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Année 1998

Le grand pardon

Suikoden V - PS2

RPG - Sortie le 21 septembre 2006

Les premiers Suikoden ont taillé une légende à la série. Des contes héroïques qui se terminaient en apothéose, dans des batailles épiques formidables et intenses. On passait du statut d'aventurier sans attaches au statut de chef de guerre, menant ses hommes en fin stratège. Hélas, avec le temps et les suites, la série a perdu en flamboyance pour en être réduit au stade de flammèche vacillante avec Suikoden 4.


- Vos impressions : Forum Suikoden V dans le forum Jeux vidéos

Laid, creux, mou, le dernier opus en date n'avait rien pour lui, une tendance confirmée par le navrant Suikoden Tactics. Attendu dans une demi-torpeur pessimiste, le 5e épisode donne pourtant l'impression d'en avoir plus dans le ventre que ses aînés. La franchise aurait-elle repris du poil du guerrier ?

Depuis quelques années maintenant, le divorce d'avec les fans avait été consommé et assumé. Suikoden essayait tant bien que mal de garder la tête hors de l'eau, mais chaque nouvelle sortie s'enlisait dans la médiocrité. Le conspué Suikoden 4 avait sonné aux yeux de beaucoup le glas de la série et l'espoir s'était définitivement éteint après Suikoden Tactics, qui clonait sans aucun talent les produits de la concurrence.
Suikoden fait partie de ces RPG vieille école qui ont soit disparu, soit choisi d'évoluer, souvent vers le n'importe quoi. Alors que Final Fantasy parvient à se maintenir après quelques passages à vide, il suffit de voir Breath of Fire sur PS2 pour comprendre l'ampleur de la catatrophe. Concrètement, ceux qui croyaient encore en Suikoden V se dénombraient sur les doigts d'une seule main, en comptant les sympathisants.

Le retour du messie en ambulance

Ce qui donne à Suikoden V la dimension nécessaire pour être un bon RPG, ne réside pas dans une évolution radicale de ses fondations, mais plutôt dans un retour aux sources et à un savoir-faire maîtrisé, fait avec application. C'est un jeu sage, discret, mais qui cultive sa séduction sur la longueur, en affichant une à une ses qualités. Celles-ci, en comparaison avec les autres RPG sur le marché peuvent sembler désuètes, mais elles ont le charme des vieilles recettes éprouvées.
On navigue dans des interfaces à l'ancienne : menus, sous-menus, ergonomie à tiroirs. Il y a parfois 4 niveaux d'information avant d'arriver à ce que l'on cherche, mais tout est rangé méticuleusement. La profusion des onglets n'est pas autant représentative d'un trop-plein de renseignements que d'une volonté de tout compartimenter. C'est un excès de zèle exhumé d'un autre âge, mais qui a fait ses preuves. Si la mise en forme ne vous a pas rebutés, vous pouvez entrer votre nom pour le personnage principal. Celui-ci sera muet pendant toute l'aventure, le baptiser n'est qu'un simple détail de personnalisation qui joue sur l'affectif. Plutôt nécessaire, car notre endive à cheveux blancs manque singulièrement de charisme; déstabilisant par rapport aux précédents héros, mais ce n'est pas innocent.

Le moteur du jeu est nettement plus travaillé que l'épisode d'avant, toutefois, les textures restent floues, cotonneuses. L'environnement manque de caractère et le héros fade disparaît presque dans les décors. Remercions sa costumière de l'avoir habillé pour le carnaval, nous risquons moins de le perdre dans un champs de laitues. Tranchant avec leur camarade, les personnages secondaires sont affirmés, colorés, répondant aux canons du RPG japonais. Les cinématiques qui utilisent le moteur sont entièrement doublées et les acteurs sont convaincants, les dialogues sont presque naturels et se suivent sans ennui. On a l'impression de reprendre ses marques et ses habitudes à mesure que les évènements avancent. Les musiques n'ont rien d'exceptionnel, du même registre que les paysages, mais elles sont typiques. Un travail de commande carré qui remplit son contrat mélodique de superette d'héroic-fantasy.
Pas de révolution non plus sur le système de combat. Vieille école du début à la fin. Le plus rapide frappe en premier, les mages ont une constitution de phasme et les guerriers donnent des ruades à rendre un CRS jaloux. Cliché-cliché, mais efficace, la mécanique habituelle tourne sans à-coup et les points d'expérience tombent dans la besace comme un salaire de fonctionnaire.

Presque étouffant, le classicisme de Suikoden V se ressent particulièrement pendant les parties d'enquête en ville, quand vous devez traîner votre héros souffreteux dans tous les lieux jusqu'à ce qu'une scène animée se déclenche et fasse avancer l'histoire. Par chance, vous avez la chance d'avoir une garde du corps qui vous suit comme votre ombre et vous donne des indices quand vous lui parlez. On ne reste jamais bloqué longtemps, mais ce déroulement est assez frustrant une fois mis dos à dos avec la concurrence. La méthode qui consistait à discuter avec tout un village pour relancer l'intrigue est révolue depuis des années, mais Suikoden V s'entête à la faire survivre malgré tout, au détriment de la souplesse narrative.

