Interview à la veille de ses dates à Paris (22/09) et Marseille (23/09)
Fink est la surprise Ninja Tune du début d'année. Pourquoi une surprise ? Parce que ce vénérable label électronique sortait avec Fink un album de... folk.
Avant son retour sur les scènes françaises, interview de ce gentil outsider.
Fluctuat : Pourquoi avez-vous choisi Biscuits for Breakfast comme titre pour votre album ? Cela évoque quelque chose de spécial ?Après un premier album clairement électronique, vous êtes passé à l'accoustique avec Biscuits for Breakfast, pourquoi un tel changement ? Vous vouliez évoquer des choses plus personnelles, plus profondes ?
Evidemment, tout le monde change de goût en musique tout le temps, et les producteurs ne sont pas différents. Je pense que j'ai été particulièrement chanceux de savoir jouer d'un instrument et d'avoir un label aussi brillant et ouvert d'esprit derrière moi (ndlr : Fink parle du label Ninja Tune). C'est tellement agréable. J'ai rencontré d'autres producteurs qui voulaient se diriger vers l'accoustique ou dans le genre.
Mais la partie la plus difficile c'est d'AVOIR cette vibe accoustique... une tonne d'exercice et de répétitions, je peux vous le dire ! Il y avait aussi des choses que je voulais exprimer, des vibes que je voulais explorer, et qui demandaient simplement des paroles, tu sais. Tu peux dire tant de choses en instrumental, et j'avais tellement cette envie de "jaillir".
Que considères-tu comment tes influences principales, en musique ou dans la vie ? La musique folk en fait-elle partie ?
La folk m'entourait quand j'étais môme, mes parents sont accros et mon père en joue, alors j'imagine que ça a été une grosse influence, même si à l'époque je détestais qu'ils me traînent dans les clubs folk ou des trucs comme ça. Trop de barbes et de gens qui sautent.
Il y a eu tellement d'albums qui m'ont touché, trop pour les mentionner, mais je pense que l'un des principaux est un disque de Joh Lee Hooker qui m'a frappé si fort, c'était si simple et honnête, et qui m'inspire vraiment à chaque fois que je l'écoute...
Produire d'autres chanteurs m'a aussi bien inspiré sur ce que je voulais faire moi-même. Je me disais "Ouais mec, développe ta voix et fais le toi-même, pourquoi pas ?". J'étais pas mal lassé de toute la scène DJ après en avoir tâté tant d'années pour Ninja.
Tu n'étais pas satisfait de ton album électronique Fresh Produce, pour avoir envie de tout changer dans ta musique ? Fresh Produce n'était-il qu'un test ?
J'aime Fresh Produce, et même si certaines des pistes n'ont pas très bien vieilli - contrairement à plusieurs des autres. Je continue à faire de l'électro pour un autre label sous un nom différent (ndlr : son nouvel EP, Scary Biscuits sorti sous le pseudo Sideshow sur AUS Records) pour continuer à sampler et à m'amuser. Mais l'écriture de chanson est un plus gros challenge qui demande beaucoup de temps et de concentration, et des concerts, et j'adore ça, j'aime être sur la route pour l'instant...
Fresh Produce est un disque dont j'étais très fier à l'époque, quand le sampling était un challenge. Il y a une tonne de pistes entre les deux albums qui ne sortiront jamais - peut-être que Ninja Tune ressortira Fresh Produce avec quelques-uns de ces titres. Ce n'était pas tant une transformation soudaine, ça s'est fait plus graduellement que ça en a l'air.
Tu es entré chez Ninja Tune dès ton premier album. As-tu dû les convaincre d'y rester alors que ton album est complètement différent de la plupart de leur catalogue ? Tu es fier d'être un Ninja ?
