pas partir déçu...
Dans un spectacle de Wilson, les acteurs ne parlent jamais comme vous et moi.
La phrase est hachée, modulée, répété, comme si le texte était une partition musicale, la voix, un instrument et Wilson, un chef d'orchestre fou et visionnaire qui fait interpréter du Bartok comme un chant grégorien ou inversement.
Dans un spectacle de Wilson, les acteurs se déplacent comme des mécaniques.
Chaque mouvement semble guidé au bout d'un fil par notre chef d'orchestre, devenu pour l'heure marionnettiste. Les mouvements obéissent à des règles similaires à celles qui régissent les paroles et les sons : déstructuration, effets de contraste et continuelles ruptures de tons.
Bob Wilson est un plasticien.
Non seulement les mouvements s'inscrivent dans une rythmique de type symphonique, mais elles se dessinent dans un espace conçu comme un tableau. Les figures s'y déplacent en respectant l'équilibre des ombres et des couleurs.
Bob Wilson a décrit ses spectacles comme des produits hybrides : entre le film muet et la fiction radiophonique.
En réalité, ses spectacles contiennent en eux toutes les formes d'expression. Toutes... sauf une. La video, omniprésente sur les scènes contemporaines, est absente des réalisations de Bob Wilson. Sa facture grumeleuse, les résultats hasardeux du filmage en DV se situent à des années lumières de l'esthétique tirée au cordeau de Bob Wilson, qui, de toute façon, est bien au-dessus de ces incontournables tendances des scènes branchées...
Bob Wilson ne suit aucune tendance, il se contente de réaliser ses visions.
Et c'est déjà ça.
Pour s'en rendre compte : Quartett de Heiner Muller, mise en scène par Robert Wilson, avec Isabelle Huppert, Ariel Garcia Valdes, au Théâtre de l'Odéon du 28 Septembre 2006 au 02 Décembre 2006
Illustrations :
- top : © 2005 Byrd Hoffman Water Mill Foundation & Robert Wilson
- Peer Gynt, Woyceck, DR
Sur le web
Sur le Web :
- le site officiel du Théâtre de l'Odéon.
- le site officiel de Robert Wilson
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