Rien ne sert de courir, il faut partir un jour, sans retour

Chaque RPG qui vous met en position de sauveur fait en sorte que vous perdiez tout, puis que vous vous lanciez à la reconquête du monde. C'est une courbe de progression qui commence en rampant, puis qui vous propulse soudainement aux plus hautes responsabilités, une fois face à l'adversité.
Dans Suikoden V, la trame se concentre sur un royaume à modèle matriarcal, où les hommes ont des rôles honorifiques. Votre héros étant un jeune prince de sang royal, il sait à peine faire ses lacets tout seul. Il est l'héritage d'un protocole et de traditions inflexibles qui ont engendré des luttes fratricides pour la couronne et prônent les mariages de raison. Dans cette monarchie, l'individu se soustrait à son devoir, dès son plus jeune âge.
Déchu de sa patrie après une fronde de nobles, il part en exil pour organiser la révolte. Disons plutôt qu'on le chaperonne dans ce but, les rivaux de ses ennemis le soutenant dans l'unique but de se servir de lui. Ce prince terne et sans saveur est donc présenté comme un homme de paille, une figure dont on use selon le bon vouloir des différentes factions. Pendant une longue partie du jeu, on se sent utilitarisé, comme une petite marionnette combattante qui gigote au bout de cordes politiques. Puis c'est le réveil lent, où l'on choisit l'autonomie, le moment où l'on fait ses preuves en menant ses armées à la victoire, et en devenant un adulte.

C'est là que Suikoden V prend de la saveur. Une fois que vous vous êtes affranchi d'une tutelle, vous avez l'opportunité de recruter activement d'autres héros, jusqu'à former une troupe de 108 âmes. Les batailles prendront une autre échelle, supplantant les sempiternelles explorations de donjons pour voir s'affronter des légions. Selon un procédé de pierre-papier-ciseau, chaque type d'unité en domine naturellement une autre et il vous incombera de gérer le tout en temps réel, déplaçant vos hommes sur la carte pour vaincre l'ennemi. De votre réussite dépendent votre réputation et votre butin de guerre, mais aussi la survie de vos alliés.
La dimension épique du jeu ne s'arrête pas ici. Par moments, vous aurez à vous battre en duel avec des personnages-clé. Un autre système, avec des jauges de vie à la Street Fighter II se met en place, ainsi qu'un autre équivalent du chifoumi. Selon ce que votre adversaire dit avant de frapper, vous devrez deviner son action et choisir votre réponse en fonction. Servant de conclusion lors d'un évènement de scénario important, ces duels sont des respirations bien pensées qui diversifient le gameplay.

Intéressant par surprise

Le début de Suikoden V, ainsi que toute la phase qui précède votre émancipation, est long et pénible. Tout cela ne sert que de lente mise en place des forces en présence exposant en détail les principaux enjeux de l'histoire. En revanche, une fois ce stade passé, tout s'accélère en multipliant les escarmouches et les rencontres au sommet. Le contexte du jeu est dense, il nécessitait que l'on prenne le temps de l'expliquer, pourtant, beaucoup de joueurs risquent de ne pas supporter l'attente et d'abandonner, déçus par le manque d'action.
Ce qui handicape concrètement Suikoden V, ce sont certaines cinématiques bavardes, et ce déroulement vieillot pendant les scènes en ville. On pourrait ajouter que le héros, doté du même talent d'acteur que Tom Welling, nous donne envie de le secouer pour lui arracher une ou deux expressions faciales de plus. On a du mal à s'attacher à lui, car il génère plus de pitié que de sympathie. Néanmoins, c'est un conquérant en devenir qui grandit peu à peu avec les épreuves.

Issu d'une tradition de RPG en pierre de taille, le jeu n'est pas exempt de défauts, eux aussi hérités d'un eugénisme étrange. Il a toutefois pour lui des bases saines, des mécaniques de jeu à la force tranquille et une trame très écrite qui se suit sans déplaisir. Léger dans sa forme, épais dans son fond et lourd dans son démarrage, Suikoden V est un sursaut positif dans la série, une aventure qui n'attend qu'un joueur tenace pour se révéler.

Suikoden V
Disponible sur PS2
Sortie le 21 septembre 2006

Bande annonce du jeu :

Sur Flu :
- Vos impressions : Forum Suikoden V
- Voir les fils RPG, PS2, Konami sur Chamboultout, le blog jeux-vidéo.

Sur le web :
- Site officiel

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Rémi Vermont - 12 décembre 2007

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