Je suis totalement fier d'être un ninja, c'est un label extraordinaire et je suis très honoré de faire partie d'une aussi belle structure. Pour être honnête, ils ont complètement pigé Biscuits dès le début. Je leur ai même dit que ce n'est pas moi qui chantait pendant les quatres premières pistes pour qu'ils soient honnêtes, mais ils l'ont tout de suite soutenu. C'est un sentiment génial, d'avoir un bon label qui couvre tes arrières.
Je pense que les états de service des ninjas est toujours changeant, les artistes ont de l'espace pour s'épanouir et changer, et les albums des prochaines années seront très intéressants...
As-tu produit l'album toi-même ? Tes capacités en électronique t'ont-elles aidées ?
J'ai fait tout l'album. Je l'ai produit dans mon grenier, et dans mon sous-sol, et dans toutes les pièces de mon appart'. Toute cette idée de "Do It Yourself" signifie que tu peux prendre ton temps, ou foncer, ou ce que tu veux. J'aurai désespérement besoin de plus de micros pour le prochain album, cela dit... Mon expérience en électronique m'a énormément aidé - même si enregistrer des voix ou des instruments est différent - mes oreilles sont habituées à écouter attentivement des sons différents, et c'était marrant de m'emfermer pendant une semaine et créer des beats, chanter, écrire, tout ça, c'est vivre dans un rêve.
Composer les chansons est encore différent, elles s'écrivent un peu toutes seules, ça commence toujours avec la chanson seule sur ma guitare Madrid, puis ça se construit, parfois super rapidement, et d'autres fois c'est plus... laborieux.
Tu as fait quelques concerts en France, qu'est ce que tu penses du public et de son sentiment face à ta musique, ici ?
J'aime vraiment la France, là. Jen'ai jamais joué à Paris en tant que DJ, mais j'y ai passé quelque temps cette année et je dois dire, je comprend la ville maintenant. Je m'imagine très facilement dans un petit appartement à Montmartre, avec un régime génial de bonne BOUFFE - quelle bonheur - et les concerts ont été géniaux : le Tryptique, les Nuits Zebrées (mon concert solo préféré de tous les temps, je pense) et le Nouveau Casino sont vraiment de bons souvenirs de Paris. Je reviens bientôt pour en voir plus, n'importe quelle excuse pour sauter dans l'Eurostar.
Les Français semblent assez ouverts et honnêtes sur ce qu'ils aiment, et d'avoir l'appui de stations comme FIP ou NOVA a été génial.
Quelles différences as-tu senti entre les lives électroniques et les folks ?
Ils sont tous les deux intenses d'une manière différente, mais la grosse différence vient du jeu en live. Non pas que je fasse ça à plein temps, mais si mon agent ne m'arrêtait pas, je ferai des concerts non-stop jusqu'à ce que je m'effondre. Être capable de jouer en live... un nouveau jeu que j'adore.

Quels sont tes disques préférés ces temps-ci ?
En ce moment, j'écoute pas mal le Chosen Lords d'Aphex Twin (le dernier béguin de mon bassiste), l'album de Zero 7 (j'ai fait leur première partie en juin au Royaume-Uni, super concert, j'adore les pistes de Sia et Jose sur The Garden), les fantastiques Lou Rhodes (j'ai joué avec eux la dernière nuit au Paradisio d'Amsterdam, un concert adorable), et ces deux nanas de Myspace : Carrie Tree, qui me fait halluciner, et Zahra Hindi, dont le travail me fait râver un été chaud et poussiéreux à Paris - j'aime ça.
Ses dates de concert :
Jeudi 21 septembre : Lyon - Showcase FNAC Bellecourt
Vendredi 22 : Paris - Showcase FNAC des Ternes à 17h30. Puis à la Maroquinerie à 19h30.
Samedi 23 : Marseille - Festival Marsatac.
Lundi 25 : Nantes - Showcase FNAC.
Biscuits for Breakfast
Fink
Ninja Tunes
Propos recueillis par Sylvain Langlois et
Sur le Web :
- le site officiel de Fink
- le site du label Ninja Tune
- le blog Myspace de Fink (4 titres en écoute)
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