RPG - Sortie le 21 septembre 2006
Les premiers Suikoden ont taillé une légende à la série. Des contes héroïques qui se terminaient en apothéose, dans des batailles épiques formidables et intenses. On passait du statut d'aventurier sans attaches au statut de chef de guerre, menant ses hommes en fin stratège. Hélas, avec le temps et les suites, la série a perdu en flamboyance pour en être réduit au stade de flammèche vacillante avec Suikoden 4.
Laid, creux, mou, le dernier opus en date n'avait rien pour lui, une tendance confirmée par le navrant Suikoden Tactics. Attendu dans une demi-torpeur pessimiste, le 5e épisode donne pourtant l'impression d'en avoir plus dans le ventre que ses aînés. La franchise aurait-elle repris du poil du guerrier ?
Depuis quelques années maintenant, le divorce d'avec les fans avait été consommé et assumé. Suikoden essayait tant bien que mal de garder la tête hors de l'eau, mais chaque nouvelle sortie s'enlisait dans la médiocrité. Le conspué Suikoden 4 avait sonné aux yeux de beaucoup le glas de la série et l'espoir s'était définitivement éteint après Suikoden Tactics, qui clonait sans aucun talent les produits de la concurrence.
Suikoden fait partie de ces RPG vieille école qui ont soit disparu, soit choisi d'évoluer, souvent vers le n'importe quoi. Alors que Final Fantasy parvient à se maintenir après quelques passages à vide, il suffit de voir Breath of Fire sur PS2 pour comprendre l'ampleur de la catatrophe. Concrètement, ceux qui croyaient encore en Suikoden V se dénombraient sur les doigts d'une seule main, en comptant les sympathisants.
Le moteur du jeu est nettement plus travaillé que l'épisode d'avant, toutefois, les textures restent floues, cotonneuses. L'environnement manque de caractère et le héros fade disparaît presque dans les décors. Remercions sa costumière de l'avoir habillé pour le carnaval, nous risquons moins de le perdre dans un champs de laitues. Tranchant avec leur camarade, les personnages secondaires sont affirmés, colorés, répondant aux canons du RPG japonais. Les cinématiques qui utilisent le moteur sont entièrement doublées et les acteurs sont convaincants, les dialogues sont presque naturels et se suivent sans ennui. On a l'impression de reprendre ses marques et ses habitudes à mesure que les évènements avancent. Les musiques n'ont rien d'exceptionnel, du même registre que les paysages, mais elles sont typiques. Un travail de commande carré qui remplit son contrat mélodique de superette d'héroic-fantasy.
Pas de révolution non plus sur le système de combat. Vieille école du début à la fin. Le plus rapide frappe en premier, les mages ont une constitution de phasme et les guerriers donnent des ruades à rendre un CRS jaloux. Cliché-cliché, mais efficace, la mécanique habituelle tourne sans à-coup et les points d'expérience tombent dans la besace comme un salaire de fonctionnaire.
Presque étouffant, le classicisme de Suikoden V se ressent particulièrement pendant les parties d'enquête en ville, quand vous devez traîner votre héros souffreteux dans tous les lieux jusqu'à ce qu'une scène animée se déclenche et fasse avancer l'histoire. Par chance, vous avez la chance d'avoir une garde du corps qui vous suit comme votre ombre et vous donne des indices quand vous lui parlez. On ne reste jamais bloqué longtemps, mais ce déroulement est assez frustrant une fois mis dos à dos avec la concurrence. La méthode qui consistait à discuter avec tout un village pour relancer l'intrigue est révolue depuis des années, mais Suikoden V s'entête à la faire survivre malgré tout, au détriment de la souplesse narrative.

C'est là que Suikoden V prend de la saveur. Une fois que vous vous êtes affranchi d'une tutelle, vous avez l'opportunité de recruter activement d'autres héros, jusqu'à former une troupe de 108 âmes. Les batailles prendront une autre échelle, supplantant les sempiternelles explorations de donjons pour voir s'affronter des légions. Selon un procédé de pierre-papier-ciseau, chaque type d'unité en domine naturellement une autre et il vous incombera de gérer le tout en temps réel, déplaçant vos hommes sur la carte pour vaincre l'ennemi. De votre réussite dépendent votre réputation et votre butin de guerre, mais aussi la survie de vos alliés.
La dimension épique du jeu ne s'arrête pas ici. Par moments, vous aurez à vous battre en duel avec des personnages-clé. Un autre système, avec des jauges de vie à la Street Fighter II se met en place, ainsi qu'un autre équivalent du chifoumi. Selon ce que votre adversaire dit avant de frapper, vous devrez deviner son action et choisir votre réponse en fonction. Servant de conclusion lors d'un évènement de scénario important, ces duels sont des respirations bien pensées qui diversifient le gameplay.

Issu d'une tradition de RPG en pierre de taille, le jeu n'est pas exempt de défauts, eux aussi hérités d'un eugénisme étrange. Il a toutefois pour lui des bases saines, des mécaniques de jeu à la force tranquille et une trame très écrite qui se suit sans déplaisir. Léger dans sa forme, épais dans son fond et lourd dans son démarrage, Suikoden V est un sursaut positif dans la série, une aventure qui n'attend qu'un joueur tenace pour se révéler.
Suikoden V
Disponible sur PS2
Sortie le 21 septembre 2006
Bande annonce du jeu :
Sur le web :
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